L’amour des détails: la joie des BD (et vice versa)

J’ai déjà exprimé mon amour des détails et pour cela, je fais probablement la risée de mon cercle d’amis. Je peux m’enthousiasmer pour un décrottoir. Sans blague. Une vraie gamine quand j’en ai vu un et puis un autre. Je me suis retenue pour ne pas les photographier tous.

Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles je commence à me prendre d’affection pour les BD. Certaines BD. Enfant, je n’étais pas une grande fan. Je faisais plutôt dans le roman, policier par dessus le marché. Mon frère avait quelques Astérix à la maison et je ne comprenais pas pourquoi il rigolait autant en les lisant. Quand il avait terminé, je m’empressais de jeter le nez dedans. Ça me faisait sourire, mais jamais rire aux éclats comme lui. Comme je l’enviais. Donc, grand vide dans ma vie. Il y avait bien Lucky Luke à la télé et Tintin aussi, surtout à Ciné-cadeau. Je les regardais, mais plus pour passer le temps que par réel intérêt. Idem pour les superhéros,  sauf Batman (ça c’est une autre histoire, mais en série télévisée, pas en dessins animés; je me souviens, grâce à une photo, avoir confectionné un costume avec masque et cape.) Bref, je n’étais pas pâmée quand les héros de bande dessinée sont arrivés au grand écran, comme actuellement pour Tintin. Mais j’irai bien le voir.

Il y a quelques années Paul est arrivé. Et ça a vraiment piqué mon intérêt pour les BD. Cet «héros» a, je dirais, le même âge que mon frère, côté musique, mais mon âge question loisirs. Quand je les ai découverts, je les ai tous lus en rafale: Paul à la campagne, Paul a un travail d’été, Paul en appartement, Paul dans le métro, Paul à la pêche et, il y a deux ans, Paul à Québec. Tout y est. On y est. En noir et blanc. Traits épurés. Histoire touchante. Un brin nostalgique. Qui se passe au Québec. Si vous voulez découvrir Québec (ville et province), lisez Paul. On rit, on pleure, on est admiratif envers tant de petits détails de la vie quotidienne si richement illustrés. Je crois que je l’ai lu deux fois coup sur coup. C’est le seul ennui avec les BD. Si on s’attarde aux textes, on néglige les images. Si on s’attarde aux images, on perd le fil du texte. Pas grave. On lit et relit; on regarde et re-regarde. Tiens, je suis allée le rechercher. En un coup d’oeil, mon coeur est déjà comblé. Le jeu de Scrabble sur la 4e de couverture: je viens justement d’en faire une partie, cet après-midi, avec une amie de Québec, quelle coïncidence! À la première page du livre: le Madrid… qui appartient désormais au passé. Il a marqué pendant des années la mitan de mes allers-retours entre l’université et le foyer familial un weekend sur deux, puis sur quatre, puis sur douze. Il me rappelle aussi que, lors du seul arrêt que j’y ai fait, un Père Noël (mécanique) m’a souhaité la bienvenue (en tournant la tête et en saluant du bras) : «Ho! ho! ho! Bienvenue au restaurant Madrid!» J’ai mimé le Père Noël pendant tout le repas et peut-être le reste du trajet. Mon chum a bien regretté avoir insisté pour s’y arrêter. En le feuilletant (l’album, pas le chum!), je retrouve plein de souvenirs, comme s’ils étaient les miens: le paysage plat de la 20, la Boucherie Huot à St-Nicolas, la truie dans un coin du sous-sol, les jeux de cartes et de Rummy, la tour de l’horloge du Vieux Séminaire (que je voyais de ma table à dessin pendant mes études en architecture), mon premier Mac, le foyer pour personnes âgés de mes grands-parents, le piano dans la maison, les spectacles improvisés avec des vieux vêtements des parents comme déguisements (parfois pas si vieux), le lit de camp, les balançoires, le salon funéraire, les sandwichs en triangle pas de croûte, les chapeaux des mononcles

Replonger dans Paul à Québec me permet de constater à quel point le trait de l’auteur et dessinateur, Michel Rabagliati s’est raffiné dans son plus récent opus: Paul au parc. Si l’histoire est moins poignante, le dessin, lui, est toujours aussi soigné. Rabagliati a l’exceptionnel talent de traduire l’ambiance d’un moment, d’une époque. On a toujours l’impression qu’il nous raconte sa vie (ou notre vie)… si tel est le cas, quelle incroyable mémoire il a! Évidemment, j’en suis jalouse. Ça me rappelle une de mes belles-familles dont les membres avaient toujours mille anecdotes à raconter, toutes plus magnifiées les unes que les autres. Les livres de Paul, c’est exactement ça. Les souvenirs, en plus beaux.

Depuis Paul, j’ai exploré un peu plus le monde de la BD: l’univers des ados (Les Nombrils) de Delaf et Dubuc, la relation de couple (Résine de synthèse) de Jimmy Beaulieu, la musique québécoise (Zik et BD) d’un collectif de bédéistes, le Québec d’autrefois (Magasin général) de Loisel et Tripp. Grâce aux BD, aux romans graphiques doit-on dire, je n’ai pas  replongé que dans les souvenirs d’enfance et enraciné mon appartenance qu’au Québec. J’ai aussi visité, comme si j’y étais (j’y avais grandi), la Birmanie  (Chroniques birmanes) et la Corée du Nord (Pyongyang)  avec Guy Delisle, l’Iran (Persepolis) avec Marjane Satrapi, et quoi d’autres encore.

Je ne sais plus quel chemin m’a menée  jusqu’à Palet dégueulasse (Michel Dolbec/Leif Tande) de la série Le poulpe. Ce que j’ai particulièrement aimé de cette BD, ce sont à la fois les détails de la vie quotidienne, les angles cinématographiques et les paysages de carte postale magnifiquement rendus. Vive les détails, vive les BD! Et vive Squiddly Diddly, représenté sur un t-shirt qu’arbore fièrement Le poulpe!

Et vous, vous avez des suggestions BD à me faire, des coups de coeur, des incontournables? Michel Rabagliati, dans son très sympathique site (où il nous tient au courant de ses visites chez le dentiste), nous en fournit aussi une liste «Les suggestions d’oncle Mike». Je vais sûrement aller jeter un coup d’oeil à chacune… Je vous laisse sur quelques planches pas du tout dégueulasses tirées de Palet dégueulasse!

A propos Curieuse d'idées

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6 commentaires pour L’amour des détails: la joie des BD (et vice versa)

  1. Vitalie dit :

    Salut Curieuse!
    Contente d’apprendre qu’il y a un nouveau Paul en circulation.
    Quelques suggestions BD bien personnelles, qui me viennent tout de suite a l’esprit: l’auteur Chabouté (Pleine Lune, Sorcieres, Tout Seul, etc.) pour son dessin en noir et blanc, ses atmospheres a la limite du fantastique et ses personnages bien campes. Tardi, specialement pour ses adaptations des romans policiers de Leo Malet dans un Paris des annees 50 tres bien restitue (Brouillard au pont de Tolbiac, Casse-pipe a la Nation, etc.). Tu vas retrouver la l’amour des details! Tardi aime faire des adaptations ou travaille directement avec les auteurs, comme pour La Debauche, histoire d’un chomeur en cage dans le Jardin des Plantes, signe Tardi et Pennac. Guy Delisle vient de sortir un nouveau recueil, cette fois-ci sur Jerusalem. Enfin je te recommande l’auteur japonais Jiro Taniguchi (Quartier lointain, Le Journal de mon pere, etc.), pour la simplicite et l’universalite des themes abordes (famille, travail, etc.) mais la subtilite du rendu des sentiments et des sensations. Un Rabagliati japonais, en somme!

    • WOW, c’est comme le Père… la Mère Noël qui vient de passer avec toutes ces belles suggestions et découvertes! Vivement une petite virée à la librairie ou à la Grande bibliothèque! Tout me tente! J’ai aussi hâte de plonger dans le plus récent Delisle… mais surtout le Rabagliati japonais, Jiro Taniguchi, m’intrigue!! Merci!

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