L’éveil des sens: suite à la SAT

Je vous ai fait part de ma plus récente exploration d’art sonore. Voilà qu’hier, je suis allée à la SAT, boulevard Saint-Laurent, dont le dernier étage s’appelle le Sensorium et dont la fonction est d’amener  le visiteur à «évoluer dans un complexe entièrement voué à l’exploration et l’expérience multisenso-rielle». On y crée et promeut  les arts technologiques, visuels et culinaires.

Hier soir, c’était d’abord pour éveiller mon ouïe et ma vue que je m’y suis rendue. On présentait à la Satosphère, un film qualifié d’«immersif 360°», Six mil Antennas de Johnny Ranger. La description du «film libre sur les mutations des processus communicationnels de société» m’a fait penser au spectacle de Ryoji Ikeda, Datamatics [2.0], que j’avais vu en 2009 dans le cadre du GREC Festival Barcelona, proposant musique électronique et images binaires. Cependant, plutôt que de visionner le spectacle dans un théâtre grec extérieur, on se retrouve couché sur de grands coussins en rondins dans une demi-sphère intérieure. Ainsi disposé, un autre sens est en quelque sorte interpelé, le toucher. On peut aussi prendre un verre de bière, de vin ou de fort, au choix, et l’apporter dans l’espace de projection. En arrivant un peu d’avance, on peut éveiller nos papilles gustatives en commandant des bouchées en tous genres à 6$ proposées par le FoodLab. Ajoutons donc aux sens initialement visés, celui du goût et de l’odorat. On peut  constater que cet étage de la SAT porte vraiment bien son nom, ainsi dédié à l’éveil de tous les sens.

Que dire de Six mil Antennas? Une oeuvre hybride, entre le figuratif et l’abstrait. Un film sans narration linéaire, mais  y allant plutôt d’impressions, de suggestions. Le film commence avec une citation d’un certain W. Gibson, si ma mémoire est bonne:

«The future is already here. It just isn’t evenly distributed

Les premières images suggèrent l’univers, la cellule, les réacteurs nucléaires, des ingénieurs planifiant des projets compliqués. L’environnement sonore de Manuel Chantre est surtout teinté de basses saturées, des sons intersidéraux. Intercallées, des images de courts films narratifs, d’hommes et de femmes, dans la nature, dans une chambre sans mur et sans lit, dans un laboratoire portant un casque de senseurs, éprouvant des sensations réelles ou imaginaires. Des images d’apocalypse, de mondes industriel et militaire, d’armes de destruction.

L’expérience de la Satosphère fut intéressante, mais pas aussi enveloppante que je l’aurais pensé, que je l’avais espéré. Les images les plus saisissantes de Six mil Antennas sont celles créées à l’ordinateur, kaléidoscopiques, concentriques, qui descendent vers nous et qui, de cette façon, nous immergent réellement dans l’univers constitué. Ce sont ces mêmes images qui semblent le plus tirer profit de l’écran sphérique. L’ambiance sonore n’est pas, à mon avis, très envoûtante, si ce n’est que par son intensité.

Comme dans de nombreuses propositions artistiques, en discuter par la suite avec les copains ou les artistes, rend l’expérience plus intéressante. Bien que n’ayant pas été totalement charmé par le film, on avait beaucoup à discuter, ce qui est, pour moi, la marque d’un bon projet artistique, qui laisse place à l’interprétation, qui oblige, en quelque sorte, à la discussion. Cette fois, en parlant avec les copains, puisque aucun échange avec les artistes n’était prévu, on a reconstitué les morceaux du film ensemble, en évoquant, pour nous, les images fortes, les armes, les larmes, le chaman, le casque tentaculaire. Et c’est là que je me suis rappelé le film Until the end of the world de Win Wenders (et son excellente trame sonore). En relisant le synopsis de l’oeuvre, je me rends compte des parentés avec Six mil Antennas, à plus de 20 ans d’intervalle. Il est question de destruction du monde, de rêves, de technologie, de science. De réel et d’irréel, et de la fine frontière entre les deux. Par contre, ces deux oeuvres semblent s’opposer sur la place qu’occupent les mots dans leur univers et dans la destinée de leurs protagonistes. Ceux de Six mil antennas en sont pratiquement dépourvus. Remarque intéressante, puisque par la suite, les mots nous ont mieux permis,  à nous, d’apprécier l’expérience qu’il nous a fait vivre.

Une autre façon de poursuivre la discussion, d’une autre façon, est de fouiller un peu dans Internet au sujet de l’oeuvre et de son auteur. Première station, le site de la SAT pour y relire la description du film. Ce qui m’intrigue, outre le sens du titre, est la remarque selon laquelle «le scénario de Six mil Antennas est inspiré [… ]  [du] travail de plusieurs précurseurs des sciences liées à la conscience tel que John C. Lilly, Robert Monroe et Terrence McKenna.» Un arrêt à une autre station, Wikipédia, me permet d’apprendre, à propos du premier précurseur cité, qu’il est «un pionnier dans l’étude de la conscience, avec ses outils propres : le caisson d’isolation sensorielle [… ] et les expériences avec les drogues psychédéliques». À propos du second, aussi intéressé par la conscience humaine, il est à «l’origine d’une méthode [… ] qui faciliterait l’entrée dans des états modifiés de conscience favorables à la projection astrale [par l’usage de] fréquences sonores précises [et] permettrait de stimuler les deux hémisphères du cerveau afin qu’ils fonctionnent de manière synchrone». Remarque intéressante ici au sujet du rôle de la musique ou plutôt des fréquences sonores, notamment si basses dans le film, sur l’état de conscience. Pourtant, je n’ai pas ressenti de projection astrale, ni même de minime modification de mon état de conscience. Peut-être que mes antennes ne sont pas assez réceptives à ces vibrations… ou n’étais-je pas suffisamment sous l’effet de substances?! Au sujet du troisième, on mentionne son «intérêt particulier pour les substances psychédéliques et leur rôle dans la société ainsi que l’existence au-delà du corps physique». Après ces quelques informations, je suis dépassée par tant de choses inconnues et d’univers inexplorés. Si j’ai plein d’intérêts dans la vie, que dire de ceux de McKenna: psychédéliques, métaphysique, enthéogènes à base de plantes, chamanisme,  mysticisme, hermétisme, néoplatonisme, etc.  Mon univers, tout à coup, se réduit à quelques dimensions bien ordinaires! Bref, Six mil antennas a titillé mes sens le temps de la projection, mais surtout, il a ensuite allumé mes lanternes à propos de sujets insoupçonnés. Il a, pour ainsi dire, aiguisé ma conscience.

Pour explorer davantage les projets du réalisateur, voir ses autres vidéos Seis mil antenas. Pour ma part, je branche mes antennes sur les événements de la SAT, puisque j’ai souscris à leur liste d’envoi.

SAT (Société des arts technologiques)

1201, boulevard Saint-Laurent

Montréal

@ métro Saint-Laurent

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A propos Curieuse d'idées

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Un commentaire pour L’éveil des sens: suite à la SAT

  1. Nagual dit :

    un voyage « chamanique »…

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