Grand titre, cruelle désillusion : Les imperfectionnistes

Il y a différentes façons d’entrer dans un livre, de s’en nourrir. Le Questionnaire Laferrière en est une façon, réinterprétation du questionnaire de Proust, qui en avait inspiré bien d’autres avant. Chaque jeudi, à son émission radiophonique, Marie-France Arsenault propose «La liste de l’invité» : la première phrase de roman favorite, la réplique préférée au cinéma… mais pas une seule question sur un titre marquant. D’ailleurs ce même Laferrière n’est-il pas reconnu pour ses titres provoquants, celui de sa plus récente parution non le moindre: L’art presque perdu de ne rien faire.

En ce qui me concerne, un titre à lui seul peut créer tout un univers. J’imagine déjà les personnages, le lieu, le déroulement, le ton. Je fixe le moment du rendez-vous de cette rencontre pour laquelle j’entrevois déjà tant de satisfaction, sinon d’émotion. J’attends le jour parfait, le moment où je peux m’installer confortablement dans mon fauteuil favori, avec la tranquillité d’esprit, sans culpabilité à accorder quelques heures de lecture à ce livre si prometteur. Et puis…

Et puis la magie n’opère pas. Je tourne les pages et j’attends toujours les personnages si savoureux que j’avais déjà espéré croiser, les répliques caustiques qui allaient me dérider ou me faire lever les yeux du livre pour une petite pause réflexive. Je persévère, je  me dis: «ça va venir, le roman va prendre son envol, l’auteur installe d’abord l’ensemble de sa ménagerie, il développera plus tard les liens entre les personnages, l’intrigue»…

Et je tourne les pages. Je me surprends à penser continuellement à autre chose, à la vaisselle à faire, au souper de ce soir, au soleil dehors, tandis que mes yeux glissent sur les caractères d’imprimerie sans rien en extirper du sens, de la substance. Les lettres sont comme un paysage sur lequel se posent mes yeux tandis que je file à bord d’un train en pensant aux heures heureuses qui se sont écoulées en un autre temps, un autre espace. Mon esprit s’égare loin de l’histoire, non pas en des contrées encore plus imaginaires, sinon vers des réalités bien terre à terre…

Je ne peux m’expliquer pourquoi la magie n’opère pas quand ça m’arrive. C’est comme ça. Alors, se pose la question: je poursuis ou j’abandonne? Je relègue ce livre à la pile des  oeuvres en réflexion ou aux livres qui ne seront jamais terminés. Dans le cas de ma lecture du roman de Tom Rachman Les imperfectionnistes, j’ai persévéré. Pourquoi? Pourquoi poursuivre un livre qui m’ennuie et surtout pourquoi maintenant écrire une chronique qui risque ainsi d’ennuyer d’autres lecteurs?! Bonne question, n’est-ce pas?

Le roman m’apparaît plutôt comme un recueil de onze nouvelles d’une trentaine de pages chacune dont le «héros» est un employé d’un journal italien ou alors un individu dont l’existence y est rattachée: correspondant, pigiste, journalistes à la rubrique économique ou nécrologique, secrétaire de rédaction, correcteur, rédactrice en chef, rédacteur en chef adjoint, directrice des ressources humaines, directeur de la publication (et membre de la famille propriétaire) et lectrice. Chacun vit des déboires personnels qui font écho aux déboires du journal, à la lente désintégration de la presse écrite en ce 21e siècle.

Est-ce que les beaux jours de la presse écrite relèvent vraiment d’un autre siècle? On peut se le demander en ce temps de convergence. Chaque matin, j’observe cette guerre de part du marché au pas de la station de métro près de chez moi entre des «journaux» gratuits, carburant davantage à la vie des Stars d’Hollywood  (ou de Québecwood) qu’à la couverture  des actualités  politiques, sociales et économiques d’ici et d’ailleurs. Certains matins, même les journaux payants sont distribués gratuitement. Qu’en penser? L’ouvrage photographique de George Zimbel intitulé A book of readers rend un très bel hommage non seulement à la place des livres dans nos vies, mais aussi à celle des journaux dans notre quotidien. Rachman et Zimbel nous offrent une lecture nostalgique de la presse écrite. Espérons que son avenir ne soit pas si morose…

Pour en revenir au titre, je ne tiens pas de palmarès, mais celui qui me vient spontanément en tête est Une chambre à soi. Vous voyez le décor? Un personnage, une époque, une ambiance, des tentures de velours, une fenêtre, un petit bureau, une lumière du matin, des draps défaits, une bibliothèque, des livres… Et vous, quel titre de livre vous inspire?

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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