Cabaret Gravel Cabaret: un méchant* GAG!

Pourquoi aimer ce type d’art plus que tel autre? Pourquoi trouver cet artiste plus fascinant qu’un autre? Il y a de l’éducation, il y a de la familiarité, mais il y a du mystère aussi. Je suis tombée sous le charme du Grouped’ArtGravelArtGroup (GAG) et surtout de Frédérick Gravel (son fondateur) au Festival TransAmériques en 2009 en assistant au spectacle GravelWorks (peut-être ai-je vu aussi Tout se pète la gueule, chérie en 2010, mais comme je ne tenais pas de blogue à ce moment-là, ma mémoire est vague). Et depuis, je suis toujours ensorcelée. Pas de grands éclats, de grands moyens, pas même de grandes performances. Alors quoi? Pendant et longtemps après le spectacle, j’étais habitée d’une joie de vivre, d’un goût de me laisser aller, de faire des cabrioles, de chanter, de «respirer» l’art avec un petit a, mais partout et pour tous et donc, pourquoi pas pour moi?

Avant le spectacle, en dégustant nos délicieux plats au Petit extra, on discute de ce qui s’en vient, le Cabaret Gravel Cabaret. C. (alias Chef C.) ne connaît ni le danseur et ni la compagnie et s’attend à être déstabilisée. Intéressée, mais en terrain inconnu… De mon côté, j’ai peur d’avoir été trop enthousiaste en lançant l’invitation à mes amis de venir assister au spectacle. Peur, parce que je sais qu’il ne peut pas plaire à tout le monde. Mais aussi convaincue qu’il peut en rallier beaucoup. C’est pourquoi j’avais lancé l’invitation à un groupe plus large que pour les spectacles de «danse contemporaine». Au souper, je dis que le spectacle que j’avais déjà vu, la démarche de Gravel était comme une toile d’art abstrait que les gens voient et se disent: pffff, je pourrais faire ça moi! Exactement, tu pourrais le faire! Mais tu n’en as pas eu l’idée, tu ne le feras pas et, sans le savoir, sans le voir, il y a tout une réflexion sur l’art sous-jacente au «produit» de la toile en tant que tel. L’art de Frédérick Gravel, c’est ça pour moi. Du simple songé. C’est presque que la non-danse, du non-spectacle. Et pourtant. Dans GravelWorks, on nous présentait une série de scènettes, de mises en scène de la danse contemporaine, déconstruite et désacralisée. On aurait dit que les danseurs ne faisaient qu’être. C’est l’image que j’ai de Frédérick Gravel, le «polyvalent», qui ne fait, pourtant, qu’une chose: vivre l’art. Respirer l’art… sans en avoir l’air.

Faire de l’art avec un grand  » L  » comme dans  » LART « .

Extrait de la bd Cabaret Gravel

Dès notre entrée dans la salle du Lion d’or, avec tables, chaises et alcool disponible, on se trouve dans un univers décalé, déjanté, «créé». On passe à l’inspection en se faisant câliner par un gorille. Des personnages se promènent pour distribuer le «programme», une bd de Dany Desjardins qui, sans qu’on le soupçonne, nous présente les scènes auxquelles on assistera, nous éclaire sur le processus artistique du groupe et sur la réflexion de son idéateur.

L’art contemporain n’amène que peu de certitude… L’art naît de la contrainte, vit de lutte et meurt de liberté. Mon cabaret va être mémorable!

[… ]

1re proposition.

– Cantin, c’est quoi ton truc?

– Il y aura de la magie, du clown, du cirque, du butoh (sic), des ballons, du texte…

– Y’a tu un peu de danse?

[… ]

– Putain, j’ai vu aucune proposition de danse encore. Normand doit avoir quelque chose à me montrer… Normand, c’est toi?

– J’ai poussé mes recherches minimalistes tellement loin que je me suis crystalisé (sic).

– Et c’est quoi ta proposition?

– Je vais respirer.

– Alors tu vas rester planté là à respirer et me dire que c’est une proposition?

– Oui.

– La simplicité est la complexité résolue!

[… ]

– J’ai une ouate dans le nez.

– Pis?

– Qu’est-ce que ça te fait quand je fais ça?

– C’est ben correct. Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût. Bon ça va peut-être manquer de rythme ce show-là, mais au moins, je vais jouer de la basse… avec mon band, Gravel Band. […] En plus, Pierre Lapointe va être des nôtres.

– Je suis la biche empoisonné (sic).

– Pour faire plaisir aux matantes tu vas garder tes hits pour la fin, le colombarionne et la forêt des mal baisés?

– Si tu veux.

– Bon, on est prêt pour demain.

Désolée pour ces longs extraits, mais je ne pourrais pas mieux décrire ce cabaret. C’est exactement ce à quoi on a eu droit. Il y a eu des ballons (et des confettis) et du mauvais goût (Dany Desjardins et Anne Thériault), un bébé dans une boîte (Francis Ducharme), un gars qui danse de dos (Dany Desjardins), des filles à moitié nues (Jamie Wright et Brianna Lombardo), le portrait minimaliste d’une famille (Normand Marcy, père, Caroline Gravel, mère et l’exquise Audrey Juteau, fille), une fille qui nous demande «Qu’est-ce que ça te fait quand je fais ça?» (Caroline Gravel), un discours engagé (Frédérick Gravel), du monde qui fume (Normand Marcy et Caroline Gravel), un Jack (Dana Michel) et une toilette gonflable, deux monologues sur l’art d’Étienne Lepage (dont Un show de marde, brillamment récité par Francis Ducharme), deux extraits du prochain spectacle de Gravel (dont un fabuleux duo de Jamie Wright et Francis Ducharme), un slam emo-porn (de Jérémie Niel avec plusieurs danseurs) et Frédérick Gravel qui joue de la basse avec son band (Stéf Boucher, Hugo Gravel, Fred Lambert et Philippe B) d’excellentes tounes qui «rentrent au poste». Et j’en passe. Un mélange, pêle-mêle, faisant un tout hétéroclite, qui amuse, qui choque, qui bouscule, tout ça en utilisant deux, trois babioles, beaucoup d’imagination et de générosité.

Qu’est-ce qui se dégage de ce tout bigarré où chacun y va de sa «proposition»? Une délicieuse collaboration et une grande complicité entre ces artistes talentueux et intenses. Encore une belle leçon de solidarité? Je termine comme le spectacle a commencé, en livrant une leçon, en appelant à s’engager. Comme quoi, ce mot est dans l’air… que ce soit au Jour de la Terre, à la recherche du bonheur, aux manifestations étudiantes.

J’ai un seul regret, ne pas avoir vu Gravel danser.

En savoir plus :

Frédérick Gravel a complété un baccalauréat en danse à l’UQAM en 2003, une maîtrise en 2009 portant sur le rôle de l’artiste dans la société démocratique (tiens donc!). Il fonde en 2003 la maison de production La 2e Porte à Gauche (L2PAG) avec Marie Béland. Actuellement, il enseigne à l’UQAM un cours sur l’écriture chorégraphique. GravelWorks, son projet de recherche en création/diffusion débuté en 2006, a donné naissance au Grouped’ArtGravelArtGroup.

GravelWorks est un présentoir d’humeurs, d’humour, d’états de corps, de chansons pop, de personnalités et d’impertinences sympathiques. Le Grouped’ArtGravelArtGroup, est un collectif temporaire et variable de personnalités [… ] réunies pour «créer beaucoup, essayer abondamment, s’obstiner énormément » et (se) donner du plaisir. Intelligemment. Avec eux, on ne sait jamais vraiment ce qui va se passer et c’est souvent là l’intérêt.

Site du Festival du théâtre de rue de Lachine

Danscussion avec Frédérick Gravel

Dans le documentaire Aux limites de la scène, je disais que j’ai pas de message. Parce que je pense que le message est dans la forme et dans la façon d’aborder la scène. Le message est plus dans la façon que j’aime de laisser le spectateur conscient des choix et des gestes qu’il pose comme spectateur. Qu’il comprenne qu’il aime se laisser-aller, que c’est correct, mais que c’est intéressant d’en être conscient. Être conscient de comment notre appréciation est construite mais aussi comment elle est affectée par plein d’éléments, mais aussi comment la mise en scène est un processus de séduction, et comment on joue avec ça, et comment on est juste dupe. […] Comment je peux essayer de continuer même si je sais que tout est un peu joué, que je suis construit, que c’est pas de ma faute si je suis comme ça, que ce sont les expériences que j’ai vécues qui m’ont rendu comme ça. Mais c’est comment je peux travailler une conscience de ça. Le message est là. C’est difficile d’en faire une phrase, une ligne de presse ! (rires)

Le documentaire Aux limites de la scène de Guillaume Paquin présenté au récent FIFA 2012, explore le travail de Frédérick Gravel, Dave St-Pierre et Virginie Brunelle. Dans la foulée du Prix Tremplin pour le monde ARTV obtenu au FIFA, il sera projeté au Musée national des beaux-arts du Québec (à Québec) le dimanche 13 mai à 14 h, en présence du réalisateur. Et probablement cet automne au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de Matinées du film sur l’art.

L’élogieuse critique parue dans Le Monde, suite à la présentation en France du spectacle GravelWorks au Festival Exit en mars 2012.

La prochaine création de Gravel sera présentée dans le cadre de la saison DanseDanse (co-production Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis, France). À la Cinquième salle de la Place des arts du 7 au 17 novembre 2012.

En novembre 2012, dans le cadre de la saison de l’Agora de la danse et de la période du CINARS (du 2 au 18 novembre 2012), sera présenté Danse à 10, créé en septembre 2011 par L2PAG, dans un bar de danseuses nues du boulevard St-Laurent.

* Méchant. Familier – (Avant le nom) Qui sort de l’ordinaire, qui surprend.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
Cet article, publié dans Danse, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Cabaret Gravel Cabaret: un méchant* GAG!

  1. Ping : Ainsi parlait, danse? théâtre? | Curieuse d'idées

  2. Ping : Cirkopolis gratis pendant 7 jours | Curieuse d'idées

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s