Cité de verre: sens ou non-sens?

Il y a un je-ne-sais-quoi dans les livres de Paul Auster qui me fascine. Dans le premier livre de la Trilogie new-yorkaise, La cité de verre, l’auteur explore les fondements du langage, du sens de la vie, des sensations. Il se joue du lecteur, tout en prenant au sérieux l’oeuvre de fiction qu’est la vie.

Quinn prit à nouveau le Marco Polo et se remit à lire la première page. «Pour que notre livre soit droit et véritable, sans nul mensonge, nous vous donnerons les choses vues comme vues, et les entendues comme entendues. Aussi, tous ceux qui liront ou écouteront ce récit doivent le croire parce que ce sont toutes choses véritables». (p. 19)

Ce qui lui plaisait dans les livres, c’était leur sens de l’abondance et de l’économie. Dans un bon roman policier rien n’est perdu, il n’y a pas de phrase ni de mot qui ne soient pas significatifs. Et même s’ils ne le sont pas en fait, ils le sont potentiellement, ce qui revient à la même chose. Le monde du livre s’anime et foisonne de possibilités, de secrets et de contradictions. Comme toute chose vue ou dite, même la plus petite, la plus banale, peut influer sur le dénouement de l’histoire, rien ne doit être négligé. Tout devient essentiel; le centre du livre se déplace avec chaque événement qui le pousse en avant. Le centre en est donc partout et on ne peut en dessiner la circonférence avant que le livre n’ait pris fin.

Le détective est quelqu’un qui regarde, qui écoute, qui se déplace dans ce bourbier de choses et d’événements à l’affût de la pensée, de l’idée qui leur donnera une unité et un sens. En fait, l’écrivain et le détective sont interchangeables. Le lecteur voit le monde à travers les yeux de l’enquêteur, percevant la profusion des détails comme s’il les rencontrait pour la première fois. Il s’est éveillé aux choses qui l’entourent comme si elles pouvaient lui parler, comme si par l’attention qu’il leur porte désormais elles pouvaient se charger d’une signification qui dépasse le simple fait de leur existence. Détective privé. En anglais private eye, ce qui s’entendait aussi private I et comportait donc trois sens pour Quinn. D’abord ce I était le lettre symbolisant l’Investigateur. Mais c’était aussi le simple I signifiant «je», le petit bourgeon de vie dans un corps pourvu de souffle. C’était aussi l’oeil (eye) de l’écrivain, l’oeil de l’homme qui jette son regard sur le monde et exige que le monde se révèle à lui.  (p. 21-23)

Mais le sens de ces choses continuait à lui échapper. Stillman ne semblait jamais aller quelque part en particulier et il ne paraissait pas davantage savoir où il allait. […] Lorsqu’il marchait, Stillman ne levait pas les yeux. Son regard était en permanence rivé au sol comme s’il cherchait quelque chose. De temps à autre en effet, il se baissait, ramassait un objet par terre et l’examinait avec attention, le tournant et le retournant dans sa main. Quinn pensait alors à un archéologue sur un site préhistorique en train d’inspecter un tesson. […] Pour autant qu’il pût en juger, les objets que rassemblait Stillman n’avaient pas de valeur. Ils ne semblaient être rien de plus que des choses cassées, mises au rebut, des débris épars. […] Quinn ne manquait pas de se poser des questions en voyant Stillman prendre au sérieux ce travail de chiffonnier. Mais il ne pouvait rien faire d’autre qu’observer, consigner ce qu’il voyait dans le cahier rouge et rôder stupidement à la surface des choses. […] Quinn avait dans l’idée que le cahier rouge de Stillman contenait des réponses aux interrogations qui s’étaient accumulées dans son esprit et il se mit à concocter divers stratagèmes pour le subtiliser au vieil homme. Mais l’heure d’une telle mesure n’était pas encore venue. (p. 90-91)

Quinn comprit alors qu’il avait besoin de quelque chose de plus pour se tenir occupé, d’une petite tâche qui l’accompagnerait dans son travail. À la fin, ce fut le cahier rouge qui lui apporta le salut. Au lieu de se contenter d’y inscrire quelques commentaires détachés, comme il l’avait fait les premiers jours, il décida d’enregistrer autant de détails concernant Stillman qu’il lui était possible de noter. À l’aide du stylo qu’il avait acheté au sourd-muet, il se mit à ce travail avec zèle. Ne se contentant pas de relever chaque geste de Stillman, de décrire tout objet qu’il choisissait pour son sac ou qu’il rejetait, de consigner l’heure exacte de chaque événement, il coucha aussi des errances de Stillman, marquant toute rue suivie, tout changement de direction, toute pause effectuée. Et, en plus d’occuper Quinn, le cahier rouge lui fit aussi ralentir le pas. Il n’y avait maintenant plus de risque de dépasser Stillman. Au contraire, le problème était devenu comment ne pas le perdre, comment être sûr de ne pas le laisser disparaître. Car marcher et écrire n’étaient pas deux activités aisément compatibles.(p. 94)

Il y écrivait depuis des jours et des jours, maintenant, remplissant une page après l’autre d’une écriture bousculée et instable, mais il n’avait pas encore eu le courage de se relire. Comme l’affaire semblait enfin toucher à son terme, il se dit qu’il pourrait y risquer un coup d’oeil.

Un bonne partie était difficile, surtout le début. Et quand il arrivait à déchiffrer les mots, il avait l’impression que ses efforts n’étaient guère récompensés. «Ramasse crayon milieu trottoir. Examine, hésite, dans le sac… Achète sandwich à la charcu…S’assoit sur banc dans parc et lit dans cahier rouge». Ces phrases lui paraissaient totalement sans intérêt.

Ce n’était qu’une question de méthode. Si son but était de comprendre Stillman, de se familiariser avec lui suffisamment pour prévoir ce qu’il allait faire, Quinn avait échoué. Il avait commencé avec des données en nombre limité […] . Mais les faits du passé ne paraissait pas être en rapport avec les faits du présent. Quinn sentait en lui une grande désillusion. Il s’était toujours imaginé que la clé d’un bon travail de détective était une observation minutieuse des détails. Plus l’examen était précis, plus les résultats seraient probants. L’hypothèse sous-jacente était que le comportement humain devait être accessible à l’entendement, que sous la façade infinie des gestes, des tics et des silences, il y avait en fin de compte une cohérence, un ordre, une source de motivation. Mais après avoir lutté pour saisir tous ces effets de surface, Quinn ne se sentait pas plus proche de Stillman que lorsqu’il avait commencé à le suivre. Il avait vécu la vie de Stillman, il avait marché à son rythme, vu les mêmes choses que lui, et la seule chose qu’il ressentait à présent était l’impénétrabilité de cet homme. Au lieu de réduire la distance qui le séparait de Stillman, il avait vu le vieil homme lui échapper et cela alors même qu’il restait sous ses yeux. (p. 98-99, 101)

Puis surgirent des doutes, comme sur commande, qui remplirent sa tête de voix traînantes et gouailleuses. Il avait fantasmé toute l’affaire. Les lettres n’étaient pas du tout des lettres. Il les avait vues uniquement parce qu’il avait voulu  les voir. Et même si les schémas formaient des lettres, ce n’était qu’un hasard. Stillman n’y était pour rien. Ce n’était qu’un accident, une farce qu’il s’était jouée à lui-même. (p. 106)

Voyez-vous le monde est en fragments, monsieur. Non seulement nous avons perdu la capacité de vouloir atteindre quelque chose, mais nous avons aussi perdu le langage nous permettant d’en parler. Il s’agit certes là de problèmes spirituels, mais ils ont leur contrepartie, dans le monde matériel. Mon coup de génie a consisté à me limiter aux choses physiques, à l’immédiat et au tangible. Mes motivations sont élevées, mais mon travail a lieu maintenant dans le champ du quotidien. […]

Voyez-vous, je suis en train d’inventer un nouveau langage. […] Un langage qui dira enfin ce que nous avons à dire. Car les mots que nous employons ne correspondent plus au monde. Lorsque les choses avaient encore leur intégrité, nous ne doutions pas que nos mots puissent les exprimer. Mais, petit à petit, ces choses se sont cassées, fragmentées, elles ont sombré dans la chaos. Et malgré cela nos mots sont restés les mêmes. Ils ne se sont pas adaptés à la nouvelle réalité. Par conséquent, à chaque fois que nous essayons de parler de ce que nous voyons, nous parlons à faux, nous déformons cela même que nous voulons représenter. Ce qui a fait un gâchis terrible. Mais les mots […] admettent le changement. Le problème, c’est comment le prouver. (p. 112-113)

Dans le petit discours qu’il tient à Alice, Humpty Dumpty esquisse l’avenir des espérances humaines et nous indique la clé de notre salut: c’est de devenir maître des mots que nous prononçons, de forcer le langage à répondre à nos besoins. Humpty Dumpty était un prophète, un homme qui proférait des vérités pour lesquelles le monde n’était pas prêt. […] Tous les hommes sont des oeufs, d’une certaine façon. Nous existons, mais nous n’avons pas encore réalisé la forme de notre destinée. Nous ne sommes qu’un potentiel, un exemple de non-encore-arrivé. […] C’est notre devoir d’êtres humains: reconstituer l’oeuf (p. 119-120)

Selon moi, don Quichotte se livrait à une expérience. Il voulait mesurer la crédulité de ses semblables. Était-il possible, se demandait-il, de se dresser devant le monde et, avec la conviction la plus extrême, de vomir des mensonges et des bêtises? De dire que des moulins à vent étaient des chevaliers, que la bassine d’un barbier était un heaume, que des marionnettes étaient des personnes en chair et en os? Était-il possible de persuader ceux qui l’écoutaient au point de leur faire approuver ses paroles alors même qu’ils ne le croyaient pas? En d’autres termes, jusqu’à quel point les gens toléraient-ils le blasphème pourvu qu’ils s’en divertissent? La réponse est évidente, n’est-ce pas? Jusqu’à n’importe quel point. La preuve en est que nous lisons encore ce livre. Il reste pour nous extrêmement amusant. Et c’est finalement tout ce qu’on veut d’un livre – être diverti. (p. 143)

Il regrettait d’avoir gaspillé tant de pages au début du cahier rouge, et, en fait, il déplora d’avoir pris la peine de rédiger quoi que ce soit sur l’affaire Stillman. car c’était un cas qu’il avait désormais dépassé depuis longtemps et il ne se souciait pas d’y penser. Cette affaire avait servi de pont vers un autre lieu de sa vie, et maintenant qu’il l’avait franchi Quinn en avait aussi perdu le sens. (p. 184)

 

Auster nous entretient du langage, des liens entre êtres humains, et d’autres oeuvres de fiction… ou de la «vraie vie»: Marco Polo, Alice aux pays des merveilles, L’ingénieux Hidalgo don Quichotte de la Manche.

Je pourrais relire ce livre, sur-le-champ, et y découvrir – dégager – un autre sens, jamais épuisé. Ce qui est curieux c’est que j’ai acheté ce livre dans une librairie de livre usagé. Le propriétaire initial y a inscrit son nom, mais le livre était en si bon était que je doutais qu’il l’ait lu. Et puis, à la p. 66, au début du chapitre 6, il y a une inscription et encore trois ou quatre traits dans le livre, mais dont je ne comprends pas le sens. Pourquoi ce lecteur a fait un trait dans la marge face à ces lignes? Quel sens y trouve-t-il? Quel sens l’ensemble de ces traits a-t-il pour lui? Comment a-t-il pu lire ce livre dans le casser, comment le tenait-il? Pourquoi l’a-t-il lu? Qu’en a-t-il pensé? Pour ma part, la tranche du livre est déjà cassée, les pages sont écornées, j’ai retranscrit tous ces extraits. Quel sens ont-ils? Pour qui?

 

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Oeuvre des jours

Ce n’est pas grave parce qu’en fait, des fois, quand c’est trop bien barré, quand c’est trop bien parti, une toile tu as envie que ça n’aille plus, parce que tu sais qu’elle ne t’apprendra rien, cette toile-là, quand ça va trop bien. Par contre, quand ça ne va pas bien, là, tu n’as pas le choix d’extirper quelque chose de plus, de plus vrai.

Tu ramasses un morceau de bois, il a quelque chose qui va te donner… Il était par terre. Il n’est pas à toi, il n’est à personne. Il n’a pas de signature, il se suffit complètement à lui-même et il t’apporte beaucoup, beaucoup. C’est l’objet trouvé.

C’est pareil chez les êtres, ce que tu cherches chez l’autre c’est aussi la faculté qu’il va avoir à te laisser libre… Une oeuvre c’est peut-être un peu pareil.

Je sais en tous cas que c’est

après avoir vu que l’on commence

à voir

Alors ne vous inquiétez pas.

François-Xavier Marange (1948-2012)

dans L’oeuvre des jours.

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Agenda culturel septembre 2014

En cours

En septembre:

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BD estivales: mais pas sans douleur…

Je ne me souviens plus à quelle émission de radio (J’ai retrouvé c’était à Euromag, émission du 7 juin 2014) où j’ai entendu une entrevue avec Riad Sattouf sur sa dernière bd parue en France dernièrement: L’Arabe du futur où il relate son enfance entre la France, la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez el-Assad, non sans ambiguïté, puisqu’il est arabe blond d’un père syrien et d’une mère française qui se sont rencontrés à La Sorbonne. MaCirconcisionComme elle n’est pas encore arrivée à la BANQ, je me suis rabattue sur une autre bd d’inspiration autobiographique: Ma circoncision. Alors que tous ses cousins sont déjà circoncis, Riad apprend que ce sera son tour bientôt. Il compare cette annonce à celle d’un condamné à mort. Coups de crayon naïfs qui rendent bien le point de vue adopté, soit du jeune Riad terrorisé et en sueurs. Les pages sur l’école sont particulièrement violentes. Aperçu.

RiadSattoufMaCirconcision

LeBleuEstUneCouleurChaudeLe bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. En allant chercher la bédé précédente à la bibliothèque, je suis passée par le présentoir des «nouveautés». Cette bédé était là, dont je n’ai pas vu la transposition au grand écran (La vie d’Adèle) qui a obtenu la Palme d’or en 2013. Une adolescente se pose des questions sur son orientation sexuelle et trouve la réponse. Un point de vue de l’intérieur, où le regard des autres sur soi, son regard sur les autres sont particulièrement bien rendus.

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Agenda culturel août 2014

En cours

En août:

*Pour d’autres informations au sujet des ventes trottoirs à Montréal.

** Pour d’autres informations au sujet des expositions agricoles au Québec du 30 mai au 7 septembre 2014.

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En attendant le printemps: étendues de fraîcheur

EnAttendantLePrintempsEn attendant le printemps est un film documentaire contemplatif de Marie-Geneviève Chabot filmé à Chapais dans le Nord-du-Québec en hiver. La caméra sait capter la beauté des grandes étendues blanches et grises, la documentariste sait capter la beauté et la fragilité de trois hommes, Berny, Pico et Jean-Yves, mineurs de carrière, jeunes retraités par obligation depuis la fermeture de la mine au début des années 1990.Chapais

Chapais est à l’origine un village minier situé dans la région Nord-du-Québec, sur la route 113, entre région de l’Abitibi-Témiscamingue à celle du Saguenay – Lac-Saint-Jean. Il a été fondé en 1955 sur le site du camp minier de Opemiska Copper Mine Limited. Aujourd’hui, la ville de Chapais compte 1600 personnes.

J’ai parcouru pas mal de continents, mais je n’ai jamais vu Chapais. Ce film m’a donné le goût de visiter cette contrée reculée (toute chose étant relative à ce qu’on considère comme le «centre», le «proche»). Un grand lac, des grands espaces blancs, de grands arbres, la nature, la pêche sur la glace. Le temps ne s’y est pas arrêté. Le temps y prend son temps.

C’est surtout Berny que l’on suit. Dans ses dits et ses non-dits. Dans son projet de sculptures à partir de tiges d’arbres tordues qu’il met patiemment à nu. Métaphore de sa vie, de son récit?

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Les Chefs sont de retour… et nous aussi!

LesChefsRadioCanada5eSaisonPour la 5e saison de l’émission Les Chefs!, douze candidats des années précédentes sont là pour prendre leur revanche. Le rythme de l’émission est toujours soutenu, mais je suis nostalgique de la première saison où on suivait davantage les candidats dans l’élaboration de leur plat. Maintenant, on suit davantage les candidats dans leur stress, les imprévus et les difficultés. Le jury est composé des trois mêmes juges, toujours exigeants, mais plus élogieux dans leurs propos.

Coïncidence, nous avons repris du service avec nos soirées «cuisine ludique». Nous avons une nouvelle recrue et un nouveau concept, en toute simplicité: aliments saisonniers. Répartition des plats à l’aveugle: 1) mise en bouche; 2) entrée; 3) plat principal; 4) dessert.

L., la nouvelle recrue, a concocté une mise en bouche tout en fraîcheur: rouleaux de courgette, farcia à la ricotta fraîche, menthe et aneth, et esturgeon fumé. Les ingrédients provenaient en grande partie de son panier de légumes de la ferme… Nous avons dégusté la mise en bouche en terminant une bière maison, concoctée par G.

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L’entrée de G. était un ceviche aux deux poissons, frais et bien assaisonnée: saumon et turbo avec pousses de tournesol, abricot et pêche, assaisonnée de piment et bien «cuit» à la lime . Bu avec un vin rosé.

IMG_8965On a poursuivi le vin rosé avec le plat principal de C.: une pâte aux rubans et têtes d’asperges, accompagnée d’une sauce de tomates concassées, de fleur d’ail et de basilic, servie avec parmesan. Le tout était bien équilibré, on goûtait encore très bien les asperges.

IMG_8967Finalement, je m’occupais du dessert. J’ai fait une réinterprétation du tiramisu, avec des fraises trois façons (fraîches aromatisées au thé des bois d’Origina, confites au sirop d’érable et givrées) et une marmelade de rhubarbe aromatisée de graines de myrica d’Origina et de liqueur de whiskey canadien et de sirop d’érable Sortilège. Le tout a été étagé dans une verrine en alternant fruits, meringues concassées et mascarpone fouetté avec des jaunes et blancs d’oeufs. Un petit verre de Sortilège en fin de repas.

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