FIFA : le festival de l’éclectisme

Le 29e Festival international du film sur l’art est terminé. Un an à attendre la prochaine fournée (ce n’est pas tout à fait vrai, le FIFA organise une tournée de son palmarès durant l’année). Dans un monde idéal, je prendrais des vacances pendant les 10 jours du Festival, tant les propositions sont nombreuses et séduisantes. Il y a de tout sur l’art, pour tous les goûts. Même quand je n’habitais pas à Montréal, je lisais la couverture médiatique de ce Festival et je salivais d’envie. Maintenant, je salive et je croque à pleines dents! Il y a toujours des choix déchirants dus aux conflits d’horaire avec le travail ou aux conflits d’horaire entre les films (qu’on peut d’ailleurs présélectionner grâce à l’outil très pratique Ma grille-horaire). Donc, quand on est à l’extérieur de la ville pendant un des deux weekends, ça fait mal, comme ce fut le cas pour moi cette année. Rythme de vie moderne oblige, même si j’avais acheté mon carnet de 8 coupons à l’avance, j’ai fait mes achats de séances à la dernière minute (le mercredi). Bref, il y avait déjà beaucoup de séances complètes. Après avoir versé quelques larmes, j’ai fait mes choix avec sérénité, en me disant que j’aurais bien des surprises! Je n’y suis pas allée au hasard, mais presque. Voici donc mon compte rendu de mes 5 jours, 6 séances, 9 films (En plus, j’ai fait profiter deux amis de mon carnet d’achat).

Claudio Bravo in Morocco: oh my god! Cet homme ne souffre pas du syndrome d’infériorité! Artiste chilien, ayant vécu à Madrid, puis maintenant au Maroc. Si ses propriétés marocaines sont effectivement grandioses et ses peintures relativement intéressantes, l’homme rebute tant il est imbu de lui-même. On observe sa démarche hyperréaliste, on accède à sa réflexion sur la tradition de l’art, mais ça semble mince comparativement à la réputation internationale dont il bénéficie. Le parti pris du film est d’en rajouter et l’auditoire en devient mal à l’aise, tellement que lors de la projection, deux types se sont mis à rire franchement en entendant les propos de l’artiste. Encore une fois, le FIFA m’a fait découvrir un artiste que je n’aurais pas connu autrement. Ce film m’a aussi initiée à l’envers (clin d’oeil à l’artiste) de l’art hyperréaliste, à la réflexion derrière ce qui semble un simple travail de reproduction fidèle de la réalité. Je lis dans Internet qu’il a fait, à leur invitation, les portraits de Ferdinand et Imelda Marcos. Mais de ça, il n’en est pas question dans le documentaire… Bizarre!

Mimmo Jodice. On ne pouvait pas trouver artiste plus contrastant avec le précédent, tout en générosité, sensibilité, impuissance. Pourtant, il effectue, lui aussi, une réflexion sur la réalité. Grand photographe italien, dont la démarche artistique et la recherche technique ont fait classe en Italie (et probablement ailleurs), Jodice est attachant et émouvant. Il est profondément enraciné dans sa ville, Naples. Le film retrace sa carrière de façon chronologique sans jamais être monotone. On a accès aux photos de l’artiste de toutes les époques, abondantes et fascinantes: revendications sociales, art conceptuel, paysage, documentation archéologique.  Il travaille essentiellement en noir et blanc et développe tout lui-même. Le voir tourner la manivelle d’une caméra nous semble d’une autre époque. Ses expérimentations en laboratoire sont innombrables. Où allait-il chercher toutes ces idées? La photographie peut rebuter, peut paraître sèche et formelle. Pas dans le cas de Jodice, surtout pas quand il nous livre son propos. Il nous donne accès à son regard, à sa pensée. L’artiste a été professeur de photographie, ça paraît. J’aurais voulu être son élève. J’ai au moins eu le privilège d’assister à une de ses classes en quelque sorte. Coïncidence, il aura une exposition au Louvre du 19 mai au 15 août 2011, pendant que je serai dans ce coin…

Karkwa – Les cendres de verre. J’en ai parlé ici.

Studio Gang Architects: Aqua tower. Un de mes coups de coeur du FIFA 2011. On en aurait pris plus que 27 minutes. Une femme architecte, c’est rare, du moins dans les ligues majeures. Un projet poétique et technique réussi. Dans la ville de Chicago, il y a pourtant de la concurrence. Aqua Tower, un gratte-ciel de 82 étages, marque le paysage… et pour le mieux! La démarche de l’équipe de Jeanne Gang est organique et le résultat également. À partir d’un remue-méninges, les collègues travaillent avec des maquettes, s’intéressent aux différents points de vue à exploiter à partir du site, élaborent une vision de la vie entre les résidents des paliers. J’en ai eu les larmes aux yeux, en repensant à ce que j’aurais pu faire si j’avais persévéré dans mes études en architecture. Vision, créativité, sensibilité, regard sur l’environnement et sur la société. Le Studio Gang, basé  à Chicago même, a réalisé d’autres projets dans sa ville, notamment une maison, dans son état, l’Illinois, un incroyable théâtre en plein air qui s’ouvre comme une fleur, et également à l’international.  Le film aborde surtout la forme de ces projets, on aurait aimé en savoir autant sur leur  fonctionnalité. Trop court, je vous disais.

Contemporary days: the design of Lucienne et Robin Day. Si le précédent documentaire était trop court, celui-ci était trop long. Ou alors trop uniforme. Et pourtant, ce n’est pas parce qu’il manquait de contenu à propos de ces deux designers britanniques. Au contraire. Traiter deux carrières énormes,  pour l’un en design de meubles et pour l’autre en design de textiles, s’étalant sur plus de 70 ans, en plus de leur histoire respective et commune, c’était peut-être trop. Il fallait faire des choix qui n’ont pas été faits. On peut comprendre l’urgence dans laquelle a été produit le film, puisque les deux designers étaient âgés de plus de 90 ans quand le tournage a commencé. Je retiens du travail de Lucienne Day, une amateure de jardinage, une démarche inspirée de la flore.

Les meubles de Robin Day sont quant à eux fonctionnels, abordables et épurés. Il  a travaillé avec le contreplaqué moulé, puis avec le polypropylène. La plupart des gens connaissent une de ses réalisations, sans connaître le nom du designer. Un mot sur la maison de production, Design Onscreen, un organisme à but non lucratif, si j’ai bien compris, dédié à la promotion du design contemporain aux États-Unis. Inspirant.

To Russia with Jazz – Benny Goodman in the USSR. J’aime bien Benny Goodman. Il m’a fait découvrir le son particulier, chaleureux, souple, parfois enfantin de la clarinette. Lors de mon premier voyage à New York, j’avais acheté quelques cassettes (eh oui, ça trahit mon âge) de la musique que j’associais à New York ou aux États-Unis: Ella Fitzgerald, Koko Taylor et Benny Goodman. Bien sûr j’aurais pu les acheter au Québec, mais quand je mettais la cassette dans mon walkman, je pensais à New York et non au Québec! J’avais aussi retrouvé la musique de Benny Goodman dans le savoureux documentaire sur la tournée européenne de Woody Allen avec son ensemble jazz. Délirant. Bref, c’est le sourire aux lèvres que j’avais sélectionné ce film et que je m’y suis rendue. Le film aborde pourtant davantage la situation policito-historique des États-Unis et de l’Union soviétique des années 1960 (et, dans une certaine mesure, à l’intérieur du groupe de musiciens dirigé, d’une main ferme, par Goodman). On a accès à de nombreuses images d’archives et aux témoignages de musiciens. Ils découvrent, comme dit l’un, que les gens de l’Union soviétique leur ressemble plus qu’ils ne le croyaient. Le plaisir aussi de revoir les images de Moscou, la place rouge, le Kremlin et la cathédrale Basile-le-bienheureux, le mausolée de Lénine et celles de Leningrad (Saint-Pétersbourg), l’imposant musée de l’Ermitage, les canaux, le fleuve la Néva, déjà visités. La musique est présente, mais souvent en arrière-fond.

Scrapper l’art. J’en ai parlé ici.

Sur les traces de Marguerite Yourcenar. Un coup de chance avec celui-ci. Les séances prévues à la programmation s’étant remplies rapidement, le FIFA a ajouté une séance le dernier dimanche à 18h30. Et c’est tant mieux! Prix du public ARTV, ce film trace le portrait et le parcours de cette écrivaine à travers ses voyages, ses amis, ses photos et son séjour aux États-Unis dans sa maison appelée Petite Plaisance. Au rythme du train, de la contemplation, on suit les traces de cette grande dame. Seule déception, si la narration est basée sur les écrits de Yourcenar, j’aurais bien aimé pouvoir lire les crédits à la fin du film… Question d’aller relire quelques passages qui m’ont bien plu, notamment sur les voyages et sur la solitude. Je n’avais lu que L’oeuvre au noir. J’avais bien aimé cette histoire de médecin et d’alchimie. Sous bénéfice d’inventaire, qui m’a été offert, est sur ma pile de livres en réflexion (ce sont ceux que j’ai commencés, mais pas encore terminés… donc que je laisse réfléchir, le temps qu’ils «s’améliorent» et que je les reprenne à un moment où je serai en meilleure disposition pour apprécier leur valeur. Je ne les ai pas complètement abandonnés… comme c’est le cas pour d’autres livres). Un film qui m’a fait découvrir la femme de raison et de passion, qui me donne le goût de lire ses oeuvres. Des suggestions?

Bien sûr, il y a eu de nombreux films que j’aurais bien voulu voir et que je n’ai pas pu voir. Les reverrais-je un jour?

Et bien d’autres encore… Certains font partie du palmarès des prix, d’autres non…  j’ai le goût de les voir tous! Il faudra donc surveiller la tournée en cours d’année. À suivre…

MàJ. 21 août 2012. Le Musée McCord accueillera une exposition de Mimmo Jodice, Villes sublimes qui inclut des photos de Montréal, prises au printemps dernier (en noir et blanc, aucun rouge à l’horizon…). Du 10 octobre 2012 au 3 mars 2012.

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3 commentaires pour FIFA : le festival de l’éclectisme

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