D’où vient l’inspiration… de Marc Séguin artiste contemporain

J’aime mieux ouvrir des portes que de dire: «passer par celle-là».
Marc Séguin dans Bull’s eye, un peintre à l’affût.

C’est en janvier dernier, grâce à l’émission Voir, que j’ai découvert l’artiste visuel contemporain Marc Séguin. J’avais confondu son histoire, un peintre québécois installé à New York qui connaît un certain succès, à celle de Mathieu Lefebvre, ce jeune artiste happé par un camion en octobre à New York. Bon, maintenant que je suis «dé-mélangée», je peux vous parler de Marc Séguin… à travers mon chapeau, puisque je n’ai pas vu directement ses oeuvres. J’ai manqué son exposition au Musée d’art contemporain des Laurentides qui se terminait la semaine passée, le 12 février. J’avais aussi entendu que le documentaire à son sujet, Bull’s eye, un peintre à l’affût, présenté au 28e FIFA, avait gagné un prix. C’est suffisant pour aiguiser mon intérêt. Donc, quand je me suis pointée à la Boîte noire vendredi dernier et que j’ai vu ce DVD, je m’attendais à être intéressée… mais charmée, non. Et pourtant…

C’est le portrait d’un homme de 40 ans, mystérieux, insondable, au regard perçant, à la personnalité calme, mais dont les toiles sont sauvages, comme le monde qu’elles reflètent. Marc Séguin pose un regard critique sur l’état de la société, sur son histoire et sur la condition humaine. Dans le documentaire, on le suit à Hemmingford, là où il a sa maison familiale, son jardin, sa vie de famille, son territoire de chasse et ses mâles acolytes. La vie sereine. On le suit également à Brooklyn, dans son studio, dans la jungle urbaine de New York, là où il se met en danger, là où il éprouve davantage ses capacités de survie. Étrange contraste. L’oeuvre de Marc Séguin en est tout empreinte: provocation, violence, immobilisme, fatalité.

J’aime voir les artistes à l’oeuvre, en processus de création. Et ce que j’aime dans ce documentaire, c’est qu’on comprend que le processus se passe bien avant d’avoir le pinceau en main (ou la caméra à l’épaule, les chaussons aux pieds, la cuillère à la main). Ça mijote bien longtemps dans la tête. J’aime aussi le voir, l’oeil aiguisé, touché et retouché les détails qui ne font aucune différence pour le regard néophyte, mais qui caractérisent si fortement ses oeuvres.

Dans le site de la galerie new yorkaise qui représente Séguin, je tire cet extrait pour vous donner une meilleure idée de l’oeuvre de Séguin que je suis capable de le faire dans cette chronique, encore trop impressionnée pour pouvoir être structurée:

From crumbling social institutions to a disintegrating religious authority and a vanished spiritual transcendence in art, Séguin’s work demands that viewers confront humanity’s failure to progress.

Marc Séguin / Ruins (Arches) / 2011 / Oil, charcoal and ash on canvas / 60 x 80 inches

Mais où va-t-il chercher ces idées, tant sur le monde que sur la façon de les traduire? Ça reste un mystère. On le voit, perché sur sa chaise de fortune installée haut dans un arbre, dans son habit de camouflage, immobile, impassible, le regard perçant. Et on se demande à quoi il pense. Comment se fait-il que lui se nourrit de tout ce qui l’entoure et le retraduit ainsi en des oeuvres si touchantes, si troublantes? Je ne vous ai pas encore révélé que Marc Séguin utilise dans ses oeuvres des animaux empaillés, du goudron et des plumes, du sang d’agneau, des os carbonisés d’animaux et des cendres humaines. Provocant, je vous dis, et pourtant…

«Il savait que je peignais déjà avec des os carbonisés d’animaux. Il m’a donné les cendres de sa mère en disant qu’au contact de la toile, elles me donneraient une teinte parfaite de gris. Il avait raison. J’ai réfléchi à ce que je pouvais peindre avec ce matériau et pour en préserver le caractère sacré, j’ai opté pour des ruines d’églises. Quand je peins avec des cendres humaines, je le fais avec respect et révérence. C’est chargé de sens. C’est la vie et la mort. On ne joue pas avec ça.»

Marc Séguin a aussi écrit La foi du braconnier, un roman qui a gagné le Prix des collégiens en 2011 et a été en nomination pour un prix des libraires du Québec en 2010. Est-ce que je vous ai dit qu’il est daltonien, que sa femme a eu un terrible accident, qu’ils ont quatre enfants, qu’il jardine et produit son propre sirop d’érable, qu’il chasse avec Martin Picard et qu’ils préparent un livre de recettes de sirop d’érable ensemble?

Être artiste, c’est faire oeuvre. Oeuvre de sa vie, de sa pensée, de son monde. Je suis éblouie. Dans la scène finale, je crois, Séguin tente de nous traduire sa compréhension de l’inspiration, comme l’animal qui lorsqu’il n’est pas sous ton regard n’existe pas et qui apparaît, qui vit la seconde suivante. La seconde d’avant, il n’existe pas, la seconde suivante, il existe. Moment magique, mystérieux, fascinant, intangible, inconscient?

J’aimerais avoir ce même pouvoir de construire un monde, faire oeuvre ainsi de ma vie.

En complément d’information: Entrevue avec Sébastien Diaz à Voir.tv le 18.01.12. Documentaire de Bruno Boulianne, Bull’s eye, un peintre à l’affût, 2010. Entrevue avec Nathalie Guimond dans Voir 17.09.2010. Entrevue avec Nathalie Petrovsky dans La Presse 11.09.2010. Visite en compagnie des enfants de l’exposition de Marc Séguin à St-Jérôme, un récit de la journaliste Jocelyne Lepage. Entrevue avec le réalisateur du documentaire Bruno Boulianne. Autre projet de Bruno Boulianne, un portrait de la réserve de Wemotaci… où les plumes ont aussi leur importance, comme dans une série de Séguin.

Le 30e festival international des films sur l’art aura lieu du 15 au 25 mars 2012. Le dévoilement de la programmation aura lieu le 23 février et les billets seront en vente à partir du 25 février. MàJ 22 mars 2012. Pffff le site Internet est complètement merd*** cette année.

MàJ 22 février 2012. Je viens de voir que le livre de Martin Picard sur le sirop d’érable sortira le 2 mars 2012.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
Cet article, publié dans Art visuel, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour D’où vient l’inspiration… de Marc Séguin artiste contemporain

  1. Ping : D’où vient l’inspiration… de Martin Picard, chef du Pied de cochon | Curieuse d'idées

  2. Emmanuel RENE dit :

    Une réponse à: D’où vient l’inspiration… de Emmanuel René plasticien contemporain accés @

  3. Emmanuel RENE dit :

    ooops l’adresse URL de la suite est mal passée il faut copier dans la barre adresse de votre navigateur le texte suivant  » http://www.le-musee-prive.com/ecrits-d-artistes/interview-d-emmanuel-rene-portrait-d-un-homme-libre.html « 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s