Le plaisir des détails

Il faut vraiment que je me force pour ne pas utiliser le verbe adorer à chaque fois que je commence cette chronique! Décidément, j’adore beaucoup de choses, surtout les petits détails banals du quotidien. J’en fais de plus de plus en plus une obsession photographique lors de mes séjours à l’étranger. Ça a peut-être commencé par les portes au Maroc, puis les coquillages sur une île perdue au Bélize.

L’obsession s’est amplifiée avec les anciennes plaques de rue à Mérida au Mexique. Plus récemment, ce fut littéralement l’orgie à Amsterdam. D’abord ces fameux trois x qu’on retrouve partout dans la ville, sans rapport à son réputé quartier du Red Light. Ensuite, les corniches des maisons des canaux. Et pendant les deux derniers jours de mon séjour, quelle patience déployée par l’ami qui m’accompagnait lors de ce voyage, un seul et unique sujet: les vélos sous toutes leurs coutures.

Pourquoi cette fascination pour les détails? J’ai l’impression que ça me rapproche justement du quotidien des habitants du lieu, parce que mon regard délaisse enfin le global pour pénétrer le local, semble avoir absorbé l’historique pour se concentrer sur  l’actuel. La recherche, ou plutôt la découverte, de ces détails inattendus dans une contrée lointaine me rapproche peut-être des gens parce que, dans ma vie, de petits détails font mon bonheur quotidien. Me faire un bouquet de fleurs du jardin (le dernier: des fleurs de cosmos et des feuilles de carottes), cueillir des fines herbes dans la jardinière de mon balcon pour relever un filet de poisson poché, soigner la présentation d’un plat tout simple parce que l’appétit commence par les yeux, regarder le chat du voisin qui marche sur les piquets de la clôture de façon si désinvolte, surveiller une fleur s’ouvrir, goûter le soleil à travers les feuilles des arbres des rues que j’emprunte le matin en allant au travail à vélo et même éviter tous les nids de poule, et ce, même le long d’une piste cyclable (sans parler des portières de voiture)… Tous ces petits détails font la texture de mon quotidien.

En fouillant un peu l’agenda culturel de Bruxelles en vue d’un prochain congrès, j’ai trouvé une super expo… que je vais manquer car elle termine demain. Ce n’est pas grave, elle a déjà eu une influence sur moi. Elle m’invite à aiguiser mon regard, quand je prendrai quelques heures pour arpenter les rues de Bruxelles. Une expo sur… les décrottoirs. N’est-ce pas magnifique? Qui aurait pensé à un tel sujet d’exposition? Et pourtant… devinez quoi? J’ADORE! Il y a toute une histoire, une culture, une époque qui peut être racontée à travers cet objet probablement considéré maintenant vulgaire.

Jusqu’au siècle dernier, le décrottoir faisait partie des civilités et du rituel de l’entrée des édifices publics comme de l’entrée dans l’habitat individuel. On s’y essuyait la semelle au retour des flâneries dans la capitale boueuse ou dans les campagnes et les bois environnants. Par le biais de ce petit accessoire dont il ne reste souvent qu’un trou au pied de la porte d’entrée, c’est raconter l’histoire de nos trottoirs, l’histoire des promenades urbaines, l’histoire des petits métiers comme celui du décrotteur, l’histoire d’un morceau d’architecture aujourd’hui considéré comme petit patrimoine à sauvegarder.

Je me prépare déjà à exercer mon acuité et à dégainer mon appareil photo. Je sens que je vais marcher dans les pas de ce témoin du détail  qu’est Christophe H., photographe, dont le travail fait l’objet de l’exposition aux Halles Saint-Géry | Sint-Gorikshallen et qui rend hommage à ces objets particuliers qui semblent caractériser de façon unique la ville de Bruxelles.

L’abondance de la moisson photographique présentée lors de cette exposition montre que Bruxelles est l’une des seules capitales européennes à offrir un si large éventail et une si grande diversité de ces ustensiles du temps jadis.

Je suis excitée à l’idée de faire une chasse aux trésors de… 1000 décrottoirs dans les rues de Bruxelles. Dans le site, on y indique même les lieux où ont été prises les photos. Le  magazine Le Point offre une couverture de l’exposition ici. Ainsi, cette description de l’exposition m’invite à prendre conscience de ce que témoignent tous ces détails rigolos,  mais essentiellement pratiques, observés sur les vélos d’Amsterdam. Que nous disent-ils non seulement du quotidien des Amstellodamois, mais de leur culture propre? Parfois, il pleut (d’où ce que j’appelle le bonnet de douche pour siège de vélo). Ils ont des enfants et utilisent le vélo pour se transporter en famille (d’où tous les accessoires enfantins).  Outre les bambins, ils transportent toutes sortes de choses à vélo (d’où les tendeurs, mais aussi souvent des boîtes, des paniers, des sacoches). Ils aiment le café (la sonnette en tasse de café) et ils ont besoin parfois de signifier leur présence (le klaxon coloré, le canard) parce qu’ils partagent les voies de circulation avec les piétons, les autos, les tramways, les autobus. Ils aiment les couleurs et sont sûrement fiers de leur vélo qu’ils parent de coquetteries originales. Ils ont surtout besoin de personnaliser leur vélo, car dans un stationnement de miliers de vélos, il faut pouvoir retrouver le sien.

Le vélo fait vraiment partie du quotidien dans le Amsterdam d’aujourd’hui. S’intéresser à ces petits détails, peut-être insignifiants, plaisants ou irritants, permet, je crois, de comprendre la culture d’une communauté… si l’on prend le temps de s’y arrêter.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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3 commentaires pour Le plaisir des détails

  1. ami en questiom dit :

    C’est vrai qu’il est patient…..
    De l’ami en question

  2. Ping : L’amour des détails: la joie des BD (et vice versa) | Curieuse d'idées

  3. Ping : Graffiti et art muraliste chiliens: un feu d’artifice! | Curieuse d'idées

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