Le cas Sneijder: profonde chronique d’ascenseur

La lecture des romans de Jean-Paul Dubois nous transporte souvent dans une atmosphère particulière, anodine, presque vide de sens. C’est pour mieux porter un regard sur notre condition humaine. C’est le hasard des choses, bon ou mauvais, qui mène notre vie.

« Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie. »

Un accident d’ascenseur improbable ébranle l’existence du personnage principal, Paul Sneijder, qui remet ainsi en question son travail, sa relation de couple, son rapport à ses fils. Quel est le sens de cet accident? Quelle en est la cause? Et surtout, que faire maintenant?

« Un accident servait aussi à ça. À comprendre l’origine du malheur. À démonter la machine et à la remonter. »

Dubois prend prétexte des ascenseurs pour questionner notre rapport à la rapidité et à l’efficacité, au contrôle et à la course au plus haut, au plus grand, au plus vite, au plus d’argent, à l’ascension sociale. Son personnage, en réaction à cette épreuve, fait un parcours en sens inverse: quitte son emploi, devient promeneur de chien et, par conséquent, «ramasseur de leur merde», faisant du même coup honte à sa femme, selon cette dernière. Il creuse les mystères techniques et sociologiques des ascenseurs, tout en scrutant les profondeurs de son âme. Dubois nous convie ainsi non pas aux hautes sphères de la réussite sociale, mais aux profondeurs psychologiques de l’âme humaine. La lumière dans cet existence, l’espoir dans le roman, provient du rapport à la nature et aux animaux, plus précisément les chiens que le personnage n’affectionne pas particulièrement mais qui semblent correspondre à sa quête: vivre dans l’instant présent.

Si, par certains aspects, Le cas Sneijder m’a fait penser au roman d’Amélie Nothomb où son personnage dégringole dans l’échelle socioprofessionnelle nippone en terminant madame pipi, il fait aussi allusion au film Magnolia, avec sa pluie d’oiseaux et de découverte de poissons morts. Événements improbables qui ébranlent l’inébranlable confiance de l’humain dans les explications rationnelles et le contrôle de l’homme sur la nature, et partant, sur lui-même et son destin.

Comme dans plusieurs romans de Dubois, il ne se passe pas grand-chose et pourtant on y réfléchit beaucoup. Qui aurait cru qu’une réflexion sur les ascenseurs pouvait servir de métaphore à notre condition postmoderne (et plus particulièrement urbaine, métropolitaine)?

  « La vie est  un sport individuel. »

Voilà une affirmation qui mérite réflexion en cette époque de Printemps érable au Québec.

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À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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