Prière de ne pas déranger je dors avec un écrivain

Il s’appelle Harlan. En fait, c’est Isabella qui me l’a présenté et depuis, on se le partage.  C’est une relation très ouverte, sans jalousie. D’ailleurs ces jours-ci, simultanément mais pas dans le même lit, on (s’en)dort les deux avec lui. Parfois même, pendant quelques heures du weekend, en plein après-midi. Oui, je parle de l’auteur des livres que je lis comme d’un amant. Fidèle et constant. Dans ma vie, depuis que je lis. Ça fait un bail. Bon, ce n’est pas toujours le même, mais il y en a toujours eu un pour me conduire dans les bras de Morphée (et parfois m’en tenir éloignée).  Il y a même eu des femmes, dont Agatha Christie. Ma mère croyait qu’elle allait faire de moi une meurtrière, tant j’aimais les aventures avec elle. C’est vrai que j’ai tué beaucoup… de temps en sa compagnie.

J’ai rencontré Harlan quelques jours avant de partir en voyage pour un mois. La rencontre fut si fulgurante qu’il m’était impossible d’imaginer m’en éloigner aussi longtemps. J’ai décidé de l’amener avec moi. Deux fois plutôt qu’une. Harlan c’est un grand gaillard du New Jersey. Un sens de l’humour savoureux, des personnages caricaturaux, des histoires qui se passent, très souvent, dans le monde du sport. C’est vous dire comme son charme opère, puisque le sport professionnel et moi, ça fait deux.

Avec Harlan, on a commencé discrètement. Ne le dis à personne. Il m’a abordée en me racontant une histoire d’amour véritable. Un homme encore éperdument amoureux de sa femme 8 ans après son assassinat par un tueur en série. Inconsolable. À peine avais-je lu 10 pages que j’étais littéralement pendue à ses lèvres. Nous sommes entrés rapidement dans le vif de l’action et j’ai gardé le souffle court jusqu’à la fin de l’histoire. Pas certaine que je veuille m’engager dans cette voie avec lui, mais on peut se la faire version cinéma.

Ensuite, on y est allé un peu de façon désordonnée. Harlan m’a résolument séduite avec son sens de l’humour et en me présentant sa gang de chums. Ah! Promets-moi, le plaisir assuré. Myron, Win, Esmeralda, Big Cindy sont dans les parages. Être témoin de l’amitié tout aussi inébranlable qu’improbable entre Myron et Win est un privilège. Myron est un ex-futur-basketballeur professionnel recyclé en agent sportif, ex-agent du FBI. Trentenaire qui habite toujours chez ses parents. Un adolescent romantique dont la première flamme, Jessica, brûle toujours dans son coeur. Win est le dur à cuire (au coeur tendre, mais il ne faut pas le dire). Trop beau gosse, trop riche, trop superficiel. Suivre les dialogues de ces deux-là, c’est comme suivre la balle d’un match de tennis entre Nadal et Federer. Dans cette histoire emberlificotée, Myron tient sa promesse et Win, en première ligne, joue son filet de sécurité.

Après quelques semaines de fréquentation, Harlan a éprouvé notre relation. Avec Du sang sur le green, il me traîne sur un terrain de golf et il me sert un peu de réchauffé. Toujours son même petit laïus sur la facilité avec laquelle on peut obtenir un numéro de téléphone sans, comme dans les films, devoir procéder à une identification du lieu d’où provient l’appel. Tu manques déjà d’imagination Harlan? Et puis, je les connais déjà tes amis, tu n’as pas besoin de me les présenter à chaque fois. Quand même, je te pardonne tes petits défauts. L’intrigue ressemble un peu à la précédente: la disparition d’un adolescent, des parents inconsolables, mais suspectables. Je dois avouer, par contre, que tu as attendri mon coeur en levant le voile sur la mystérieuse histoire familiale de Win.

Après, Faux rebond. Tu te sers de l’histoire de Myron pour évoquer la thématique de la seconde chance. Je comprends l’allusion. Tu me proposes encore une histoire de disparition, mais du rival sportif d’antan de Myron. C’est plus croustillant. Tout en gardant l’intrigue bien serrée, tu ouvres  une brèche sur la blessure de Myron… et je te suis, Harlan, encore une fois dans une aventure, pleine de rebondissements et de revirements, comme un match de basketball.

Notre histoire se poursuit encore, comme ça, dans le désordre. Mauvaise base, c’est là où nous en sommes rendus. Je ne peux vous en dire plus, je viens d’entreprendre cette nouvelle épopée. Je ne sais pas (encore) ce qu’il s’est passé, mais le pauvre Myron est vraiment déprimé. Harlan commence ainsi son récit avec son humour (masculin) bien particulier.

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Une boisson tropicale à portée de doigts, étalé à côté d’une bombe en bikini, l’eau turquoise des Caraïbes lui léchant les orteils, le sable blanc lui léchant le dos, le bleu du ciel lui léchant les yeux, le soleil plus suave qu’une masseuse suédoise sous haschich lui léchant la peau, Myron était profondément malheureux.

Vous comprenez pourquoi Harlan m’a séduite? Et ce, c’est avant la scène où Win, tel un prince charmant chevauchant son yacht, vient chercher Myron  et le ramène à bon port dans son jet privé. Pour le consoler, il a prévu la projection Guerre et amour de Woody Allen, après avoir échangé tout au plus trois phrases d’usage et consommé la «vraie nourriture de l’âme»: des épisodes de Batman, Drôle de couple, La quatrième dimension et Seinfield. Me voilà décidément engagée, pour le meilleur et pour le pire. Je te suivrai dans toutes tes aventures, Harlan!

P.S. Merci aux Correspondance Eastman dont un des produits promotionnels est une affichette de porte (de chambre – d’hôtel) clamant: «Prière de ne pas déranger je dors avec un écrivain». C’est donc ainsi que j’ai trouvé le titre idéal pour cette chronique, grâce à Pascale Montpetit, entendue jeudi matin à Radio-Canada, porte-parole de l’événement. 4 au 7 août 2011.

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