La poésie dans tous ses états

Hier après-midi, grand happening littéraire: Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent. Célébration des mots dans son sens le plus pur. J’avais, pour la 3e fois, rendez-vous avec Loui Mauffette et sa gang. Sa belle gang de délurés, de craqués, de passionnés des mots. Je ne lis pas de poésie, mais je la savoure goulument quand Loui Mauffette me la sert sur un plateau d’argent, avec des sandwichs et du punch. Cette fois, mon bonheur était doublé, puisqu’une amie m’y accompagnait et que j’y ai croisé une connaissance de Québec. Quelle belle coïncidence! En plus de nous, plusieurs artistes et personnages politiques étaient présents. Tout ce monde beau monde sur son 36 devait faire la file pour entrer, mais à l’intérieur, certains privilégiés avaient leur siège réservé, alors que d’autres (comme nous) devaient s’en trouver un, puisqu’à la 5e salle, c’est  habituellement «Admission générale» (comprendre: un billet sans siège assigné).

À l’entrée, la grande table de cuisine qui sert de décor est encore là, mais nouveauté cette année (et quelle belle idée!), il y a une douzaine d’enfants. Dessus, dessous, partout. Des enfants qui parlent, qui rient, qui crient. La table est bel et bien mise dans cette cuisine pleine de vie. Dans ce brouhaha festif, je détaille attentivement le programme qu’on m’a remis. Même photo de couverture, mais, déception, pas de détails à l’intérieur des poèmes lus cette fois-ci. Pourtant, en zyeutant à côté, mes voisins ont une page centrale supplémentaire avec les informations relatives aux auteurs, aux oeuvres, aux interprètes. Je cours à la recherche de ce programme. Je peux alors constater que la structure du spectacle est semblable au précédent. Je me rappelle certains poèmes, dont mon favori (une copie trône sur ma bibliothèque) : Je danse de Jean-Paul Daoust merveilleusement, délicieusement interprété l’an passé par Yann Perreau, performance inégalée, même par un Marc Béland, danseur de formation.

Certains artistes (comédiens, musiciens, danseurs) semblent faire partie de la famille artistique de Loui Mauffette: Roger La Rue, Francis Ducharme, Nathalie Breuer, Maxime Dénommée, Maxime Gaudette, Éric Robidoux… Ils font grand hommage aux mots des poètes d’ici et d’ailleurs:

  • Patrick Brisebois, La beauté est dans la perversion, récité par Nathalie Breuer sur un fond de tableau vivant de Bosch
  • Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre, merveilleusement déclamé par Maxime Gaudette
  • Boris Vian, Je voudrais pas crever, sensiblement rendu par Pascale Montpetit
  • Marguerite Duras, La soupe aux poireaux, vivement racontée par Patricia Nolin
  • Claude Gauvreau, Ode à l’ennemie, fougueusement célébré par Roger La Rue

Plusieurs poèmes tirés de chansons, parfois déclamés (ceux de Jim Morrison) ou chantés, tous plus touchants les uns que les autres: La romance du vin tiré de l’Opéra Nelligan par Sébastien Ricard, Avant la haine d’Alex Beaupin, par Renaud Lacelle-Bourdon et Catherine Vidal, Oublie tout (musique de Daran, paroles de Alana Fillippi) par Benoît McGinnis à la voix et Maxime Dénommée à la guitare, Que tu m’enterres de Michel Jonasz interprété par Diane Dufresne. Un touchant poème dansé, tableau tiré de La pornographie des âmes de Dave St-Pierre, interprété par Francis Ducharme et Miriah Brennan (oh, que je regrette la fougue, la vérité, l’intensité de Clara Furrey) sur la touchante musique de Coldplay (The scientist).

S’il est question de vie, de mort, d’amour, de perte, on rit vraiment beaucoup dans ce spectacle si, si, si touchant. Chaque poème est une émotion à l’état pur. On passe par tous les états, mais globalement ravi.

Je pourrais vous reproduire ici, tous les textes tant il y a à méditer dans chacun, mais comme on le rappelle dès le début du spectacle, sans la lecture à voix haute et sans  un interlocuteur pour le recevoir, le poème est nu. Quand même, je réécris ici pour moi L’Ode à l’ennemie de Gauvreau; pour me rappeler la mélodie des mots, le rythme de syllabes, le choc des sens. Il faut croquer dans les mots de Gauvreau, comme nous l’a montré La Rue, pour en savourer toute la truculence.

Pas de pitié

Les pauvres ouistitis pourriront dans leur jus
Pas de pitié, le dos de la morue ne sera pas ménagé
Cycle, un tricycle à ongles de pasteur va jeter sa gourne
sur les autels de nos présidences
Pas de pitié! / Mourrez vils carnivores
Mourez / Cochons de crosseurs de fréchets de cochons d’huile de cochons /de caïmans de ronfleurs de calices de cochons de rhubarbes /de ciboires de bordels de putains de saintsacrements /d’hosties de bordels de putains de folles herbes de tabernacles /de calices de putains de cochons
Le petit doigt fera merveille dans le fessier de l’abbesse
Baisse tes culottes/Nous ne sommes plus des garçons prévenants/ Pas de pitié!/ Les aubes ridubolantes crèvent et crèvent l’odeur pâle des maisons en chaleur
La dame au doigt de porcelaine se masturbe sur les aines de ma cravate blasphémeuse
L’ouie/ Le rot des cochons
La diame-dame luit sur les parchemins de stupre
Les dos cadencés protègent les prunes puinées
Les prés/Les possédants/ Les puces de la mère supérieure
Les clos des gens ardents
La vedette râpe son sperme de femme
Oullllll- Hahiya-diap-loup
La loupe freinée provoque la diarrhée des sédentaires
Pas de pitié!/ Mourez baveurs de lanternes
Crossez fumiers de bourgeois
La lèpre oscille dans vos cheveux pourris
Crossez vos banalités/ Sucez vos filles/ Pas de pitié !
Mourez dans votre gueuse d’insignifiance
Pétez/ Roulez/ Crossez/ Chiez/ Bandez/ Mourez/ Puez
Vous êtes des incolores
Pas de pitié !

On pourrait se demander pourquoi? Pourquoi pas. Je me rappelle les paroles de  François Mathieu à propos des Machines inutiles: pour la poésie. Pour la liberté.

En terminant, je me pose cette question existentielle, Loui: Pourquoi qu’une fois l’an?

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