La mémoire corporelle

Spectacle de danse en deux parties ce soir dans le cadre de Zone HoMa à la Maison de la culture Maisonneuve. Pour cause de rénovation, nous ne pouvons accéder à l’édifice par l’entrée principale. Des flèches au sol nous guident vers une entrée latérale, par laquelle nous accédons à la salle d’entrée toute décorée pour l’occasion d’accessoires hétéroclites pseudo-estivales rétro-kitch. Nous poursuivons notre conversation, I. et moi, pendant que nous faisons la file et saluons, au passage, des connaissances, amies, collègues de danse de Magnes. D’ailleurs, elle m’avait lancé l’invitation car une de ses amies danse dans la 1re chorégraphie et elle connaît les trois autres interprètes, aussi étudiants à son école, edcmtl pour ne pas la nommer. Quand nous pénétrons dans la salle, quelques chaises en gradins, quelques chaises en parterre autour de quelques tables, et toutes les places sont déjà presque prises. Malheureusement, je suis au parterre avec quelques tables, chaises et personnes devant moi. Je vais assurément perdre les mouvements au sol.

Sur la scène, des téléviseurs. Des images, des paroles, j’attrape quelques bribes, sans trop comprendre. Ça me semble des monologues. Et puis le spectacle commence: Recycled instances (Did you remember to forget me?) du chorégraphe Alexandre Morin, un étudiant de 3e année de l’edcmtl. Notre attention est bien captée par ces téléviseurs. On dirait des interviews télé… Ça me rappelle des vieilles émissions quand j’étais petite et des adultes qui parlaient directement à la caméra. Je ne comprenais pas trop ce qu’ils disaient, mais j’étais hypnotisée. Cette boîte noire évoque, happe, vole des instants et produit des souvenirs mémorables tout à la fois. Quatre danseurs sur scène, deux hommes (Alexandre Morin et Vincent-Nicolas Provencher), deux femmes (Élise Boileau et Béatrice Trudel), se meuvent de façon saccadée, soudaine, furtive. Ils passent par différents états mentaux, sans trop comprendre la source: rêve ou cauchemar, rire ou pleurs, peur ou fascination, lourdeur ou légèreté. Une musique porte leur état ou le provoque, de Murcot, Christopher Bissonnette et M83, indique-t-on dans le programme. On est entraîné dans cet état de recherche… ou cette recherche d’état, de moments furtifs que l’on cherche à saisir, mais qui s’évaporent avant que l’on ait pu le faire. J’ai particulièrement aimé quelques tableaux, le jeu au sol, le mouvement des pieds, des jambes, enfantin, de légèreté, même si bien ancré; cet autre moment d’apesanteur, soutenue par des ballons de baudruche gonflés à l’hélium, d’un homme qui pourtant a l’air bien grave; la dernière scène, plus lumineuse, de la découverte de ces instantanés photographiques, ramenant à la mémoire, à la surface des instants de bonheur, peut-être perdus. Le pari était grand que de mettre en corps cette idée très abstraite, mais non moins fascinante, «de la mémoire, du souvenir»:

Comment l’esprit s’accroche-t-il à certains moments de nos vies qui nous ont profondément marqués, alors que d’autres sont dissipés quelque part dans notre inconscient? Ces souvenirs nous ont-ils quittés pour de bon, ou sont-ils ancrés dans nos corps?

Mot du chorégraphe dans le programme

Deuxième partie, un autre ton, mais même filiation. On sait jamais deux des chorégraphes et interprètes Emmalie Ruest et Karenne Gravel, de récentes finissantes du programme de danse de l’UQAM (2011). L’univers télévisuel est ici aussi présent, mais sous forme de références à la culture pop visuelle et sonore. Le thème du souvenir n’est pas très loin non plus puisque les référents musicaux, esthétiques datent d’une autre époque. Le ton par contre est différent: ludique, mais totalement, qu’on comprend dès l’entrée en scène des deux cascadeuses-espionnes arrivant à la plage, à la leçon de yoga ou encore au cours d’aérobie. Robes à froufrou et airs désabusés. La musique, de Nicolas Des Alliers et Fight Club, est presque un troisième personnage. On passe ensuite à la leçon d’arts martiaux, non sans avoir trouvé, dans une boîte de litière à chat (vide) les accessoires d’occasion (mais vraiment d’occasion!). Viennent les épreuves en tout genre: portion massive de bonbons pétillants, quartiers de citrons croqués ou appliqués et léchés un peu partout sur le corps, etc., en chemise de travail (boîte no 2). Dans la boîte no3, on trouve de beaux suits moulants bleu marin, idéal pour une séance sur la piste de danse du bar du coin: surgissent des mouvements de danse des années 1980 ou 1990, les plus originaux les uns que les autres (du moins l’étaient-ils dans le temps). Et toujours cette mine blasée. On aura eu droit, avant la finale, à une séance de catwalk ou alors de superman, selon votre imagination ou vos souvenirs. La culture pop passée à la moulinette à notre plus grand plaisir. Décidément avec le tandem Ruest-Gravel:

On sait jamais. On sait jamais ce qui peut arriver. On peut se préparer longuement, en s’entraînant, en visualisant, en s’informant. […] N’empêche qu’on sait jamais ce qui va arriver.

Mot des chorégraphes dans le programme

Pour un bref aperçu de l’univers de chacun des chorégraphes:

Zone HoMa en proposant une programmation multidisciplinaire de 30 soirs de création permet non seulement à de jeunes artistes de talents de se faire connaître, il permet surtout à un public de découvrir de nouveaux visages, de nouveaux horizons. Pour seulement 12$, le prix d’un entrée au cinéma, on a un spectacle en salle, avec des interprètes bien en chair, en vivant une expérience avec eux, dans l’ici et maintenant. Chaque soir, un spectacle différent (lecture, danse, théâtre, musique). Profitez-en! Jusqu’au 24 août 2012.

Publicités

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
Cet article, publié dans Danse, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s