Ce que j’apprends du mouvement étudiant: le courage de ses convictions

J’assume en général fermement mes convictions politiques en privé, mais plus timidement en public. Je crois en des politiques sociales plus égalitaires, une meilleure répartition des richesses, à la défense des droits humains, à la lutte contre les inégalités sociales, je suis préoccupée par la disparition de ma langue, mais considère le mixage ethnique comme une richesse plus qu’une menace, le territoire n’appartient à personne, sinon à tout le monde. Je trouve qu’on consomme trop et, par conséquent, qu’il faut plutôt militer pour le respect de l’environnement que pour le développement économique et l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables.

Je ne pense pas que quelqu’un a plus raison parce qu’il est plus vieux et je crois surtout qu’il y a plusieurs points de vue possibles et légitimes. Un enfant développe tôt sa pensée propre et autonome et, en tant qu’éducateur, c’est ce qu’on souhaite nourrir et entretenir, sinon il ne s’agirait que de reproduction sociale, voire d’endoctrinement. Tant mieux s’il développe son esprit critique par rapport aux traditions qu’on souhaite lui transmettre. Est-ce facile d’être toujours conséquente avec ce que je pense? Assurément pas.

J’ai été totalement choquée, offusquée par les propos d’un précédent ministre de l’Éducation, Pierre Reid pour ne pas le nommer, au sujet des citoyens qu’il était particulièrement supposé servir et en protéger les droits, les étudiants.

la base étudiante est noyautée par des gens qui ne prennent pas leurs études très au sérieux.

Comment oser prétendre que tous ces étudiants ne prennent pas leurs études au sérieux en faisant la grève depuis 3 mois? Comment prétendre qu’ils ne prennent pas leur éducation, et celle de leurs confrères et consoeurs qui suivront, non seulement au sérieux, mais à coeur? Je suis profondément dégoutée par cette attitude paternaliste et condescendante. À l’instar d’Alexis Martin, je crois fermement que notre société québécoise a la capacité de s’offrir une éducation gratuite et de qualité pour tous, et ce, pour 1% du budget. C’est une question de valeurs, de convictions et aucun argument ne peut vraiment convaincre ceux qui en ont une conception économiste et néolibérale… Quoique…

Ce soir, je fouille Internet, et je vous offre un florilège de mes pérégrinations.

D’abord, un collègue et ami m’a parlé de ce documentaire de 3 jeunes qui ont perdu leur session universitaire parce qu’ils se sont présentés tous les jours pendant trois mois au bureau de Maurice Duplessis afin de revendiquer l’accession à l’université. L’histoire des trois. On ne peut pas dire que ces trois jeunes ont mal tourné… Un regard historique rafraîchissant sur la lutte étudiante.

On trouve un long article sur La grève étudiante québecoise de 2012 dans Wikipédia, qui est assurément pro-étudiants, mais qui retrace de nombreuses étapes importantes et qui relate, entre autres, les raisons pour lesquelles les représentants étudiants et les syndicats ont quitté la rencontre des partenaires du monde de l’éducation le 6 décembre 2010 sur le thème «L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec ». On se rend compte à quel point, avec les gouvernements successifs du Parti Libéral, on a assisté à une dérive de la conception de l’éducation supérieure, vers sa marchandisation. À l’argument de Bachand en 2010 sur le fait que les diplômés universitaires vont faire 600 000$ de plus dans leur vie que les diplômés du secondaire, un article intéressant dans Esquire (avril 2012), Young people in the recession: war against youth rapporté par Jean-Michel Dufaux à l’émission Médium large du 20 avril 2012  commence ainsi:

In 1984, American breadwinners who were sixty-five and over made ten times as much as those under thirty-five. The year Obama took office, older Americans made almost forty-seven times as much as the younger generation.

À l’argument de trouver d’autres moyens de financer l’éducation que dans les poches de étudiants, en regardant, notamment du côté des prêts/faveurs aux entreprises, certains vont soutenir que ces mêmes entreprises créent justement des emplois dont les étudiants vont justement bénéficier. Une autre référence intéressante, mentionnée dans Wikipédia, est cet article de Michel Girard, chroniqueur financier de La Presse.

Question: pourquoi le gouvernement Charest s’entête-t-il à les augmenter? Que les droits n’aient pas connu de hausse depuis nombre d’années ne représente pas à mes yeux un argument capital.

Traiter les étudiants d’enfants gâtés qui exploitent la générosité du système québécois est carrément injuste. On oublie que ce sont eux qui, un de ces jours, vont se faire siphonner royalement le portefeuille pour entretenir financièrement les programmes gouvernementaux.

Je citerais bien ici tout son article, allez donc le lire directement à la source. Je ne peux résister à vous rapporter ici le début de sa lettre:

M. Raymond Bachand,

En tant que ministre des Finances aux multiples diplômes universitaires (licence en droit, maîtrise et doctorat de la Harvard Graduate School of Business Administration), vous êtes vraiment bien placé pour comprendre à quel point la formation universitaire de nos étudiants est une «richesse» pour la société québécoise.

Financièrement parlant, les statistiques le prouvent: les diplômés universitaires gagnent de façon générale des revenus plus élevés. Et par ricochet, au cours de leur vie active, ils paient proportionnellement plus d’impôts et de taxes que les non diplômés. Sans peur de se tromper, vous conviendrez monsieur le ministre que c’est enrichissant pour la société d’investir dans la formation universitaire de nos jeunes.

Un autre passage de Wikipédia me faire réagir. On pourrait inclure  à la liste le système de prêts que le Gouvernement Charest est prêt à bonifier… qui rapporta à qui?

La hausse des droits de scolarité et des taux d’endettement suscitent également la crainte d’une « crise nationale », d’une « bulle spéculative » uniquement profitable aux institutions bancaires assurant la gestion des prêts gouvernementaux.

Je suis aussi touchée par ces professeurs de l’Université McGill qui s’adressent à leur administration, ainsi qu’à leurs collègues et étudiants, et qui défendent non seulement le point de vue des étudiants, mais surtout le type d’apprentissage qu’ils sont en train de faire.

Those who are protesting fee increases and other policies that contribute to making education inaccessible are actually among our finest: their critical analyses and mutual support are what many of us hope our students will get from their time at McGill. They warrant respect for what they are learning and how they are putting their education into practice, not retributions for their peaceful assembly and the expression of their views.

Dans le même ordre d’idée, un témoignage similaire de la part des étudiants qui ont fondé L’école de la Montagne rouge, des étudiants en design graphique qui ont mis leurs savoirs et leurs compétences au service de la cause étudiante. Nathalie Petrowsky rapportait ainsi leur propos:

Tous sont unanimes: ils n’ont jamais travaillé aussi fort ni appris autant sur l’art et la vie qu’au cours des 82 derniers jours.

«On a énormément évolué depuis le premier jours de la grève. On est plus politisés, plus solidaires, notre interrogation s’est élargie et porte aujourd’hui sur l’université même», affirme Valérie.

Les gens de l’École de la Montagne rouge sont prêts à perdre leur trimestre. «Ça fait longtemps qu’on a mis une croix là-dessus, disent-ils en choeur. Prendre un trimestre, ce n’est rien, surtout quand l’avenir de plusieurs générations est en jeu.»

Il est aussi intéressant de voir ce qu’on en dit, comment on interprète la grève étudiante de l’extérieur. Bon d’accord, je ne vais pas aller chercher les articles de Tasha Khereiddin du National Post, probablement plus à droite qu’Harper… mais sûrement plus éduquée que Sarah Pailin. Quelques échos des quotidiens Le Monde et The Guardian.

Les étudiants grévistes estiment qu’il en va de l’accessibilité de base aux études supérieures, alors que Québec avance que les droits universitaires, qui passeraient de 2 200 dollars (1 700 euros) par an à près de 4 000 dollars en 2019, resteront largement inférieurs à la moyenne canadienne. En Ontario, ils sont déjà trois fois plus élevés.

RÉSONANCE POLITIQUE

Les organisations étudiantes défendent malgré tout le système québécois actuel, considéré comme l’un des plus progressistes d’Amérique du Nord pour l’accessibilité aux études. La hausse prévue écarterait, selon elles, des milliers de jeunes de l’université.

Si Le Monde rapporte les revendications étudiantes par rapport à la hausse des frais de scolarité et les compare à ceux, plus élevés, de l’Ontario, sans rappeler qu’ils sont plus bas en France, The Guardian n’hésite pas à situer les revendications étudiantes dans le mouvement plus général de critique du modèle néolibéral:

If students have brought the spirit of global unrest to Quebec, what the government fears most is that they may now spread it permanently to wider society. Students are deepening ties with laid-off and locked-out workers across the province. They have joined civic groups in criticizing a multibillion-dollar scheme to open up indigenous peoples’ lands in Quebec’s north to a frenzy of mining, oil and forestry operations, which the premier has shopped to investors in London, Tokyo and Rio De Janeiro. And the movement gave an electrifying jolt to an Earth Day mobilization on 22 April, helping to bring nearly 300,000 onto the streets. It is hardly a coincidence that, the same day, the Quebec government agreed finally to negotiations.

En terminant, parce qu’on ne peut conclure et qu’il n’y a pas encore de conclusion à l’horizon, Bande à part ce soir proposait un survol de la créativité artistique stimulée par la grève étudiante. Mon vote est allée à L’École de la Montagne rouge. Une mention spéciale au Flash-Mob – Les fleurs du mal de la Boîte rouge, qui reprend un graffiti de Banksy. J’ai quand même bien ri de l’humour féroce des uqam memes. Ma préférée.

Quand même, ces étudiants ne sont pas en train de comploter pour obtenir des faveurs personnelles, de gagner plus d’argent que les autres ou pire de profiter de l’exploitation d’autrui. En quoi leur cause est-elle si condamnable? Que veut dire la juste part au juste? Est-ce que tout ça ne ferait pas un peu oublier la commission Charbonneau?

Pour reprendre un extrait de la chanson retenu pour le Lib-Dub Rouge:

On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter.

Serge Fiori

Chanson: Un musicien parmi tant d’autres, 1974

MàJ. 17 mai 2012. Je suis sans voix à l’annonce de la Loi spéciale. En attendant de la retrouver, il y a quand même un très bon résumé des événements depuis «L’étincelle» du 6 décembre 2012 sur le site de Radio-Canada: Le conflit des droits de scolarité en treize tableaux.

Aussi, un portrait de situation des étudiants aux États-Unis dans le New York Times:

For all borrowers, the average debt in 2011 was $23,300, with 10 percent owing more than $54,000 and 3 percent more than $100,000, the Federal Reserve Bank of New York reports.

MàJ. 17 août 2012. L’École de la Montagne Rouge expose actuellement à la galerie Interference Archive de Brooklyn, New York. Jusqu’au 20 septembre 2012.

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2 commentaires pour Ce que j’apprends du mouvement étudiant: le courage de ses convictions

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