Savourer la culture en plein air : BJM le plein de vitalité

Ça y est. Le rattrapage du retour est à peu près derrière moi. Je reprends graduellement les activités culturelles. Avec ce beau temps qui nous honore de sa présence, quoi de mieux que de profiter des activités offertes en plein air? Montréal offre l’embarras du choix l’été. Bref, la reprise se fait tout en douceur, loin des grandes foules et des grandes chaleurs. Quoique…

Le parterre était à peu près plein (capacité 2500 personnes, quand même!). Les Ballets Jazz de Montréal se sont produits mercredi soir dernier au Théâtre de Verdure (qui offre une programmation gratuite pour tous les goûts tous les étés). Quel beau lieu! Pas vraiment beau dans le sens architectural du terme (vous vous rappelez, je reviens d’Amsterdam); à cet égard, il est plutôt quelconque. Mais le site en tant que tel est assez enchanteur, au coeur de la ville, en plein milieu du Parc Lafontaine, au creux d’une douce dénivellation, entouré d’arbres, adjacent à l’étang et à sa fontaine. C’est assez buccolique… pour un théâtre de ville, bien sûr. Mercredi soir, on annonçait de l’orage (assez espéré pour mon propre confort et surtout pour la survie de mes pauvres semis). Rien, la chaleur et l’humidité sont restées au beau fixe.

J’ai eu l’occasion de voir les BJM pour la première fois ce printemps dans le cadre de la saison Danse Danse. J’avais bien aimé. Je me rappelle l’esprit baroque, burlesque et inventif de Rossini cards. On y avait aussi présenté Zip Zap Zoom. Une chorégraphie à caractère  urbain exploitant savamment une infographie électronique, qui vole parfois l’attention du spectateur… ceci dit sans rien enlever à l’énergie patente des danseurs.

Encore une fois, mercredi soir, l’énergie était au rendez-vous. Programme triple: Locked up Laura et Zip Zap Zoom (de la choréphaphe Annabelle Lopez Ochoa d’Amsterdam) et Les Chambres des Jacques (d’Azsure Barton de New York). Je dois l’avouer, je suis  malheureusement arrivée en retard pour la première chorégraphie qui durait moins de 10 minutes. Un duo conçu pour les danseurs des BJM, Céline Cassone et James Gregg. J’ai revu avec plaisir Zip Zap Zoom, tout aussi séduisante que la première fois. J’ai  eu l’impression qu’on y avait ajouté un tableau, très ingénieux, qui nous transporte en apesanteur. Une danseuse, Cassonne je crois, est portée par deux danseurs d’une façon telle qu’on nous donne l’impression qu’elle flotte dans l’espace. Très gracieux et bien exécuté. Ce n’est pas sans me rappeler la scène finale de La face cachée de la lune. Bon d’accord, Robert Lepage n’a pas la grâce d’une danseuse professionnelle, mais il s’en tire très bien. Louez le DVD et regardez l’extra concernant cette scène. J’aurais voulu la voir au théâtre pour apprécier tout le génie de Lepage. Il a d’ailleurs poursuivi l’exploration de cette thématique, l’apesanteur (la loi de la gravité, métaphore  de la condition humaine?) dans le cadre du spectacle , produit avec le Cirque du Soleil. Pour un aperçu, allez jeter un coup d’oeil au documentaire sur la création du spectacle dans tou.tv. Préparez vos superlatifs.

Pour en revenir à Zip Zap Zoom, l’univers virtuel dans toutes ses dimensions est richement exploité par la chorégraphe et exécuté avec un plaisir apparent par les danseurs. Une bonne dose d’énergie, d’humour, d’amour (virtuel) et de violence aussi. Un tableau me revient particulièrement en mémoire, soit celui où la «machine» nomme des verbes (qui s’écrivent à l’écran) et deux danseurs (parfois plus, parfois moins) les exécutent, les enchaînant à une vitesse de plus en plus folle. Si le geste n’est pas «juste», la «machine» lance «Wrong!». Il y a aussi cet autre tableau, ponctué de graffitis, porté par une musique clamant que «La jeunesse s’emmerde» (chanson de Thomas Hellman, spécialement remixée pour les BJM; cette version est offerte en téléchargement gratuit ici. Décidément, la compagnie se veut branchée et sait s’entourer de collaborateurs inventifs).

La troisième chorégraphie, Les Chambres de Jacques, m’a laissée tiède. J’ai été déroutée par le caractère éclaté de la ligne directrice, de l’ensemble des mouvements, de la bande sonore et de la trame narrative, s’il en a une. Mais que veut dire ce titre énigmatique? Les Chambres des Jacques. Avec un titre aussi narratif, je m’attendais à une réponse dans la chorégrahie… Folie? Intimité? Masculinité? Dans le programme on parle d’«animalité». Ah bon! Côté trame sonore (très bonne par ailleurs), on passe de Gilles Vigneault à Vivaldi, Les Yeux noirs, The Cracow Klezmer Band et Alberto Iglesias. N’ayant pas eu le temps de lire le programme avant que le spectacle commence, je crus qu’il s’agissait de la première chorégraphie d’une jeune chorégraphe à qui les BJM offrait un tremplin. «Wrong!» Il s’agit d’une chorégraphie de Aszure Barton (née et grandie au Canada, travaillant à New York) spécialement créée pour les BJM (on peut facilement le croire avec du Gilles Vigneault introduit dans la trame sonore!). La première mondiale a eu lieu en 2006 aux États-Unis. Je lis dans le site de la compagnie qu’elle souhaite mettre en valeur les personnalités variées des danseurs. Je croise l’info du programme au sujet de la chorégraphie disant que «Barton tisse la toile à partir des petits tics personnels relevés pêle-mêle entre les mouvements des danseurs, ou encore, des multiples détails qui composent leur personnalité». D’accord, il fallait mordre dans cet éclatement! Outre quelques longueurs, je retiens de cette chorégraphie de belles lignes  où les danseurs traversent la scène en pas chassés réinventés (par exemple de 3:15 à 3:45 dans cette vidéo). Ça me rappelle un peu Grupo Corpo (Parabelo, je crois).

Un mot en terminant sur les salutations. Après la façon classique de saluer, quelques secondes, puis la musique part à nouveau dans l’piton. Les danseurs reviennent saluer en dansant, en s’éclatant de façon très libre et énergique avec, en avant-scène, un Louis Robitaille  (directeur de la compagnie depuis 14 ans) apparemment encore heureux de danser et plein de vitalité. Ça se réflète sur la compagnie qui célèbre ses 40 ans cette année. Ce dernier clin d’oeil véhicule parfaitement le message de la compagnie ayant «l’accessibilité comme valeur clé», donnant le goût aux spectateurs de revoir des spectacles de danse contemporaine, mais surtout de danser soi-même pour s’exprimer et se sentir libre, voire se libérer. Allez, faites comme la cigale l’été, dansez!

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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5 commentaires pour Savourer la culture en plein air : BJM le plein de vitalité

  1. Ivanie dit :

    Toi et ta cigale qui danse! ahaha
    LA JEUNESSE S’EMMEEERDE, mais pas à te lire!

  2. Cecilia dit :

    Allo Curieuse d’idées,
    Merci pour cette bonne chronique sur le BJM! Très instructive et attirante! J’ai profité pour surfer sur ton blogue et me suis arrêtée sur quelques recettes!!! J’essaye aujourd’hui celle de pois-chiches qui mijote sur ma cuisinière actuellement! Très, très bonne, je viens de la goûter et j’ai envie de la manger immédiatement…

    • Tant mieux si tu as aimé et que tu as été inspirée par l’une des recettes… C’est un juste retour d’ascenseur puisque la salade de chou rouge et orange m’a été inspirée par ta salade de fenouil, mangue, orange et oignon!!
      Donnez (une recette) au suivant!

  3. Ping : L’énigme Laferrière: chronicle impressionniste | Curieuse d'idées

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