Gravity of Center: tracer sa voie

Jeudi soir, je me rendais avec beaucoup d’attente au nouveau spectacle de RUBBERBANDance Group, Gravity of Center, à la 5e salle de la Place des arts.

Petit aparthé: non mais quelle belle rénovation intérieure de la Place des arts! On se sent dans un endroit névralgique de la diffusion des arts de la scène, émergents et non seulement  établis comme l’orchestre symphonique, l’opéra et le ballet classique. J’apprends en fouillant un peu que le projet est réalisé par le consortium d’architectes Menkès Shooner Dagenais LeTourneux et Provencher Roy + Associés. Les espaces intérieurs ont été développés par des artistes, tels qu’Érik Villeneuve, vidéaste, François Roupinian, éclairagiste et Michel Smith, compositeur, sous la direction artistique de Luc Plamondon, scénographe. Le mur de mosaïque animée de l’Espace culturel George-Émile-Lapalme est une réussite. Je l’ai découvert lors de la Nuit blanche, ne sachant trop s’il s’agissait d’une installation temporaire pour l’occasion. Heureusement, non!

C’est d’ailleurs dans la cadre de la Nuit blanche que j’avais renoué avec RUBBERBANDance Group. Il proposait un Night Shift, de 1h à 4h du matin, offrant des performances de 20 minutes. J’y suis restée pour 3 ou 4 rondes, tellement l’ambiance était stimulante: Quijada nous expliquait la démarche de la compagnie, les images qui guident leurs mouvements, il nous a même enseigné et fait expérimenter les principes de base de sa «mélasse», on a eu droit à des projections vidéos, des performances live, des démonstrations du DJ Lil Jam pour l’élaboration de la trame sonore, dont les repiquages de Prokofiev (j’en ai déjà parlé). À chaque pause de 20 minutes, le temps que ceux qui voulaient partir sortent et ceux qui voulaient entrer le fassent, Quijada proposait un petit scénario: tout le monde est endormi, c’est le gros party, tout le monde se connaît… Bref, belle soirée et redécouverte de la compagnie. J’avais retenu : énergie, prouesses, inventivité, voire improvisation. C’est ce qui m’a mis sur une fausse piste pour le spectacle Gravity of Center.

Nous y voici donc. Je pense que je n’étais pas disposée à accueillir ce qu’on allait m’offrir, comme quand on entame un livre au mauvais moment (d’où ma pile de livres en réflexion). On le reprend plus tard, et la magie opère alors. Pour un spectacle de danse, c’est plus compliqué de le mettre en réflexion et de le reprendre plus tard. Bref, pourquoi la magie n’a pas opéré (encore) cette fois. (Le 1er spectacle que j’avais vu d’eux m’avait aussi laissée tiède). Pourtant, l’inventivité est bel et bien au rendez-vous. La démarche se confirme, l’exploration se continue. À partir de la danse urbaine, Quijada et ses danseurs la métissent avec d’autres styles et la hissent au rang de danse contemporaine. La différence? Une autre fois…

Je dirais que la proposition centrale est de ralentir toute la rythmique de la danse urbaine, d’en atténuer la dimension essentiellement agressive, combattive, bien qu’elle demeure.  Ce parti pris tout en accentuant, d’après moi, les difficultés techniques en atténue la dimension énergique. Les interprètes font preuve de virtuosité. J’ai particulièrement apprécié l’interprétation d’Emmanuelle Lê Phan et de Elon Höglund. Que dire de l’interprétation d’Anne Plamondon? Une interprète virtuose, qui a dansé pour les Grands ballets canadiens de Montréal et le Nederlands Dans Theater 2 (une de mes compagnies de danse préférée). Elle maîtrise tous les styles, repousse plus loin les limites de la technique, de la virtuosité. Mais le courant ne passe pas entre elle et moi; ça avait été la même chose lors de la Nuit blanche. C’est comme une Céline Dion de la danse, parfaite techniquement, mais sans âme. Trop placée, trop maîtrisée. Je sais, je suis dure. Son regard absent, voire éteint peut être en grande partie voulu… mais je ne la sens pas là. Hic et nunc. Une incompatibilité de phéromones entre elle et moi? Est-ce que la danse aurait à voir avec la séduction, dont la chimie se passe au-delà du rationnel et du conscient? En fait, je suis vraiment désolée de l’avouer, mais la la magie n’a pas opéré sur moi.  Par contre, la salle a été conquise et la dizaine de jeunes danseuses que j’accompagnais ce soir-là étaient ravies. Je crois que le niveau technique est tellement impressionnant que le spectacle plaît particulièrement aux initiés, dont la salle était remplie ce soir-là. Fluidité et légèreté, me disait l’une d’elle, comme s’ils ne touchaient pas le sol… ou ne le quittaient jamais, notait une autre.

Je reconnais toute la démarche de recherche et l’interprétation virtuose des danseurs.  J’ai particulièrement aimé les tableaux de groupe, dont le dernier qui reprenait à l’inverse un mouvement du début, un espèce de noeud gordien, qui permet à chacun de progresser, grâce au contact des autres. J’ai aussi beaucoup aimé le tableau où l’un des danseurs s’échappe de l’étreinte de chacun. Fort sur le plan visuel et inspiré sur le plan technique. Pour ce qui est de la trame narrative, on peut y voir de multiples sens, de la traditionnelle guerre de gangs, au combat entre le bien et le mal, l’ombre et la lumière, le moi et le surmoi. Quijada nous propose plutôt celui de la tension entre l’individu et le groupe, les guerres de pouvoir et la lutte pour la survie. Même si je m’y suis un peu perdue, la richesse des niveaux de sens est bien présente. J’ai adoré les éclairages de Yan Chee Lan. Jouant avec l’ombre et la lumière, ils sont néanmoins efficaces, on ne perd rien des mouvements des danseurs et jamais nous ne sommes éblouis, comme il m’arrive de plus en plus souvent dans les spectacles de danse. Je ne sais pourquoi, d’ailleurs. Voilà, j’espère avoir rendu justice à un spectacle que j’aurais aimé avoir aimé, mais qui, sans pouvoir me l’expliquer, ne m’a pas touchée.

Les reconnaissances se multiplient, comme les médiums utilisés par la compagnie pour démocratiser en quelque sorte la danse:

afin que le public voit désormais la danse non pas comme un événement auquel on assiste passivement, mais plutôt comme une activité à laquelle on peut participer.

Chorégraphies filmées, spectacles improvisés, voire impromptus, vidéos  d’Alexandre Désilets (que je suis de loin) sorti en mars dernier et de k-os, il y a plusieurs années. Tiens, ça me ramène à une récente exploration de la musique de cet artiste hip hop, dont Victor Quijada a créé la chorégraphie du vidéoclip Man I Used to Be (Prix de la meilleure vidéo rap aux MuchMusic Video Awards en 2005). Ainsi, mon avis mitigé, bien qu’il ne soit pas le seul, compte peu à côté d’autres qui confirment l’excellence de la compagnie. Par exemple, Quijada s’est mérité le Princess Grace Awards 2010. En 2009, la compagnie a reçu le prix OQAJ-RIDEAU. En 2007, après Paul-André Fortier, Plamondon et Quijada étaient choisis comme artistes en résidence à la 5e Salle de la Place des Arts. Leur candidature a fait l’unanimité, par leur démarche créative  fusionnant hip hop, danse contemporaine, ballet classique et moderne, confirmant ainsi la vocation de la 5e salle comme lieu de création, un espace à la frontière de l’avant-garde artistique.

Pour les danseurs professionnels et préprofessionnels, à noter que les co-directeurs artistiques de RUBBERBANDance group, Quijada et Plamondon, offriront chacun un atelier dans le cadre de TransFormation 11, un stage organisé pendant le Festival TransAmérique, du 30 mai au 10 juin 2011. Si j’avais la formation qu’il faut, j’y assisterais sans hésiter!

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