Voyager formule 4: lire… après le voyage

Je suis tellement en retard dans tous mes albums de voyage depuis que j’ai découvert les albums photos numériques. J’ai trop de possibilités. Trop de possibilités de prendre des photos numériques qu’il faut ensuite classer, sélectionner, choisir, réduire, recadrer, redresser. Trop de possibilités d’éditer chaque page, couleur de fond, nombre de photos, petit ou grand cadrage, petit ou grand encadré de texte. Trop de possibilités de commenter, titrer, documenter, rappeler, apprendre, comprendre, découvrir à nouveau. Me voilà prise au piège. Pas le temps de terminer un album de voyage qu’il faille en préparer un nouveau. Je suis devenue une éternelle nomade sédentaire. Du confort de mon petit salon, je suis  en perpétuel voyage, à longueur d’année, à découvrir les horizons, à replonger le nez dans mes photos, dans mes guides, dans d’autres livres que j’emprunte à la bibliothèque pour comparer les informations souvent fort différentes, à fouiller dans Internet.  J’ai découvert l’infini. Et je vous le dis: c’est vraiment infini. L’infini, c’est comme un trou noir qui absorbe l’espace temps d’une soirée, d’un après-midi, d’une matinée, d’un weekend, de quelques heures de liberté. Zoup! disparu dans cet infini de possibilités.

Entretenir ce passe-temps c’est comme une relation sado-masochiste. Retrouver ces souvenirs, ces surprises, ces différences, ces inconnus, plus tout à fait inconnus, apprivoisés, faits miens pendant un bref instant. Donc plaisir. Mais aussi torture, puisque pendant ce temps, je ne suis pas à explorer de nouveaux horizons, à vivre de nouvelles expériences, à découvrir ma propre ville, mon espace temps quotidien et celui de mes voisins. Enfin…

Le dernier voyage en lice: Venise. Je vous en ai parlé, non? Ah… Venise. J’y suis allée parce qu’il faut voir Venise au moins une fois dans sa vie. Et aussi pour marcher dans les pas de Katherine Hepburn dans Vacances à Venise (Summertime), vu un soir par hasard à la télé (qui a l’avantage d’offrir cette sorte de surprise, involontaire, non délibérée: sans crier gare,  La Strada de Federico Fellini ou encore Bleu de la trilogie de Krzysztof Kieślowski s’immiscent dans notre vie. Merci télé.) Bref, ce film me restait bien en tête… L’automne dernier, 2010, j’avais pensé profiter d’un séjour à Lyon pour faire un bond de puce (!) à Venise. Heureusement, j’avais aussi déjà vu un reportage à Thalassa au sujet de la fameuse Acqua alta. Après vérification faite, c’était en pleine période d’inondation que je m’apprêtais à faire mon initiation vénitienne. Ayant raconté ce rendez-vous manqué à une collègue, celle-ci lança l’idée de m’accompagner si jamais il advenait que j’envisage un séjour à l’automne dernier. Trois jours. 72 heures. Merveilleusement comblées, mais évidemment trop brèves.

Au retour, c’est à mon album de Barcelone que je me suis consacrée, laissant en plan, pendant ce temps, les images de Venise stagnant, s’incrustant, s’amplifiant, se magnifiant dans mon esprit. Puis, cette même collègue porta à mon attention l’émission d’A la Di Stasio réalisée à Venise. C’est comme s’ils m’avaient suivie pendant ces trois jours.

Plus récemment, en fait, cette dernière semaine, c’est Hugo Pratt qui m’a ramenée à Venise par sa BD, Corto Maltese: Fable de Venise. En fait, ce n’est pas directement la BD que j’ai lue, mais bien un album intitulé Autour de Corto, une lecture guidée à travers l’oeuvre de Pratt. Je suis doublement prise par la main. Pratt me prend par la main et me montre encore les détails de Venise, la pierre, les tuiles, les petites places, les reflets, les toits… Il me prend encore par la main et me raconte aussi son histoire moins glorieuse, moins glamour, du temps de Mussolini, du fascisme, des Francs-Maçons. Il la rend aussi encore plus mystérieuse en présentant les penchants ésotériques d’une partie de sa population, le mélange des religions et des traditions millénaires dont elle est héritière, juive, musulmane, chrétienne. Thierry Thomas me prend parallèlement par la main pour lire et apprécier les nombreuses couches de sens, d’histoire, d’événements biographiques, de mises en scène graphiques, d’innovations narratives de Pratt.

Afin de prolonger le plaisir et le mystère, je vais plonger dans cet autre ouvrage: Venise insolite et secrète. J’ai déjà commencé à le feuilleter. J’y retrouve des accointances avec l’album de Pratt: la kabbale, les jardins secrets, même quelques pages sur Corto Maltese, des symboles maçonniques dans une église, des symboles alchimiques dans un palazzo, les bas-reliefs de toutes sortes disséminés un peu partout dans la ville, dans les différents sestieres (et non quartiers). Un livre qui permet au «touriste», au visiteur  curieux, de voir ce qui n’est pas immédiatement et ostensiblement visible et de s’initier également à ce qui est invisible, aux mystères, au temps, aux légendes qui ont marqué l’environnement bâti et les gens. Traduire un peu l’esprit de l’endroit… si intangible, que perceptible dans les détails.

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