Gamaka/Namasya: fraîcheur d’une fleur de tradition millénaire

Soirées exceptionnelles à Danse Danse vendredis passés, 18 et 25 novembre. Un duo de spectacles, l’un de danse traditionnelle indienne et l’autre de facture plus contemporaine dans le cadre de la programmation de danse contemporaine. C’est à la 5e salle de la PdA, symbole de soutien à l’art émergent, à la jeune génération de créateurs, que se tenaient Gamaka et Namasya, spectacles reposant sur une tradition millénaire. Rien de poussiéreux, de lourd, de pompeux.  Tout en jeunesse, fraîcheur et grâce.

Pour le premier spectacle, sur scène, à l’avant, offrande aux dieux, fleurs et statut de Shiva, à l’arrière, une bougie, à gauche, une plateforme accueillant micros et instruments. Lumière tamisée, scène nue. Une voix de jeune femme nous explique que le programme va commencer par une pièce de musique traditionnelle, Prière à Vani, déesse des Arts, qui sera suivie par Pranavakaaram, un poème en l’honneur de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. C’est alors que Shantala Shivalingappa fait son entrée, dans un costume somptueux, mais dont la présence, des yeux aux bouts des doigts, irradie encore plus. Jamais vu un éléphant si élégamment interprété. Sa trompe est une ligne fluide et gracieuse, voire malicieuse. Chaque mouvement est savamment placé et studieusement rendu, sans être rigide ni mécanique. Les yeux, les mains, les pieds et le reste du corps, tout est investi.

Vient la pièce principale, Varnam, qui déploie sous nos yeux ébahis la création du monde, l’eau, la terre, le feu, le vent, les animaux. Des mouvements abstraits et rythmiques alternent avec des phrases narratives et expressives.

Shiva Nataraja, le danseur cosmique qui rythme la destruction et la création du monde. Représenté avec 4  bras. La main supérieure droite tient un tambour qui rythme la création ; la main  supérieure gauche tient la flamme de la destruction; la main inférieure droite est tenue dans un geste de protection; la main inférieure gauche pointe vers le pied gauche tenu en l’air, il montre ainsi son pouvoir de grâce. Sous son pied droit, il écrase un nain-démon symbolisant l’ignorance. Son immense chevelure montre son pouvoir et il est entouré d’un cercle de feu.

Wikipedia

Le deuxième spectacle, une semaine plus tard, est composé de quatre danses, chorégraphiées par quatre artistes différents: Ushio Amagatsu, Pina Bausch, Savity Nair (la maman de la danseuse) et Shantala Shivalingappa (la danseuse). On retrouve les mouvements de la danse traditionnelle, mais épuré. Scène noire et nue, musique enregistrée, de sonorités diverses. Lors de la causerie du premier spectacle, on a pu en apprendre un peu plus sur les particularités de la danse Kuchipudi, danse traditionnelle du sud de l’Inde qui prend racine, comme la plupart des arts traditionnelles indiens dans un ouvrage millénaire. Dans le Natya Shastra  on a codifié les arts, le théâtre, la musique, les expressions, la danse. Par exemple, on y trouve soixante-sept mudrâs (positionnement des mains), trente-six mouvements d’yeux, huit rasas (émotions ressenties par le spectateur), etc. Cet ouvrage est une somme élaborée quelques centaines d’année avant J.-C. (selon certains auteurs). C’est donc dire que la culture indienne était déjà bien riche et élaborée pour avoir permis la codification de telles pratiques.

Shantala Shivalingappa est une extraordinaire interprète. Elle est présente dans tout son corps, à toutes les secondes. Dans chacun des spectacles, elle était la seule danseuse sur scène pendant plus d’une heure et elle occupait tout l’espace. Elle irradiait. Chacun des mouvements était précis, clair, net, mais léger, pur, expressif. Une belle découverte, d’une fraîcheur millénaire.

Shantala Shivalingappa a collaboré avec Sidi Larbi Cherkaoui dans le cadre du projet zon-mai, un chez-soi, et aussi dans une chorépraphie. Ushio Amagatsu est le chorégraphe de Sankai Juku présenté à Danse Danse à l’automne 2010. Je n’ai jamais vu une chorégraphie de Pina Bausch sur scène, mais j’ai vu le film Les rêves dansants et j’attends avec impatience la sortie du film Pina de Wim Wenders.

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