Scrapper l’art: délirant, décapant, nécessaire

J’ai très apprécié le documentaire Scrapper l’art présenté hier, samedi 26 mars, à la Grande bibliothèque dans le cadre du FIFA. Le film commence fort avec la présentation de deux «études de cas» de la situation délirante de l’art public (contemporain) au Québec. C’est-à-dire non seulement sa dégradation, mais  aussi sa disparition pure et simple, suite à des travaux de réfection de bâtiments sur lesquels ou près desquels ces oeuvres ont été installées. Les deux cas concernent des oeuvres de Jordi Bonet dans la région du Saguenay-Lac St-Jean. Une murale extérieure sur un édifice commercial et une autre sur une école. Dans le premier cas, après de nombreux appels, on apprend finalement que le constructeur chargé de la rénovation a tout simplement jeté le tout aux poubelles. Un beau revêtement de béton gris, lisse et uniforme se trouve maintenant là où il y a avait la murale en céramique émaillée bleue. Dans le deuxième cas, il semble que la murale ait tout simplement été recouverte; on trouve maintenant un beau mur de briques  beige, lisse et uniforme.

Le film s’attarde particulièrement aux oeuvres de Jordi Bonet, mais pas exclusivement. Il donne la parole aussi aux artistes mêmes, la plupart sculpteurs (au masculin): Robert Côté, Karol Proulx, Pierre Leblanc, Pierre Bourgault, Yves Trudeau et autres. La plupart d’entre eux se trouvaient dans la salle d’ailleurs et ont participé à la discussion qui a suivi. Très intéressant de les entendre, notamment Pierre Leblanc qui exprime des propos colorés et décapants. Pour un pâle aperçu, voir la capsule sur le Festival international des films sur l’art d’ARTV. Le sort réservé à la sculpture d’Yves Trudeau, Monument à Alphonse Desjardins, conçue lors de la construction du Complexe Desjardins est un autre triste exemple. L’artiste a été informé par un ami que sa sculpture avait disparue. On l’a retrouvée en trois morceaux dans une cour de ferrailles. Une caisse populaire, de Lachine je crois, était prête à en faire l’acquisition, mais ne pouvait défrayer les coûts de «déménagement». Elle se retrouve maintenant au parc d’Orford. C’est bien, ç’aurait pu être pire. Mais ce n’est pas le lieu pour lequel elle avait été créée.

C’est devant une salle de conquis que le film Scrapper l’art a été projeté. Je ne viens ni du milieu de l’art, ni le côtoie vraiment. Je suis une pure observatrice amateure. Mais très amateure, vous le savez maintenant. En faisant la file, comme il convient de le faire pour les films du FIFA (donc un bon achalandage), je pouvais observer les gens se saluer, se retrouver. Une discussion a eu lieu par la suite, animée par  Marie-Christine Trottier et à laquelle participaient Suzanne Guy, réalisatrice du film, Francyne Lord, commissaire au Bureau d’Art public de la Ville de Montréal,  Pierre Leblanc, sculpteur, Pascale Beaumont, de la Société de transport de Montréal et  Dominique Chalifoux, conservatrice au musée de Lachine. La discussion se voulait un «débat», mais devant une salle remplie de gens sensibles à l’art, elle a plutôt tourné en «témoignages» en faveur de sa conservation. On y a entre autres appris qu’ARTV, partenaire dans la production du film, le présentera sur ses ondes éventuellement. Elle financera également, a-t-on appris par la réalisatrice du film, Suzanne Guy, une série de six émissions sur l’art public. Nécessaire.

Ce film a élargi mes horizons. Il a repoussé les limites de ma compréhension de l’état de l’art public au Québec. Par contre, il n’a pas tant repoussé les limites de ma compréhension de ces oeuvres d’art. C’est ce qui manque. Non pas que je prône une approche essentiellement didactique des oeuvres où il faille tout expliquer et tout comprendre. Mais je pense que ces oeuvres doivent faire l’objet d’une présentation au moment de leur inauguration et après. Elles marquent l’espace public. Pour le public qui désire en savoir plus, sur l’oeuvre ou sur l’artiste, comment fait-il? Les sites des artistes présentent essentiellement des photographies de leurs oeuvres. Rarement les décrivent ou les expliquent. On peut comprendre, mais on peut être aussi déçu. J’ai cherché dans le site de la Ville de Montréal. Il y a bien un espace dédié à l’art public où l’on peut en apprendre un peu plus sur les oeuvres. Une recherche par artiste, par oeuvre, par catégorie ou par arrondissement. Pas très convivial. Mais pas de carte interactive. Du moins, je ne l’ai pas trouvée. À quand une balladodiffusion? Le site nous réfère à un partenaire pour en savoir plus. Artexte. Encore ici, il faut fouiller pour trouver de l’information précise, mais intéressante et pointue, sur l’art public. J’ai trouvé de l’information un peu plus structurée dans le site du Vieux-Montréal. Au moins, on y retrouve une liste des oeuvres d’art public et la date, qui renvoie à une fiche détaillée. Toujours pas de carte interactive. J’en ai finalement trouvé une dans le site de l’Université de Montréal, dont la section dédiée à l’art public s’intitule Art pour tous. On y propose même des parcours, avec des ballado.

Idem pour l’Université de Concordia (bon je ne ferai pas le tour de toutes les universités, mais je sais maintenant que c’est un bon filon!). Dans le site Des amis de la montagne, on propose une liste des oeuvres installées sur le Mont-Royal et une carte interactive digne de ce nom. On peut même louer une ballado sur place ou télécharger les audio sur un lecteur Mp4.

Je continue mes recherches pour le Québec. Je fouille dans le site du Gouvernement du Québec… J’ai finalement trouvé une liste par région administrative des «oeuvres du 1%» liées à la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement. Rien de bien pratique pour l’amateur/explorateur (à noter que la période visée est de 1961-2009)… mais c’est déjà ça. Du côté de la Société de transport de Montréal (STM), il faut chercher un peu, mais on trouve finalement un texte d’introduction à L’art dans le métro et des liens pour chaque station de métro (par ordre alphabétique de station) avec des photographies des oeuvres. Des infos factuelles sur l’artiste et le titre de l’oeuvre. Pas de texte descriptif, explicatif, de mise en contexte, pas de ballado.

Permettez-moi un commentaire ici. Je salue le travail de la STM pour entretenir les oeuvres d’art installées dans le métro. Selon Mme Beaumont,  de la STM et intervenante lors de la discussion, les fonds et la planification s’améliorent. Cependant, dans certaines stations, la publicité est tellement omniprésente que c’est tout ce qu’on voit. Le placardage sauvage, j’en ai marre. Bravo pour la valorisation de la société de consommation dans un espace (de transport) public! J’avoue, quand il y a des publicités à propos des activités culturelles, je tempère. J’apprécie même les publicités de la STM depuis qu’elle a adopté les couleurs des lignes de métro et les flèches dans toutes ses publicités. Pour le reste, les vitrines, les télés, les tapisseries mur à mur dans les couloirs des stations, on peut s’en passer. Plutôt je veux m’en passer. Où sont les oeuvres d’art là-dedans? Hier, je passais justement par la station de métro Saint-Laurent.

Pendant l’arrêt, d’où je suis assise, je peux admirer la murale de céramique… mais j’ai dû lever les yeux, car juste dessous et donc directement dans mon champ de vision, c’est plutôt une grande affiche, d’une publicité vitrée, encadrée, bien nettoyée. On peut se demander sur quelle «oeuvre» on met vraiment l’accent? Je viens donc d’aller voir la photo de l’oeuvre d’art de la station de métro Saint-Laurent. Qu’y voit-on? La murale en céramique. Cependant, on ne voit pas que juste en-dessous, la publicité lui vole la vedette. Il y a donc place à l’amélioration, chère STM.

Coïncidence, durant la semaine, dans le cadre de l’émission Art sous enquête, diffusée à Télé-Québec, on y abordait la disparition d’une oeuvre d’art public de Michel Goulet que je connais bien. Mais je n’ai pas vu l’émission, pas de télé et pas de diffusion sur Internet. Selon le résumé que j’y lie, on y traite de quelques volets concernant l’art public: contestation publique, installation, défi technique, apprivoisement.

Pour en savoir plus sur la sculpture au Québec (pas seulement d’art public), le site du Conseil de la sculpture du Québec. La définition de l’art public proposée dans le Thésaurus de l’activité gouvernementale (Gouvernement du Québec). On peut également lire un bref résumé de l’histoire de l’art public au Canada dans le site de l’Encyclopédie canadienne. J’ai aussi découvert le site Présences du littéraire dans l’espace public canadien qui inclut une vaste catégorie d’oeuvres : installation et intervention (362); sculpture (172); murale (73); photographie (29); multimédia, film et vidéo (25); peinture, dessin et estampe (19); Verre (11); performance (8); techniques mixtes (6); site et sentier (4). C’est fou ce qu’on trouve en fouillant un peu! Mais bon, ce n’est pas tout… qu’en est-il sur place?

Le film m’a également fait connaître le Musée des beaux-arts de Mont-St-Hilaire et le Musée de Lachine (réouverture le 30 mars 2011) et plus particulièrement son Jardin des sculptures (gratuit, «ouvert» à l’année!) qui serait l’un des plus grands au Canada avec 50 oeuvres en plein air.  Deux visites de plus Dans ma mire!

MàJ 28 mars. Hier, je suis passée par la station Peel (pour aller assister au dernier film de ma sélection au FIFA, Sur les traces de Marguerite Yourcenar, au MBAM). Sortie Peel, à l’angle de Maisonneuve, une belle scuplture. Je passe vite, mais je porte attention tout de même. Je n’ai vu aucune info indiquant le titre de l’oeuvre, le nom de l’artiste. Rien. Dommage.

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5 commentaires pour Scrapper l’art: délirant, décapant, nécessaire

  1. Ping : FIFA : le festival de l’éclectisme | Curieuse d'idées

  2. Ping : Voyager formule no 3: deux semaines culturelles dans une ville | Curieuse d'idées

  3. Suzanne Guy dit :

    Merci de votre très beau texte à propos de mon film Scrapper l’art!
    Je voulais vous faire part qu’il sera diffusé à la télévision de ARTV le 6 décembre 2011 à 20h30
    Suzanne Guy, cinéaste

  4. Ping : Poursuivre une oeuvre nécessaire… | Curieuse d'idées

  5. Ping : Agenda culturel avril 2012 | Curieuse d'idées

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