Dire au revoir par la voix du cinéma

Dans mes courtes heures de liberté, ces dernières semaines, j’ai partagé deux visionnements de film avec des amies qui vont partir. Même si nous nous sommes dit au revoir et non adieu, il fut trop bref, trop simple, trop rapide. Voici donc mon billet d’au revoir chères amies.

Les films que j’ai visionnés avec elles racontent tous deux une histoire de quartier, de liens sociaux, simples mais vrais. Le premier est le plus intimiste, un film de fiction mais à forte saveur autobiographique : Gaz Bar Blues de Louis Bélanger. J’avais adoré ce film dès sa sortie en 2003. Une histoire qui se déroule à la fin des années 1980 dans Limoilou, un quartier ouvrier de Québec. L’histoire raconte le déclin d’une petite entreprise tenue, à bout de bras et à fond de coeur, par un père aimant joué par Serge Thériault. (Pourquoi cet acteur n’a pas plus tourné dans des films?) La musique est un personnage en soi. Je n’écoute plus I’m all shook up de la même façon depuis le visionnement. Que dire du blues, bien présent, de la trame sonore composée par le frère du réalisateur, Guy Bélanger. Ici aussi, on est en famille.

Que dire de cette scène, au début du film, du père qui implore un de ses fils de se lever: Debout Guy. Savoureux. Ça me rappelle un souvenir d’enfance lorsque je devais réveiller ma soeur. Une torture.

Les liens sociaux dans ce film débordent de ceux, tissés serrés, du père, de sa fille et de ses trois fils. La station d’essence est le lieu de rencontre des hommes du voisinage. Chacun a ses travers, plus croches pour certains que pour d’autres, afin de tirer son épingle du jeu comme il le peut dans le contexte socio-économique défavorable. La tolérance dont les personnages font preuve est touchante, dont celle, par dessus tout, du «Boss», le paternel de tous et chacun d’une certaine façon.  Qu’en est-il de nos liens sociaux aujourd’hui? Quelle qualité ont-ils? Se retrouver pour partager les loisirs et les bons moments? Ou s’entraider pendant les épreuves difficiles et se pardonner ses imperfections?

Le deuxième film que j’ai visionné est un documentaire: À St-Heni, le 26 août de Shannon Walsh, avec la collaboration de 16 réalisateurs québécois. Déjà, on se trouve devant une oeuvre collective. Ce film présente une brochettes de personnages, sans contacts directs entre eux, sinon avec  le personnage principal, le quartier St-Henri à Montréal. Pourtant, on est témoin de liens sociaux authentiques et précieux: des parents et leurs enfants, voire des grands-parents, des voisins, des amis, enfants ou adultes, un jeune boxeur prometteur et son entraîneur, des marginaux, des commerçants du quartier et des clients. Parmi ceux-ci, M. Lee, plein d’humour, et un client âgé de 18 ans qu’il connaît depuis sa naissance. Les immigrants sont partout dans les petits commerces de ce quartier. M. Lee tient le dépanneur du coin où se croisent plusieurs personnages du film. Comment ne pas penser que ce lieu de rencontre est à l’image, d’une certaine façon, du Gaz Bar Blues? Encore ici, des personnages qui tirent leur épingle du jeu du mieux qu’ils le peuvent: un père qui annonce à ses fils qu’il devra travailler de nuit et que, par conséquent, il les verra moins; un autre qui égraine les heures au volant de son camion de livraison, ne dormant, certains jours, qu’une heure ou deux ; ce M. Lee qui pousse ses enfants à faire de bonnes études afin de trouver un meilleur métier que celui de propriétaire de dépanneur. Des femmes aussi. Une coiffeuse d’origine africaine qui doit expliquer à sa fille comment composer avec des propos racistes de ses camarades d’école; et cette femme qui fait le tour des bacs de recyclage, pour se tenir occupée et qui va au marché pour ramasser quelques fruits et légumes rejetés afin de les distribuer à ses amis. Et finalement, les doyens du film, Robert et Émée, qui se retrouvent au Café Greene et font leur trajet quotidien, jusqu’au marché. Ils ont vu ce quartier évolué et semble y être toujours aussi attachés.

Prendre le temps de se connaître, entrer dans l’univers de l’autre, échanger des points de vue, c’est ce que racontent ces films et c’est ce que j’ai eu la chance de faire avec vous, chères amies. Je vous dis au revoir et à bientôt. Je vous embrasse.

En complément de nostalgie:

MàJ 14 août 2011. À St-Henri, le 26 août sera projeté dans différentes maisons de la culture cet automne, donc à celle du Plateau Mont-Royal le dimanche 30 octobre 2011 à 14h en présence de la réalisatrice Caroline Martel.

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A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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3 commentaires pour Dire au revoir par la voix du cinéma

  1. vi dit :

    Ah bah bravo, tu as presque réussi à me faire pleurer!! Mais que tout cela est bien vrai, ma chère amie…
    On se retrouve bientôt, ici et ailleurs!

  2. Ping : Séduisant Complexe des genres | Curieuse d'idées

  3. Ping : Encore du bon cinéma à 30000 pieds… | Curieuse d'idées

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