L’Est pour toujours: chronique d’un film annoncé

Qui ne connaît pas (OK, ceux de mon âge) La guerre des tuques et une des répliques les plus savoureuses que je connaisse:

La guerre, la guerre, ce n’est pas une raison pour se faire mal!

J’essaie souvent de me brancher sur le point de vue des enfants. Un jour, alors que je travaillais dans un café (oui, oui, je travaillais réellement), je prenais une petite pause visuelle. Je regardais des adultes qui passaient rapidement, dont un papa et son enfant. Ce dernier s’arrête net, intrigué par une trace de pas figée dans le béton du trottoir.  Aucun adulte n’avait pourtant daigné y porter attention. Puis l’enfant en découvre une autre, puis une autre. Tente de les suivre, y peine, se reprend. Se penche, les touche. Est intrigué. Son père s’impatiente, l’enfant doit abandonner son occupation. L’observer m’a rassurée sur la vie. C’est bête. Pourquoi? En fait, ce n’est pas plus compliqué que ça: observer autour de soi, être émerveillé par un rien, s’arrêter, essayer de comprendre en empruntant ces traces. Une journée de pluie, il n’y a rien de plus réjouissant que de voir un enfant sauter à deux pieds dans une flaque d’eau. Prendre la peine de faire un détour pour ressentir le plaisir de l’eau, du bruit, des ondes. Ça remet la mauvaise humeur dans sa juste proportion. Que dire de l’empressement typique des adultes à vouloir aller d’un point A à un point B le plus vite possible? Pas de niaisage, pas de détour, pas de gambade. Mais est-ce tant la destination qui compte que le chemin (et le temps investi) pour s’y rendre? Enfin, je ne suis pas la première à poser la question.

Moi qui me plains (!) de ma mémoire, je me souviens encore, plus de 15 ans plus tard, d’un très beau film de Nikita Mikhalkov: Anna 6-18. Un cinéaste russe filme sa fille de 6 ans à 18 ans, au risque de sa vie, sous le régime communiste… et son déclin. Il lui pose 5 questions, toujours les mêmes,  pendant 12 ans:

  1. De quoi as-tu le plus peur ?
  2. De quoi as-tu le plus envie ?
  3. Que détestes-tu plus que tout ?
  4. Qu’est-ce que tu aimes par-dessus tout ?
  5. Qu’attends-tu de la vie ?

Ses réponses ne nous expliquent pas dans le menu détail tout ce qui se passe, mais nous donne accès à son expérience de jeune fille en Russie pendant les années 1980. Ça m’a touchée, ça m’a sensibilisée à cette réalité, mais ça m’a aussi interpellée au sujet de ma propre existence.

La principale occupation d’un enfant est d’explorer le monde et d’être à l’affût des effets qu’il produit, et de s’y adapter. En d’autres mots, d’apprendre. Ils computent tant d’informations, ça en est fascinant. Pour qui, adulte, tente d’apprendre une langue, un instrument, un nouveau sport, ne peut qu’être admiratif devant la détermination, la persévérance et l’excellence d’un enfant: apprendre à parler, à marcher, à interagir de façon à être compris. Adulte, est-on capable de faire preuve d’autant d’humilité et de ténacité à chaque minute de notre vie? Alors qu’enfant on s’ajuste continuellement, adulte on devient de vrai roc inébranlable!

C’est en entendant parler du dernier film de Carole Laganière ce matin que j’ai eu cette réflexion sur l’enfance. Il y a sept ans, la réalisatrice tournait Vues de l’est, un documentaire avec des enfants du quartier Hochelaga-Maisonneuve. Je ne l’ai pas vu. Je n’en avais pas entendu parler. Vendredi, la suite de son film, L’Est pour toujours, sortira en salle.

J’irai le voir très certainement. Cinéma Parallèle, 13 au 19 mai à 17h30. Vendredi et samedi, en présence de la réalisatrice.

Vous voulez jouer au Jeu de Curieuse d’idées: faire des associations de films, de livres, d’articles en lien avec l’enfance? Voici mes suggestions spontanées :

– Des jeunes prennent la parole (et le crayon) pour faire entendre leur voix au sujet de leur intégration scolaire. Lettre à la ministre de l’Éducation parue dans Le Devoir le 28 mars 2011.

– Romain Gary nous fait entrer dans l’univers d’un jeune garçon: La vie devant soi. Quel titre inspirant, non?

Sylvie Laliberté, qui cultive la naïveté et la dimension ludique, comme les enfants. Une autre vidéo ici, sur le plaisir des tentes sous les draps et des sauts sur le lit.

42 up, un film de Michael Apted: il a suivi 14 enfants d’Angleterre à sept années d’intervalle. 1964: 7 ans; 1971: 14 ans; 1978: 21 ans; 1985: 28 ans; 1992: 35 ans; 1999: 42 ans… et ça continue.

– Les films d’Anaïs Barbeau Lavalette: Le ring (dont l’acteur principal est un des enfants des films documentaires de Carole Laganière) et Les petits géants, entre autres. Une jeune femme inspirante.

– Le projet Wapikoni mobile qui permet aux jeunes des Premières nations de s’exprimer sous différentes formes artistiques, dont le court-métrage. Un de mes préférés.

– Plus didactiques, un dossier de Télé-Québec sur le regard des enfants dans le cinéma québécois et la sélection des films de l’ONF dont le sujet est Enfants et jeunes. À consulter, dans le même site, le projet interactif Ma tribu c’est ma vie, sur l’importance de la musique dans l’identité des jeunes.

Vous voulez partager un souvenir en lien avec l’enfance? Voici le mien:

Après m’avoir regardée longuement, de façon un peu particulière, je lui demandai:

– «Qu’y a-t-il?»

– «C’est bizarre, dit-elle.»

– «Qu’y a-t-il de bizarre?»

Après avoir un peu réfléchi, elle répondit:

– «Tu es comme une petite dans un corps de grande.»

C’est un des plus beaux compliments qu’on m’ait faits.

—-

C’est drôle de penser que dans 3 jours, je vais retrouver des personnes qui étaient dans ma classe de 4e, 5e ou 6e année, dont certains que je n’ai pas vus depuis l’âge de 12 ans. Comment cette enfance et ce quartier que nous habitions ont-ils marqué notre vie?

MàJ 14 mai 2011. Quelques compléments d’informations Sur ma table à café.

MàJ 15 mai 2011. La soirée Retrouvailles a été vraiment une réussite. La joie de se retrouver et de partager des souvenirs était palpable. Bref, une enfance plutôt heureuse et sans histoire…

MàJ. 16 mai 2011. Un court-métrage sur une artiste canadienne honorée par un prix du Gouverneur Général pour les arts de la scène. Leslee Silverman fait du théâtre jeune public à Winnipeg. À la fin du documentaire, elle cite Robert Frost: «Art is what remains of childhood.»

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
Cet article, publié dans Cinéma, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour L’Est pour toujours: chronique d’un film annoncé

  1. Voici un échange récent entre ma fille Matilde de 4 ans et moi :

    M- Maman, quand tu étais grande comme moi, ta mère, elle était jeune comme toi ?

    R-Oui, c’est ça, quand j’avais 4 ans, mamie était une maman comme moi, plus jeune.

    M- Elle est belle mamie hein ! Et moi j’étais dans ton ventre dans ce temps-là.

    R- Loin loin loin

    • Wow, quelle complexité de la pensée… et tout ce raisonnement dans sa tête de petite fille de 4 ans… qui fonctionne souvent, j’en suis certaine, à plus grande puissance qu’une tête d’une vieille de 40 ans!

  2. Suzanne Guy dit :

    Il y a aussi les deux films de Suzanne Guy L’ANNÉE QUI CHANGE LA VIE et LA GRANDE ÉCOLE DE LA VIE.
    Le premier film porte sur 5 enfants de 5 régions différentes du Québec pendant leur première année d’école.
    Isabelle de Montréal, Karina de Gatineau, Alex des Cantons de l’est, Amélie de l’Île d’Orléans, et Mathieu de Rivière-du-Loup.
    Pendant leur première année d’école j’ai filmé ces enfants. L’année d’avant je les avais trouvé, chacun dans leur région où ils étaient en maternelle.
    Je cherchais à savoir, à l’époque, si on était plus heureux quand on apprenait dans un environnement plus agréable, plus harmonieux. J’ai constaté qu’on apprenait mieux quand on se sentait « aimé » du moins quand on a six ou sept ans…
    J’ai tourné la suite avec les mêmes enfants, devenus ados, 10 ans plus tard, lorsqu’ils étaient en secondaire 4…
    En ce moment il y aurait un autre film à faire: ils ont 25 ans…
    Suzanne Guy

    • Merci beaucoup pour ces deux beaux filons… Ils m’intéressent tout particulièrement. Je vais me mettre à leur recherche. Ce doit être si intéressant d’entrer dans l’univers des enfants, puis des adolescents dans le cadre d’un film documentaire, en tentant de rendre compte de leur point de vue. Cela doit poser toutes sortes de question (d’adulte) aussi!

  3. Ping : Danser les yeux fermés avec Pina… et Polina | Curieuse d'idées

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s