Pensée du jour: 15 minutes de percu-casserole pour améliorer son bien-être

Cette crise étudiante se résoudra tôt ou tard, nous le souhaitons tous. Saurons-nous en tirer les leçons ? Saurons-nous comprendre que cette société, que l’on dit autiste, vit davantage dans la virtualité que dans la réalité, et qu’elle a besoin des proximités nécessaires à son épanouissement ? Des proximités physiques et intellectuelles, idéologiques, donc aspirationnelles.

Sinon, comment expliquer que les gens se couchent plus heureux quand ils ont frappé quinze minutes sur des casseroles ?

Pour l’instant, ces proximités font cruellement défaut. Paradoxalement, pas chez les jeunes. Chez les élus.

Jean-Jacques Stréliski, Le Devoir, 28 mai 2012

Garnotte, Le Devoir, 28 mai 2012.

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Le mouvement des casseroles…

De plus en plus de voisins sortent à 20h et tambourinent sur leur casserole… dans mon quartier et partout au Québec. On nous entend jusque de l’autre côté de l’océan. Dans Le Monde et Le Figaro. Excellente chronique aujourd’hui de Christian Rioux dans Le Devoir:

En France, même certains leaders politiques de droite s’étonnent aujourd’hui de l’entêtement de Jean Charest dans un pays qui avait jusque-là la réputation d’être le champion du dialogue social.  Ceux qui nous connaissent sont aussi surpris de voir le Québec, qui affirmait jusque-là sa différence en Amérique du Nord, se rallier au modèle universitaire américain et britannique. Car il faut être sourd pour ne pas comprendre que, par ces manifestations, le Québec clame son identité distincte, celle d’un modèle universitaire différent de celui du reste du Canada et des États-Unis.

Des chanteurs viennent de créer notre hymne!

Damien Robitaille

3 gars su’l sofa

P.S. Pendant ce temps, la couverture du Maclean’s de juin… Je ne devrais même pas en faire la publicité…

MàJ. 27 mai 2012. Dossier «Le printemps érable» dans le Courrier international. Un survol de Radio-Canada de «la crise vue par les médias étrangers» et dans Le Devoir.

Et que dire de l’hilarante caricature de Garnotte?  J’aime particulièrement le t-shirt. En prime, consultez le billet marrant de Lio Kiefer au sujet de l’impact des manifestations sur le tourisme à Montréal. Ses suggestions: des circuits de manifestation et faire imprimer sur des pôeles T-fal «Printemps érable 2012».

Un autre excellent article paru dans Le Devoir, d’Éric Desrosiers cette fois: «Ras-le-bol des idées néolibérales» ou quand la «crise étudiante» ne concerne pas que les étudiants.

Par un amusant retour des choses, ces jeunes Québécois, qui se sont largement inspirés d’autres mouvements de contestation étrangers, semblent en voie d’influencer à leur tour la scène internationale. On sait que leur histoire a déjà été racontée par de nombreux médias étrangers. On rapporte aussi, depuis quelques jours, des manifestations d’appui ailleurs au Canada, mais aussi aux États-Unis, en France ou encore en Amérique latine.

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100e jour de grève: mais où est Charest?

Je suis allée à la manifestation aujourd’hui. Je n’étais pas seule! J’y ai croisé un collègue avec sa femme et sa fille de 5 ans qui avait fait sa pancarte. Elle avait peine à croire qu’on en était à 100 jours de grève. 100 jours? C’est beaucoup! Oui, Adèle, c’est beaucoup. J’y ai croisé un collègue de Sherbrooke, une ancienne voisine et son copain, un ami d’amis, une ancienne étudiante devenue enseignante. J’y ai vu Léo Bureau-Blouin, Amir Khadir, Dominic Champagne. De très jeunes citoyens sur les épaules de moins jeunes. J’y ai côtoyé des milliers d’étudiants avec leur masque, leur maquillage, leurs instruments, leur tambour, leur trompette, leur caméra, leur téléphone cellulaire, leurs pancartes, leurs slogans imaginatifs.

Je pense donc je nuis.

Je manifeste pour le droit de manifester.

Nous étions des centaines de milliers, j’en suis certaine, à exprimer notre profond désaccord envers cette loi insensée… À promouvoir la démocratie et l’éducation. Quelles valeurs plus nobles peut défendre un peuple? J’ai été émue à plusieurs reprises pendant ces trois heures de marche, calme, animée, enthousiaste. J’ai été émue en voyant le boulevard René-Lévesque envahi, à perte de vue, devant et derrière moi. Encore plus émue, en parcourant la rue Berri, rouge de monde jusqu’en haut du viaduc rue Sherbrooke et pareillement, jusqu’en bas de la côte, aussi loin qu’on pouvait voir, sur René-Lévesque. C’était émouvant, j’en vibre encore. Toute cette énergie, cette mobilisation, cette solidarité. C’est encourageant.

Et décourageant. Pendant ce temps où est Charest? Qu’est-ce que ça va lui prendre pour comprendre que cette Loi spéciale, ce n’est pas la solution? Il enverra Michelle Courchesne au front, laquelle ne donne pas d’entrevue aujourd’hui? Elle a perdu les numéros de téléphone des représentants? Que fera le gouvernement? Combien de temps durera ce dialogue de sourds, cette obstination?

Dimanche, j’ai commencé Journal d’un corps de Daniel Pennac. Quelques extraits font écho à ce qui se passe ici, résonnent dans mon corps :

Ce que je retiendrai de cette dispute, ce ne sont pas nos arguments [... ] , c’est le réflexe d’Étienne, qui a saisi la longue règle du tableau pour enfoncer un bout dans mon estomac et l’autre dans le sien. Chaque fois que l’un de nous deux, poussé par la force de sa conviction, marchait vers l’autre, la règle s’enfonçait dans nos deux abdomens. Douloureux! Si nous reculions, la règle tombait. Fin de la discussion. Voilà ce qu’on appelle tenir des propos mesurés. Système à breveter.

p. 94

Nous [les résistants français], c’était l’esprit qui était mobilisé. Quelque nom qu’on lui donnât, l’esprit de révolte, le patriotisme, la haine de l’occupant, le désir de vengeance, le goût de la bagarre, l’idéal politique, la fraternité, la perspective de la libération, quoi que ce fût, cela nous gardait en bonne santé. Notre esprit mettait notre corps au service d’un grand corps de combat. Cela n’empêchait évidemment pas les rivalités, chaque tendance politique préparait la paix à sa façon, se faisait son idée de la France libérée mais, dans le combat contre l’envahisseur, la Résistance, pour diverse qu’elle fût, m’a toujours semblé ne faire qu’un seul corps.

p. 115

Aujourd’hui, en ce 100e jour de grève, un seul corps, un seul coeur a marché pour le droit à l’éducation, pour que le peuple, dans la rue, soit la démocratie. Le peuple a parlé. Va-t-on l’écouter? Sinon quoi?

À 20h, j’étais sur mon balcon, avec ma cuillère et ma casserole! Nous étions quelques-uns sur notre rue: mon jeune voisin d’en face, un autre plus loin que j’entendais mais que je ne voyais pas et ma voisine d’à côté. Nous avons tambouriné pendant 15 minutes sur Nos casseroles contre la Loi spéciale.

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Vendredi 18 mai 2012: je m’en souviendrai…

Souvent, même, en l’observant [Jean Charest ] ces dernières années, j’ai pensé à la célèbre phrase de Coluche : « En politique, les études, c’est très simple : […] c’est cinq ans de droit, tout le reste de travers. »
Antoine Robitaille, Le Devoir, samedi 19 mai 2012

Je suis encore sous le choc de l’adoption de la Loi 78. Je n’ai pas terminé d’éplucher les journaux et de tenter de changer, nuancer mon avis. Bref, je n’ai pas grand-chose à dire, sauf qu’il faut marquer au carré rouge cette journée du vendredi 18 mai 2012 où le gouvernement Libéral et son chef Jean Charest ont adopté une des lois les plus contraignantes de l’histoire du Québec et du Canada en matière de droits humains. (Il ne faut pas oublier non plus que la CAQ a voté en faveur de l’adoption de cette loi, dénoncée par un de ses membres fondateurs en démissionnant la même journée.)

Afin de ne pas succomber totalement à la perte de confiance en nos institutions démocratiques, (sou)rions un peu, grâce à la chronique d’Antoine Robitaille parue dans Le Devoir d’hier.

S’il avait eu 17 ans aujourd’hui, on peut gager que Jean Charest porterait le carré rouge.

En 5e secondaire, à l’école Montcalm de Sherbrooke, il avait été élu président de l’école. [... ] «J’avoue que je n’ai pas beaucoup étudié cette année-là. Je m’intéressais davantage aux affaires du conseil étudiant. L’école comptait mille deux cents élèves. Nous avons organisé des grèves, des contestations, des négociations avec les professeurs. Cela a été pour moi un apprentissage de la responsabilité publique, qui comporte plusieurs dimensions: il faut apprendre à résoudre des conflits, à écouter, à trouver des solutions, à contester des décisions et aussi, quand il le faut, à dire non et ce, dans un contexte où l’on doit assumer la responsabilité de ses gestes.»

Eh ben, Jean, il faudrait peut-être que tu relises J’ai choisi le Québec, ton autobiographie parue en 1998. Tu avais fait des apprentissages importants cette année-là, tu ne t’en souviens pas?

P.S. À titre de divertissement supplémentaire, la chanson 17 mai d’Ariane Moffatt, parue en avril 2008 sur Tous les sens, revue pour l’«occasion» du Projet de Loi spéciale. On peut l’entendre ici.

MàJ. 21 mai 2012. Hier soir, j’entendais encore les hélicoptères dans le ciel. Je regardais le Téléjournal et j’étais profondément peinée. En général, assez optimiste, je crains vraiment que cet épisode de notre histoire ne désillusionne encore davantage la jeunesse du Québec envers les institutions démocratiques. J’en ai assez d’entendre : «Que ceux qui veulent retourner en classe puissent le faire en toute liberté», comme si les étudiants en grève ne voulaient pas eux aussi retourner en classe. Et puis, j’ai reçu ceci d’un collègue. Merci pour cette lettre et ceux qui l’ont inspirée. Peut-être, au contraire, êtes-vous en train de prendre espoir en votre pouvoir, en notre pouvoir. Peut-être que je m’informe trop à la télé, à la radio et dans les journaux et que je ne suis pas assez en contact avec ces jeunes.

MàJ. 21 mai 2012. Les étudiants ont plus d’humour que moi! Un panorama offert par TVA!

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Ce que j’apprends du mouvement étudiant: le courage de ses convictions

J’assume en général fermement mes convictions politiques en privé, mais plus timidement en public. Je crois en des politiques sociales plus égalitaires, une meilleure répartition des richesses, à la défense des droits humains, à la lutte contre les inégalités sociales, je suis préoccupée par la disparition de ma langue, mais considère le mixage ethnique comme une richesse plus qu’une menace, le territoire n’appartient à personne, sinon à tout le monde. Je trouve qu’on consomme trop et, par conséquent, qu’il faut plutôt militer pour le respect de l’environnement que pour le développement économique et l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables.

Je ne pense pas que quelqu’un a plus raison parce qu’il est plus vieux et je crois surtout qu’il y a plusieurs points de vue possibles et légitimes. Un enfant développe tôt sa pensée propre et autonome et, en tant qu’éducateur, c’est ce qu’on souhaite nourrir et entretenir, sinon il ne s’agirait que de reproduction sociale, voire d’endoctrinement. Tant mieux s’il développe son esprit critique par rapport aux traditions qu’on souhaite lui transmettre. Est-ce facile d’être toujours conséquente avec ce que je pense? Assurément pas.

J’ai été totalement choquée, offusquée par les propos d’un précédent ministre de l’Éducation, Pierre Reid pour ne pas le nommer, au sujet des citoyens qu’il était particulièrement supposé servir et en protéger les droits, les étudiants.

la base étudiante est noyautée par des gens qui ne prennent pas leurs études très au sérieux.

Comment oser prétendre que tous ces étudiants ne prennent pas leurs études au sérieux en faisant la grève depuis 3 mois? Comment prétendre qu’ils ne prennent pas leur éducation, et celle de leurs confrères et consoeurs qui suivront, non seulement au sérieux, mais à coeur? Je suis profondément dégoutée par cette attitude paternaliste et condescendante. À l’instar d’Alexis Martin, je crois fermement que notre société québécoise a la capacité de s’offrir une éducation gratuite et de qualité pour tous, et ce, pour 1% du budget. C’est une question de valeurs, de convictions et aucun argument ne peut vraiment convaincre ceux qui en ont une conception économiste et néolibérale… Quoique…

Ce soir, je fouille Internet, et je vous offre un florilège de mes pérégrinations.

D’abord, un collègue et ami m’a parlé de ce documentaire de 3 jeunes qui ont perdu leur session universitaire parce qu’ils se sont présentés tous les jours pendant trois mois au bureau de Maurice Duplessis afin de revendiquer l’accession à l’université. L’histoire des trois. On ne peut pas dire que ces trois jeunes ont mal tourné… Un regard historique rafraîchissant sur la lutte étudiante.

On trouve un long article sur La grève étudiante québecoise de 2012 dans Wikipédia, qui est assurément pro-étudiants, mais qui retrace de nombreuses étapes importantes et qui relate, entre autres, les raisons pour lesquelles les représentants étudiants et les syndicats ont quitté la rencontre des partenaires du monde de l’éducation le 6 décembre 2010 sur le thème «L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec ». On se rend compte à quel point, avec les gouvernements successifs du Parti Libéral, on a assisté à une dérive de la conception de l’éducation supérieure, vers sa marchandisation. À l’argument de Bachand en 2010 sur le fait que les diplômés universitaires vont faire 600 000$ de plus dans leur vie que les diplômés du secondaire, un article intéressant dans Esquire (avril 2012), Young people in the recession: war against youth rapporté par Jean-Michel Dufaux à l’émission Médium large du 20 avril 2012  commence ainsi:

In 1984, American breadwinners who were sixty-five and over made ten times as much as those under thirty-five. The year Obama took office, older Americans made almost forty-seven times as much as the younger generation.

À l’argument de trouver d’autres moyens de financer l’éducation que dans les poches de étudiants, en regardant, notamment du côté des prêts/faveurs aux entreprises, certains vont soutenir que ces mêmes entreprises créent justement des emplois dont les étudiants vont justement bénéficier. Une autre référence intéressante, mentionnée dans Wikipédia, est cet article de Michel Girard, chroniqueur financier de La Presse.

Question: pourquoi le gouvernement Charest s’entête-t-il à les augmenter? Que les droits n’aient pas connu de hausse depuis nombre d’années ne représente pas à mes yeux un argument capital.

Traiter les étudiants d’enfants gâtés qui exploitent la générosité du système québécois est carrément injuste. On oublie que ce sont eux qui, un de ces jours, vont se faire siphonner royalement le portefeuille pour entretenir financièrement les programmes gouvernementaux.

Je citerais bien ici tout son article, allez donc le lire directement à la source. Je ne peux résister à vous rapporter ici le début de sa lettre:

M. Raymond Bachand,

En tant que ministre des Finances aux multiples diplômes universitaires (licence en droit, maîtrise et doctorat de la Harvard Graduate School of Business Administration), vous êtes vraiment bien placé pour comprendre à quel point la formation universitaire de nos étudiants est une «richesse» pour la société québécoise.

Financièrement parlant, les statistiques le prouvent: les diplômés universitaires gagnent de façon générale des revenus plus élevés. Et par ricochet, au cours de leur vie active, ils paient proportionnellement plus d’impôts et de taxes que les non diplômés. Sans peur de se tromper, vous conviendrez monsieur le ministre que c’est enrichissant pour la société d’investir dans la formation universitaire de nos jeunes.

Un autre passage de Wikipédia me faire réagir. On pourrait inclure  à la liste le système de prêts que le Gouvernement Charest est prêt à bonifier… qui rapporta à qui?

La hausse des droits de scolarité et des taux d’endettement suscitent également la crainte d’une « crise nationale », d’une « bulle spéculative » uniquement profitable aux institutions bancaires assurant la gestion des prêts gouvernementaux.

Je suis aussi touchée par ces professeurs de l’Université McGill qui s’adressent à leur administration, ainsi qu’à leurs collègues et étudiants, et qui défendent non seulement le point de vue des étudiants, mais surtout le type d’apprentissage qu’ils sont en train de faire.

Those who are protesting fee increases and other policies that contribute to making education inaccessible are actually among our finest: their critical analyses and mutual support are what many of us hope our students will get from their time at McGill. They warrant respect for what they are learning and how they are putting their education into practice, not retributions for their peaceful assembly and the expression of their views.

Dans le même ordre d’idée, un témoignage similaire de la part des étudiants qui ont fondé L’école de la Montagne rouge, des étudiants en design graphique qui ont mis leurs savoirs et leurs compétences au service de la cause étudiante. Nathalie Petrowsky rapportait ainsi leur propos:

Tous sont unanimes: ils n’ont jamais travaillé aussi fort ni appris autant sur l’art et la vie qu’au cours des 82 derniers jours.

«On a énormément évolué depuis le premier jours de la grève. On est plus politisés, plus solidaires, notre interrogation s’est élargie et porte aujourd’hui sur l’université même», affirme Valérie.

Les gens de l’École de la Montagne rouge sont prêts à perdre leur trimestre. «Ça fait longtemps qu’on a mis une croix là-dessus, disent-ils en choeur. Prendre un trimestre, ce n’est rien, surtout quand l’avenir de plusieurs générations est en jeu.»

Il est aussi intéressant de voir ce qu’on en dit, comment on interprète la grève étudiante de l’extérieur. Bon d’accord, je ne vais pas aller chercher les articles de Tasha Khereiddin du National Post, probablement plus à droite qu’Harper… mais sûrement plus éduquée que Sarah Pailin. Quelques échos des quotidiens Le Monde et The Guardian.

Les étudiants grévistes estiment qu’il en va de l’accessibilité de base aux études supérieures, alors que Québec avance que les droits universitaires, qui passeraient de 2 200 dollars (1 700 euros) par an à près de 4 000 dollars en 2019, resteront largement inférieurs à la moyenne canadienne. En Ontario, ils sont déjà trois fois plus élevés.

RÉSONANCE POLITIQUE

Les organisations étudiantes défendent malgré tout le système québécois actuel, considéré comme l’un des plus progressistes d’Amérique du Nord pour l’accessibilité aux études. La hausse prévue écarterait, selon elles, des milliers de jeunes de l’université.

Si Le Monde rapporte les revendications étudiantes par rapport à la hausse des frais de scolarité et les compare à ceux, plus élevés, de l’Ontario, sans rappeler qu’ils sont plus bas en France, The Guardian n’hésite pas à situer les revendications étudiantes dans le mouvement plus général de critique du modèle néolibéral:

If students have brought the spirit of global unrest to Quebec, what the government fears most is that they may now spread it permanently to wider society. Students are deepening ties with laid-off and locked-out workers across the province. They have joined civic groups in criticizing a multibillion-dollar scheme to open up indigenous peoples’ lands in Quebec’s north to a frenzy of mining, oil and forestry operations, which the premier has shopped to investors in London, Tokyo and Rio De Janeiro. And the movement gave an electrifying jolt to an Earth Day mobilization on 22 April, helping to bring nearly 300,000 onto the streets. It is hardly a coincidence that, the same day, the Quebec government agreed finally to negotiations.

En terminant, parce qu’on ne peut conclure et qu’il n’y a pas encore de conclusion à l’horizon, Bande à part ce soir proposait un survol de la créativité artistique stimulée par la grève étudiante. Mon vote est allée à L’École de la Montagne rouge. Une mention spéciale au Flash-Mob – Les fleurs du mal de la Boîte rouge, qui reprend un graffiti de Banksy. J’ai quand même bien ri de l’humour féroce des uqam memes. Ma préférée.

Quand même, ces étudiants ne sont pas en train de comploter pour obtenir des faveurs personnelles, de gagner plus d’argent que les autres ou pire de profiter de l’exploitation d’autrui. En quoi leur cause est-elle si condamnable? Que veut dire la juste part au juste? Est-ce que tout ça ne ferait pas un peu oublier la commission Charbonneau?

Pour reprendre un extrait de la chanson retenu pour le Lib-Dub Rouge:

On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter.

Serge Fiori

Chanson: Un musicien parmi tant d’autres, 1974

MàJ. 17 mai 2012. Je suis sans voix à l’annonce de la Loi spéciale. En attendant de la retrouver, il y a quand même un très bon résumé des événements depuis «L’étincelle» du 6 décembre 2012 sur le site de Radio-Canada: Le conflit des droits de scolarité en treize tableaux.

Aussi, un portrait de situation des étudiants aux États-Unis dans le New York Times:

For all borrowers, the average debt in 2011 was $23,300, with 10 percent owing more than $54,000 and 3 percent more than $100,000, the Federal Reserve Bank of New York reports.

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Cabaret Gravel Cabaret: un méchant* GAG!

Pourquoi aimer ce type d’art plus que tel autre? Pourquoi trouver cet artiste plus fascinant qu’un autre? Il y a de l’éducation, il y a de la familiarité, mais il y a du mystère aussi. Je suis tombée sous le charme du Grouped’ArtGravelArtGroup (GAG) et surtout de Frédérick Gravel (son fondateur) au Festival TransAmériques en 2009 en assistant au spectacle GravelWorks (peut-être ai-je vu aussi Tout se pète la gueule, chérie en 2010, mais comme je ne tenais pas de blogue à ce moment-là, ma mémoire est vague). Et depuis, je suis toujours ensorcelée. Pas de grands éclats, de grands moyens, pas même de grandes performances. Alors quoi? Pendant et longtemps après le spectacle, j’étais habitée d’une joie de vivre, d’un goût de me laisser aller, de faire des cabrioles, de chanter, de «respirer» l’art avec un petit a, mais partout et pour tous et donc, pourquoi pas pour moi?

Avant le spectacle, en dégustant nos délicieux plats au Petit extra, on discute de ce qui s’en vient, le Cabaret Gravel Cabaret. C. (alias Chef C.) ne connaît ni le danseur et ni la compagnie et s’attend à être déstabilisée. Intéressée, mais en terrain inconnu… De mon côté, j’ai peur d’avoir été trop enthousiaste en lançant l’invitation à mes amis de venir assister au spectacle. Peur, parce que je sais qu’il ne peut pas plaire à tout le monde. Mais aussi convaincue qu’il peut en rallier beaucoup. C’est pourquoi j’avais lancé l’invitation à un groupe plus large que pour les spectacles de «danse contemporaine». Au souper, je dis que le spectacle que j’avais déjà vu, la démarche de Gravel était comme une toile d’art abstrait que les gens voient et se disent: pffff, je pourrais faire ça moi! Exactement, tu pourrais le faire! Mais tu n’en as pas eu l’idée, tu ne le feras pas et, sans le savoir, sans le voir, il y a tout une réflexion sur l’art sous-jacente au «produit» de la toile en tant que tel. L’art de Frédérick Gravel, c’est ça pour moi. Du simple songé. C’est presque que la non-danse, du non-spectacle. Et pourtant. Dans GravelWorks, on nous présentait une série de scènettes, de mises en scène de la danse contemporaine, déconstruite et désacralisée. On aurait dit que les danseurs ne faisaient qu’être. C’est l’image que j’ai de Frédérick Gravel, le «polyvalent», qui ne fait, pourtant, qu’une chose: vivre l’art. Respirer l’art… sans en avoir l’air.

Faire de l’art avec un grand ” L ” comme dans ” LART “.

Extrait de la bd Cabaret Gravel

Dès notre entrée dans la salle du Lion d’or, avec tables, chaises et alcool disponible, on se trouve dans un univers décalé, déjanté, «créé». On passe à l’inspection en se faisant câliner par un gorille. Des personnages se promènent pour distribuer le «programme», une bd de Dany Desjardins qui, sans qu’on le soupçonne, nous présente les scènes auxquelles on assistera, nous éclaire sur le processus artistique du groupe et sur la réflexion de son idéateur.

L’art contemporain n’amène que peu de certitude… L’art naît de la contrainte, vit de lutte et meurt de liberté. Mon cabaret va être mémorable!

[... ]

1re proposition.

- Cantin, c’est quoi ton truc?

- Il y aura de la magie, du clown, du cirque, du butoh (sic), des ballons, du texte…

- Y’a tu un peu de danse?

[... ]

- Putain, j’ai vu aucune proposition de danse encore. Normand doit avoir quelque chose à me montrer… Normand, c’est toi?

- J’ai poussé mes recherches minimalistes tellement loin que je me suis crystalisé (sic).

- Et c’est quoi ta proposition?

- Je vais respirer.

- Alors tu vas rester planté là à respirer et me dire que c’est une proposition?

- Oui.

- La simplicité est la complexité résolue!

[... ]

- J’ai une ouate dans le nez.

- Pis?

- Qu’est-ce que ça te fait quand je fais ça?

- C’est ben correct. Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût. Bon ça va peut-être manquer de rythme ce show-là, mais au moins, je vais jouer de la basse… avec mon band, Gravel Band. [...] En plus, Pierre Lapointe va être des nôtres.

- Je suis la biche empoisonné (sic).

- Pour faire plaisir aux matantes tu vas garder tes hits pour la fin, le colombarionne et la forêt des mal baisés?

- Si tu veux.

- Bon, on est prêt pour demain.

Désolée pour ces longs extraits, mais je ne pourrais pas mieux décrire ce cabaret. C’est exactement ce à quoi on a eu droit. Il y a eu des ballons (et des confettis) et du mauvais goût (Dany Desjardins et Anne Thériault), un bébé dans une boîte (Francis Ducharme), un gars qui danse de dos (Dany Desjardins), des filles à moitié nues (Jamie Wright et Brianna Lombardo), le portrait minimaliste d’une famille (Normand Marcy, père, Caroline Gravel, mère et l’exquise Audrey Juteau, fille), une fille qui nous demande «Qu’est-ce que ça te fait quand je fais ça?» (Caroline Gravel), un discours engagé (Frédérick Gravel), du monde qui fume (Normand Marcy et Caroline Gravel), un Jack (Dana Michel) et une toilette gonflable, deux monologues sur l’art d’Étienne Lepage (dont Un show de marde, brillamment récité par Francis Ducharme), deux extraits du prochain spectacle de Gravel (dont un fabuleux duo de Jamie Wright et Francis Ducharme), un slam emo-porn (de Jérémie Niel avec plusieurs danseurs) et Frédérick Gravel qui joue de la basse avec son band (Stéf Boucher, Hugo Gravel, Fred Lambert et Philippe B) d’excellentes tounes qui «rentrent au poste». Et j’en passe. Un mélange, pêle-mêle, faisant un tout hétéroclite, qui amuse, qui choque, qui bouscule, tout ça en utilisant deux, trois babioles, beaucoup d’imagination et de générosité.

Qu’est-ce qui se dégage de ce tout bigarré où chacun y va de sa «proposition»? Une délicieuse collaboration et une grande complicité entre ces artistes talentueux et intenses. Encore une belle leçon de solidarité? Je termine comme le spectacle a commencé, en livrant une leçon, en appelant à s’engager. Comme quoi, ce mot est dans l’air… que ce soit au Jour de la Terre, à la recherche du bonheur, aux manifestations étudiantes.

J’ai un seul regret, ne pas avoir vu Gravel danser.

En savoir plus :

Frédérick Gravel a complété un baccalauréat en danse à l’UQAM en 2003, une maîtrise en 2009 portant sur le rôle de l’artiste dans la société démocratique (tiens donc!). Il fonde en 2003 la maison de production La 2e Porte à Gauche (L2PAG) avec Marie Béland. Actuellement, il enseigne à l’UQAM un cours sur l’écriture chorégraphique. GravelWorks, son projet de recherche en création/diffusion débuté en 2006, a donné naissance au Grouped’ArtGravelArtGroup.

GravelWorks est un présentoir d’humeurs, d’humour, d’états de corps, de chansons pop, de personnalités et d’impertinences sympathiques. Le Grouped’ArtGravelArtGroup, est un collectif temporaire et variable de personnalités [... ] réunies pour «créer beaucoup, essayer abondamment, s’obstiner énormément » et (se) donner du plaisir. Intelligemment. Avec eux, on ne sait jamais vraiment ce qui va se passer et c’est souvent là l’intérêt.

Site du Festival du théâtre de rue de Lachine

Danscussion avec Frédérick Gravel

Dans le documentaire Aux limites de la scène, je disais que j’ai pas de message. Parce que je pense que le message est dans la forme et dans la façon d’aborder la scène. Le message est plus dans la façon que j’aime de laisser le spectateur conscient des choix et des gestes qu’il pose comme spectateur. Qu’il comprenne qu’il aime se laisser-aller, que c’est correct, mais que c’est intéressant d’en être conscient. Être conscient de comment notre appréciation est construite mais aussi comment elle est affectée par plein d’éléments, mais aussi comment la mise en scène est un processus de séduction, et comment on joue avec ça, et comment on est juste dupe. [...] Comment je peux essayer de continuer même si je sais que tout est un peu joué, que je suis construit, que c’est pas de ma faute si je suis comme ça, que ce sont les expériences que j’ai vécues qui m’ont rendu comme ça. Mais c’est comment je peux travailler une conscience de ça. Le message est là. C’est difficile d’en faire une phrase, une ligne de presse ! (rires)

Le documentaire Aux limites de la scène de Guillaume Paquin présenté au récent FIFA 2012, explore le travail de Frédérick Gravel, Dave St-Pierre et Virginie Brunelle. Dans la foulée du Prix Tremplin pour le monde ARTV obtenu au FIFA, il sera projeté au Musée national des beaux-arts du Québec (à Québec) le dimanche 13 mai à 14 h, en présence du réalisateur. Et probablement cet automne au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de Matinées du film sur l’art.

L’élogieuse critique parue dans Le Monde, suite à la présentation en France du spectacle GravelWorks au Festival Exit en mars 2012.

La prochaine création de Gravel sera présentée dans le cadre de la saison DanseDanse (co-production Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, France). À la Cinquième salle de la Place des arts du 7 au 17 novembre 2012.

En novembre 2012, dans le cadre de la saison de l’Agora de la danse et de la période du CINARS (du 2 au 18 novembre 2012), sera présenté Danse à 10, créé en septembre 2011 par L2PAG, dans un bar de danseuses nues du boulevard St-Laurent.

* Méchant. Familier – (Avant le nom) Qui sort de l’ordinaire, qui surprend.

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La soif du bonheur à la radio

J’écoute beaucoup la radio. Quasi exclusivement Radio-Canada. Le matin en direct, les nuits d’insomnie en baladodiffusion. Fut un temps où j’étais encore plus accro. Je m’y suis accrochée à une époque où je devais faire 30-40 minutes de voiture pour aller au travail. J’écoutais tout et tout m’intéressait… Ce n’est plus tout à fait le cas et avec les coupures de notre cher gouvernement Harper, il semble que ça va faire mal.

J’ai suivi certaines «grandes séries» et cette semaine, on nous offre la dernière, coupures obligent. La soif du bonheur, lundi 30 avril au vendredi 4 mai, 14h à 15h (Montréal), qu’on peut réécouter à l’heure qui fait notre bonheur!

J’ai entendu cette affirmation à la présentation de l’émission à C’est bien meilleur le matin et l’ai relue dans Le Devoir de samedi dernier:

Il faut faire le choix du bonheur dans sa vie et ensuite s’engager dans quelques chose de plus grand que soi.

Rose-Marie Charest (1re émission)

Première partie de l’affirmation, pas de trouble. Y’a du bonheur en masse dans ma vie: les réunions familiales, les activités avec les amis, la stimulation du travail, l’inspiration que me procurent les activités culturelles, le ravissement du goût de la harissa rapportée de Turquie, les bienfaits d’un entraînement qui fait mal, les commentaires des gens laissés sur mon blogue… C’est la 2e partie qui manque à mon bonheur… et pourtant j’y crois fermement. L’engagement n’est pas (encore) présent. J’y travaillerai.

Elle dit aussi:

Il faut avoir une vie qui nous ressemble.

Dans la même veine, cette parole d’une grand-maman à sa petite fille attrapée à La petite séduction (qu’on peut revoir à Tou.tv):

Le bonheur c’est comme le sucre à la crème. Si tu en veux, tu as juste à t’en faire.

En conjuguant, les deux, il faudrait peut-être ajouter qu’il est bien meilleur quand il est partagé?

Et vous, que fait votre bonheur?

Un livre est issu de l’émission: il s’agit de la transcription des entrevues avec 14 personnalités.

En vente à la boutique en ligne de Radio-Canada au prix de 29,95$

MàJ. 6 mai 2012. C’est le printemps, il faire du ménage, se délester des peaux mortes, rafraîchir son habitat. J’ai retrouvé ce poème d’une jeune élève que j’avais découpé dans je ne sais plus quelle magasine. Je crois qu’il s’agissait d’un projet scolaire autour du thème: Les questions du bonheur. Celui qui a retenu mon attention jadis est de Victoria Simmons, un élève de 9e ou 10e année de l’école St. Mary’s, Peterborough, Victoria.

Peut-on dessiner le bonheur?

Peinturer des mondes imaginaires

Où tout est parfait, idéal,

Est-ce que c’est possible de le faire?

Peut-on se nourrir du bonheur?

Une commande avec les frites, pour emporter

Le bonheur, ma boisson préférée,

Même de pensée, les scientifiques vont rire.

Peut-on voir le bonheur?

Marcher au bord du ciel,

Ou prendre de l’océan.

Est-ce que c’est un trésor pour admirer sur un piédestal?

Peut-on créer le bonheur,

Que l’enfant donne à sa mère?

Et c’est la joie des deux

Qui est le cadeau du père.

 

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