Oulipo show: bouche bée

Bouche bée.

Ça fait une semaine que je tourne autour du pot. Je ne sais pas quoi dire au sujet du spectacle Oulipo show. Seul un sentiment d’émerveillement m’habite. Je n’ai pas de mots pour le décrire. Une bibitte bizarre, mais fascinante. Un ovni dans le genre théâtral. Une heure eur eur eur, fest ive iv iv iv, de dél ire ir ir ir, de mots o o o , de syll abes ab ab ab, de sons on on on. Telle était l’atmosphère à l’ouverture du spectacle. Toutes sortes d’histoires ont été racontées à partir de rien, à partir de sons, de gestes. Parfois les gestes, l’intonation, l’accent racontaient une tout autre histoire, avec les mêmes mots. Une histoire d’autobus a été déclinée en tant de versions savoureuses sans jamais être vraiment  la même. En fait, dans ce spectacle, le sens littéral n’a presque pas de sens et le sens figuré est beaucoup plus sensé.

Oulipo show est porté par quatre comédiens, Pierre Chagnon, Danièle Panneton, Bernard Meney, Carl Béchard, et un metteur en scène, Denis Marleau. Quelques accessoires, une table et un banc comme seul décor, de superbes éclairages minimalistes, de la musique déconstruite.

Soixante minutes de pure jouissance procurée par la langue! Comme spectateur, voyeur et auditeur, il faut tendre l’oreille et maintenir son attention, mais le plaisir est décuplé. Il est difficile de se rappeler de tout, tant les mots se déversent rapidement. Quelle performance de la part des comédiens qui ont dû avoir besoin de massage des muscles maxillaires après chacune de leur représentation! Expérience physique non seulement pour les muscles faciaux, mais aussi pour tout le corps. Vêtus d’un costume mi-formel, mi-enfantin, ils nous partagent vraiment leur plaisir, comme des gamins. S’inventer des contraintes pour créer, tel est le leitmotiv des Oulipiens.

Un AUTEUR oulipien, c’est quoi ? C’est «un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir».

Allez jeter un coup d’oeil au site du spectacle qui inclut toutes sortes d’informations au sujet des Oulipiens, dont des extraits de textes. D’ailleurs, mardi, je suis passée à la Grande bibliothèque, question de renouveler ma carte d’abonnement. Tandis que j’y étais, j’ai voulu emprunter Exercices de style de Raymond Queneau (la fameuse histoire d’autobus). Tous les exemplaires étaient déjà empruntés. Tiens, tiens… J’ai donc déniché Anthologie de l’OuLiPo. Une belle petite brique de presque mille pages (en livre de poche édition nrf Poésie/Gallimard). La lecture au hasard de quelques textes m’a arraché immédiatement un sourire. J’ai également pu prendre la mesure du génie de mise en scène et d’interprétation du spectacle de vendredi. Car, s’il y a bien réel plaisir d’écriture – et donc de lecture – la performance offerte ajoute tellement à l’enchantement. Combien de versions d’interprétation ont-ils improvisées avant de s’arrêter sur celle présentée? Quel fascinant processus de création, celui des Oulipiens et celui des Ubuens (UBU compagnie de création théâtrale). Je digère encore tout ça.

Enfin, tant le show que l’Anthologie procurent une réelle source d’inspiration! Je connais une ratonne de biblio qui trouverait là une mine inestimable de situations d’écriture pour ses étudiantes. En plus, je sens que notre prochain Discollective sera survolté. Déjà qu’au précédent, on a déliré tout un après-midi en faisant des parodies de chansons de Linda Lemay.

Pour un bref aperçu de la démarche oulipienne, un extrait tiré de l’Anthologie:

35 variations sur un thème de Marcel Proust

00 Texte-souche

Longtemps je me suis couché de bonne heure

01 Réorganisation alphabétique

B CC D EEEEEEEE G HH I J MM NNN OOO P R SSS T UUU

02 Anagramme

Hé, Jules, ce môme chenu de Proust songe bien!

[…]

06 Lipogramme en E

Durant un grand laps l’on m’alita tôt

[…]

19 Variations minimales

Longtemps je me suis bouché de bonne heure

Longtemps je me suis douché de bonne heure

Longtemps je me suis mouché de bonne heure

Longtemps je me suis touché de bonne heure

[…]

27 Fine déduction

Dès mon plus jeune âge, je me suis intéressé à des histoires de plumes

[…]

30 Isovocalisme

Qu’on rendre le fruit fourré cher aux veuves…

Vous voyez le genre? Y’en a pour mille pages. On en a eu pour une heure.  Aux écrivains en herbe et aux autres espiègles de la langue, y’en a pour une vie.

MàJ. 22 novembre 2011. Je viens d’aller chercher le livre + DVD de L’Oulipo réservé à la Grande bibliothèque. Très bon documentaire, L’oulipo mode d’emploi (produit par Arte) se terminant ainsi:

Être dans l’espace mental de la création oulipienne permet et encourage cette façon de lire le monde, d’interagir avec le monde et en tirer de la valeur littéraire, de la beauté.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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