Cherchez la femme et Le Plan: deux visions de la société québécoise

Comme par hasard, je suis tombée sur un documentaire que j’avais voulu voir dans le cadre des 29e Rendez-vous du cinéma québécois en février dernier. Il s’intitule Le Plan, je l’ai visionné dans le site de TV5. Il s’agit d’un documentaire d’Isabelle Longtin sur les résidents des Habitations Jeanne-Mance, contruites en 1959 dans le quartier Centre-ville de Montréal, ancien Red Light. Des chiffres? 1700 personnes, 70 cultures, 1km carré. Densité urbaine et mondialisation! On suit Mohammed, Mabidi et d’autres jeunes qui  grandissent là, ainsi que quelques autres personnes qui y ont fait presque toute leur vie, dont Mme Berthe Marcotte. Voilà, j’ai trouvé la femme!

Je fais allusion ici au recueil de nouvelles que je lis ces jours-ci: Cherchez la femme, qui me divertit, mais me déçoit aussi. Aucune nouvelle n’a contribué à me faire réfléchir réellement sur la femme d’aujourd’hui au Québec (qui vivrait surtout à Montréal en fait). Beaucoup de jolies histoires, souvent rigolotes, parfois originales, mais rien de bien profond. Je reconnais que le titre du recueil peut y être pour quelque chose. Cherchez la femme. Est-elle cachée? Faut-il insister sur ses caractéristiques ontologiques? L’exergue cite Alexandre Dumas:

Il y a une femme dans toutes les affaires; aussitôt qu’on me fait un rapport, je dis: «Cherchez la femme».

Allusion à la manipulatrice, à la femme qui influence? Dans l’Histoire écrite, il faut effectivement chercher la femme, puisqu’elle y est souvent absente, comme je le mentionnais à un ami qui nous entretient de chroniques sur l’Andalousie. Dans ses résumés, aucunement question de femmes, non pas qu’il en omette le sujet, mais parce qu’elles sont (quasi) inexistantes des personnages historiques. Auraient-elles préféré l’ombre? Dans les nouvelles du recueil, elles sont bien présentes, en pleine lumière. Avec tous les stéréotypes habituels: la femme complexée, préoccupée essentiellement par son physique, la femme qui se définit par une relation amoureuse, l’absence ou la recherche de celle-ci, la jeune femme citadine branchée qui cinqàsept avec les copines, l’emmerdeuse de service qui veut un shower, etc. Bref, tous les auteurs ont cherché la femme, mais je ne m’y suis pas vraiment retrouvée. Non que je me considère au-dessus de tous ces stéréotypes, loin de là. Mais est-ce là ce qui caractérise la femme québécoise d’aujourd’hui? Plutôt dans la trentaine, urbaine, professionnelle, copine, blonde et mère (aspirante ou dans les faits). Peut-être. Je nierais l’image qu’on renvoie de moi? Possible.

Les femmes ont aussi, me semble-t-il, d’autres préoccupations. C’est ce que j’ai retrouvé dans Le Plan, le documentaire d’Isabelle Longtin (photo). Tiens, une femme (dans la jeune trentaine?). Productrices: Colette Loumède et Raymonde Provencher, autre documentariste engagée, qui a réalisé entre autres Des marelles et des petites filles et, plus récemment, Grace, Milly, Lucy… des fillettes soldates. Parmi les personnages du documentaire, Berthe Marcotte. Une femme sobre, calme et délicate, dévouée et engagée dans sa communauté. Il y a aussi cette femme, travailleuse sociale, Rwandaise d’origine, souriante, patiente, entreprenante. Je rends hommage à toutes ces femmes immigrantes, qui ont vécu des expériences que je  peine à imaginer, du confort de mon appartement de Montréal et de mon enfance tranquille. J’en ai côtoyé certaines à l’université pendant le génocide. Souriantes, courageuses, généreuses. Ce sont leur histoire que j’aurais (eu) le goût d’écrire. Elles sont inspirantes. Elles élargissent mes horizons, elles enrichissent ma vision du monde. C’est ce que j’aurais aimé retrouver dans Cherchez la femme. Vous vous dites sûrement: tu n’as qu’à les écrire toi-même les histoires que tu veux lire, alors! C’est un peu ce que je fais, non?

MàJ. Après revérification, le documentaire n’est malheureusement plus disponible sur TV5. Il a été diffusé le 12 avril, alors je suppose qu’il n’était disponible que pendant les 7 jours suivants, donc jusqu’au 20, soit hier. En complément: une entrevue avec la réalisatrice.

MàJ 14 août 2011. Le Plan sera projeté dans différentes maisons de la culture cet automne, donc à celle du Plateau Mont-Royal le dimanche 6 novembre 2011 à 14h, avec, en première partie, Journaux de Lipsett, film d’animation 5 fois primé, portant sur un célèbre cinéaste d’animation canadien Arthur Lipsett. Idem pour le dernier film de Raymonde Provencher, Grace, Milly, Lucy… Des fillettes soldates projeté seulement à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal le dimanche 13 novembre à 14h. Comme le dit Isabella, on se DOIT de voir ces films québécois/canadiens.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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