Un tour du monde en photos

Changement de lumière, ces dernières semaines. Les chaudes et humides journées de l’été sont maintenant derrière nous, les longues soirées extérieures aussi, les dernières lueurs du soir s’épuisant de plus en plus tôt. Cela impose un changement de tempo naturel qui correspond également à un changement de tempo professionnel. Bref, afin de maintenir le rythme, je vais (essayer de) me faire plus brève dans mes chroniques. Le mot-clé étant essayer, puisque lorsque je m’y mets… le temps disparaît.

C’est une chronique à la radio qui m’a fait connaître cet ouvrage Where children sleep, projet de James Mollison. Il a photographié différents enfants du monde; sur deux pages, à gauche le portrait, à droite la chambre. Il faut lire l’intention artistique du photographe dans son site, plein d’humanité.

When Fabrica asked me to come up with an idea for engaging with children’s rights, I found myself thinking about my bedroom: how significant it was during my childhood, and how it reflected what I had and who I was. It occurred to me that a way to address some of the complex situations and social issues affecting children would be to look at the bedrooms of children in all kinds of different circumstances.

On pourrait se poser plein de questions: comment les enfants ont été choisis, quelle a été la mise en situation pour les photographier, dans quelle mesure sont-ils représentatifs du statut de leur communauté? Par contre, une chose frappe, la disparité des biens et des espaces.

Vous avez porté des jugements? Tirés des conclusions hâtives? Vous vous posez des questions? Voici une piste de réflexion offerte par le photographe.

My thinking was that the bedroom pictures would be inscribed with the children’s material and cultural circumstances ‘ the details that inevitably mark people apart from each other ‘ while the children themselves would appear in the set of portraits as individuals, as equals ‘ just as children.

Ce projet m’en a rappelé deux autres parus dans deux magazines différents. Le premier, De toit à moi, paru en numéro Hors-série du Courrier international en 2004. Les maisons de 8 familles à travers le monde photographiées inside out. C’est-à-dire qu’on a demandé aux familles d’exposer tous leurs biens hors de la maison. Ils sont donc photographiés à l’extérieur, leurs biens étalés autour d’eux. Mongolie, Argentine, Inde, Japon, Haïti, Islande, Israël, Chine. Au-delà des jugements de valeurs et des comparaisons, c’est la diversité des façons de vivre qui m’intéresse. Pour certains, les grands-parents habitent à la maison, pour d’autres, les animaux font partie prenante de la famille; pour certains les instruments de musique trônent au centre, pour d’autres ce sont les images religieuses; pour certains, c’est l’abondance, pour d’autres, la sobriété.

De la maison à l’alimentation, il n’y a qu’un pas, et c’est l’objet d’un autre projet documentaire photographique, paru cette fois dans le magazine Géo, No 312, novembre 2005. Le «document exceptionnel» qu’on nous propose ce mois-là s’intitule: «Le tour du monde de l’alimentation humaine». Au passage, je note que Peter Menzel (photo de la famille en Islande) est l’unique photographe de ce second projet.  Ici, on a photographié une famille et devant ce qu’elle consomme pendant une semaine. Un petit texte accompagne la photo, présentant la famille, sa situation géographique et ce qui compose essentiellement son alimentation. Un encart comparatif présente le coût total pour la semaine et le poids de différents groupes d’aliments: céréales et féculents; produits laitiers; viandes, poissons, oeufs; fruits et légumes; condiments; boissons; divers. La variété des situations documentées par les photos est tout aussi surprenante que dans le projet sur l’habitation. On observe une pluralité de réalités: d’une famille nombreuse de 13 personnes au Bhoutan qui se nourrit pour 4 euros en cultivant soi-même les produits de base à une famille de 5 personnes au Groenland dont le père doit faire deux heures en traîneau pour faire les achats dont le total s’élève à 226 euros pour la semaine. Au passage, on remarque la prédominance des produits bruts ou des produits emballés, la présence de jarres d’eau ou d’eau embouteillée. Dans la rubrique divers, on y note l’achat de comprimés vitaminés, de nourriture pour le chat ou le chien, ou encore de feuilles de bétel au Bhoutan (on n’indique pas les cigarettes dans les autres pays, bien sûr on ne les «consomme» pas).

N’est-ce pas là un tour du monde des plus inspirants où les différentes façons de vivre  sont mises à l’honneur? Ce sont ces différences qui sont fascinantes et qu’il faut préserver, et non chercher à standardiser et mondialiser. Qu’il serait triste le monde s’il n’y avait que des chaînes d’alimentation identiques et des habitations en série.

Bon allez, je vous laisse. En cette journée de pluie et de vents provoqués par Irène, je vais  commencer Histoire de ma vie de Casanova, ce grand diplomate vénitien qui a cultivé les plaisir de la vie, en rêvant de déguster un frappé (café glacé grec) dans mon hamac mexicain. En 4e de couverture, Casanova nous invite à savourer la diversité de la vie :

«J’ai aimé les mets au haut goût: le pâté de macaroni fait par un bon cuisinier napolitain, l’Ogliapotrida, la morue de Terre-Neuve bien gluante, le gibier au fumet qui confine, et les fromages dont la perfection se manifeste quand les petits êtres qui les habitent commencent à se rendre visibles.»

P.S. En terminant cette chronique, j’ai entendu un reportage radio sur le projet de Wajdi Moawad Avoir 20 ans en 2015. Quel magnifique projet pour ces jeunes de 5 villes du monde. Les 10 participants montréalais. Le site du projet. Malheureusement, je ne fais pas partie de ce groupe… Mais c’est inspirant, non?

MàJ. 8 octobre 2011. Le projet interactif Habiter, au delà de ma chambre, de l’ONF. Quatre adolescents de Montréal nous parlent de la famille, de leur loisir, de leur imaginaire. Isabelle Hayeur, la photographe du projet, leur a remis une caméra jetable. Le site propose aussi d’autres films de l’ONF qui touche à la thématique de l’adolescence ou à d’autres ressources.

MàJ. 8 juillet 2012. D’autres infos sur les photos de Menzel. Sur le site de Time. Son site personnel. Un livre Hungry planet: what the world eats.

MàJ. 2 janvier 2013. Ce n’était qu’une question de temps. Un reportage photos de poubelles autour du monde, de quelques couches socioéconomiques. Le livre Autopsie de Jean-Paul Demoule, Bruno Mouron et Pascal Rostain. Des photos ici. Une entrevue avec l’un des auteurs Pascal Rostain ici.

Autopsie

MàJ. 9 octobre 2014. Aujourd’hui, c’est le déjeuner (petit déjeuner) des enfants qui fait l’objet de comparaison culturelle dans le site du New York Times.

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Un commentaire pour Un tour du monde en photos

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