Deux autres histoires de père et de fils… et de Japon

Dans une récente chronique sur mon intérêt grandissant envers les BD, j’avais demandé des suggestions et V. m’en a fait tout un tas! Merci V.! J’ai commencé par Le journal de mon père de Jirô Taniguchi, puisqu’elle m’avait dit qu’il était un Rabagliati japonais. Dans cet ouvrage qui  fut publié initialement en trois tomes, on voit évoluer Yoishi de son plus ancien souvenir d’enfance à la mort de son père. Merveilleuse histoire, très intimiste, qui nous fait entrer dans la tête et le coeur du personnage, comme un roman… avec des images.

Ça fait longtemps que je n’ai pas fait le Jeu de Curieuse d’idées et puisque cette BD me fait penser à tant d’autres chroniques ou autres manifestations culturelles, allons-y!

Par la thématique familiale, l’importance accordée au paysage, au détail du quotidien, oui, il fait penser à Rabagliati, surtout Paul à Québec.

Cette BD me ramène aussi au Japon, comme l’a fait la bande-annonce du documentaire Jiro Dreams of Sushi (à venir sur nos écrans, j’espère). Remarquez les blocs de textes à la verticale, inusité n’est-ce pas? Mais non, on est au Japon!

Puisqu’il s’agit d’une histoire racontée sur plusieurs années, cette BD m’en rappelle aussi une autre: Polina.

En traitant de la mémoire, des souvenirs qu’on se forge et qui peuvent nous tromper, la BD évoque aussi pour moi L’espèce fabulatrice de Nancy Huston. Yoishi regarde avec des nouveaux yeux  une photo qu’il avait prise à vingt ans. Ça me rappelle une carte de souhaits que la famille m’avait offerte avant mon départ pour six mois en Angleterre. J’y ai relu, des années plus tard, la courte phrase que mon père, depuis décédé, avait rédigée. Elle m’a livré alors un nouveau sens de ma relation avec lui.

Le journal de mon père me rappelle également les dessins animés japonais que j’écoutais quand j’étais petite (je ne savais pas alors qu’ils étaient japonais). Évidemment, Candy se trouve en première ligne. Les bouches dessinées comme de grands trous vides, les larmes plus vraies que nature, les pas de course affolants.

Évidemment, je l’associe au livre L’école des films de David Gilmour par la thématique de la relation entre un père et son fils. Si dans le roman on a le point de vue du père, dans la BD, on a le point de vue du fils. La relation semble un peu plus tendue ici, mais finalement, le fils est plein de regrets.

On retrouve la thématique de l’ingratitude dans le film japonais Still walking paru en 2009 et qu’on peut actuellement visionner dans Tou.tv. Il s’agit d’une histoire de famille, mais particulièrement du fils cadet, dont le frêre aîné est décédé, et dont les parents ne s’en remettent vraiment jamais, dont le père. Le fils vivant coupe les ponts. Il est question de la mort, des regrets, des obligations, du pardon, de la filiation. On y trouve  la même esthétique que dans Le journal de mon père. Des scènes entrecoupées de plans fixes de paysages, nuages, arbres, mer, train au loin. Et le début du film, c’est la préparation des plats en famille (mère, fille). Oh la la, ça sent bon! N’y pouvant plus, je suis allée chez Mikado hier soir!

Le journal de mon père a obtenu le Prix Œcuménique au Festival d’Angoulême en 2001.

Michel Rabagliati a déjà obtenu le Prix du public à ce festival en 2010 pour Paul à Québec et Paul au Parc a été sélectionné pour 2012 (dans le volet jeunesse, oui, je sais…), tandis que Polina de Bastien Vivès pour la sélection officielle. Le 39e festival international de la bande dessinée d’Angoulême se déroulera du 26 janvier au 29 janvier 2012.

MàJ 30 décembre 2011. Je pourrais rajouter, en lien avec le Japon, le roman d’Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements. La dégringolade d’une employée occidentale au sein d’une compagnie japonaise. Le film tiré du livre n’a pas tout son mordant et son autodérision.

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A propos Curieuse d'idées

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7 commentaires pour Deux autres histoires de père et de fils… et de Japon

  1. Vi dit :

    Ouf, j’avoue qu’a part Rabagliati et Cats Eyes (ortho de ce dessin anime?), mes associations d’idees s’arretent la! J’ai bien aime cette BD, et les autres oeuvres de Taniguchi, pour m’avoir laisser entrevoir une autre culture et une autre facon de pensee (bien qu’on s’y reconnaisse aussi). D’ailleurs, en parlant de ca (la voila, l’association d’idee!), je viens de lire J’aurai voulu etre un Egyptien, de Alaa El Aswany, publie chez Acte Sud (il a aussi ecrit L’Immeuble Yacoubian). Ce n’est pas japonais, ce n’est meme pas une BD, mais ca m’a ouvert a une autre culture en me faisant penetrer dans la mentalite egyptienne – bon, il faut preciser que l’auteur n’est pas tendre avec ses concitoyens! C’est un petit livre de recits cruels mais humains, que je recommande!

  2. Salut Vi,
    je mettrai très certainement tes nouvelles suggestions Dans ma mire!
    Parlant de découvrir une autre culture, de mon côté, ces jours-ci, je me retrouve en URSS, à Paris, à New York sur les pas de «Limonov». J’en parlais justement à I. (ma nièce) comme d’un roman (et d’un écrivain, Carrère) qui tente de comprendre entièrement l’univers décrit tout en reconnaissant constamment la limite de cette entreprise, ne pouvant jamais se détacher de son expérience propre (que ce soit l’écrivain ou le lecteur). C’est ce que j’avais aimé précédemment dans «D’autres vies que la mienne» et cette fois-ci dans Limonov. Je retrouve un peu aussi «Le danseur» de McCann par le personnage flamboyant, arrogant, suffisant, mais humain, imparfait, fougueux dépeint, en même temps qu’une riche description de toute une époque et d’une culture assez éloignée de la mienne… D’autres vies que la mienne, quoi!!

    • Vi dit :

      J’au lu le Limonov et j’ai beaucoup aime (je lis Carrere depuis que tu me l’as fait decouvert!). Le personnage est plutot sulfureux, mais pourtant on s’y attache. Et la description de la Russie actuelle est eloignee de nos petits cliches habituels (si tant est qu’on avait une opinion la-dessus!). Un bemol, pourtant: etant donne que Limonov est ecrivain, et qu’il a raconte sa vie dans plusieurs autobiographies, ou est la part de l’ecrivain dans le recit de Carrere? Ca c’est une limite de son entreprise qu’il n’a pas franchement abordee.
      A bientot pour d’autres suggestions!
      v

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