La bouffe à New York

Jusqu’en 1800, dix à quinze millions d’esclaves ont été transportés aux Amériques, sans doute le tiers seulement des individus capturés en Afrique. On estime qu’environ cinquante millions d’Africains furent les victimes – mortes ou vivantes – de l’esclavage pendant ces quelques siècles que nous considérons comme les origines de notre civilisation occidentale moderne – cette civilisation dominée par les planteurs et les négriers de l’ouest de l’Europe et d’Amérique, régions prétendument plus avancées du globe. […] En fait, l’essor de l’esclavage accompagne celui du système des plantations. […] À New York, en 1741, on comptait dix mille Blancs et deux mille esclaves noirs.
Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis: de 1492 à nos jours, p. 38, 41 et 47
  • Pots in the oven. Quand je suis arrivée chez ma logeuse, elle m’a fait faire le tour des pièces et en arrivant dans la cuisine, elle me disait qu’elle ne cuisinait presque jamais. En effet, le frigo est pratiquement vide et son four, occupé par des poêles. C’est ce dernier détail qui m’en a convaincue. Plus tard, en lisant TONY (Time Out New York, le surnom n’est pas de moi, mais de la revue elle-même), ça semble être un trait particulier des New Yorkais d’utiliser ainsi leur four. Je comprends, la bouffe est toujours à portée de main ici, la meilleure comme la pire, la locale comme l’internationale!
  • Samedi, l’idée de départ est d’aller à l’Union Square Greenmarket. En fait, je croyais qu’il se tenait seulement le samedi, mais en lisant davantage, j’ai appris qu’il se tient les lundi, mercredi, vendredi et samedi. Plusieurs producteurs régionaux s’y donnent rendez-vous et y vendent toutes sortes de produits, principalement des légumes (oh, quelles variétés de tomates j’ai vues!), aussi des fruits (actuellement des pommes, mais aussi des raisins, des poires, des pêches et des melons), de la viande, du poisson, des fromages, de la boulangerie et des pâtisseries, etc. Certains biologiques, d’autres sans mention, mais ça ne veut pas nécessairement dire qu’ils ne le sont pas, juste qu’ils n’ont peut-être pas fait toutes les démarches pour obtenir l’accréditation souvent chère et longue à remplir (du moins pour ce que j’en sais au Québec). Le marché est situé dans la partie nord du parc.
  • En m’y rendant, j’ai traversé le Madison Square Park. Des familles y pique-niquaient et il y avait une longue queue au Shake Shack, angle sud est. J’y ai passé rapidement et, malgré la recommandation du Lonely Planet (qui m’a bien guidée jusqu’à maintenant), je n’ai rien vu de quoi revenir. Le hamburger semble ok, les frites, bof. Il y a, dans ce parc, des concerts de musique le samedi à 15h (partie sud) et, la semaine prochaine, une Free University Week (18 au 22 septembre). À retenir!
  • La visite du Greenmarket m’a bien donné faim et j’avais deux options (recommandées par le Lonely Planet) en fonction de la file d’attente, l’une proche et l’autre un peu plus loin. Il s’est avéré que la file au Dos Toros, petit comptoir de cuisine mexicaine, vous l’aurez devinez, était très raisonnable. J’ai opté pour une quesadilla carnitos (porc effiloché). Good choice, m’a dit la commis. En effet, quel délice! La tortilla a été grillée sous mes yeux, une grosse portion de viande y a été déposée et ensuite les condiments désirés (j’ai pris tout: tomates, guacamole et sauce faite maison avec des habaneros, super piquante, m’a-t-on précisé, et, croyez-moi, elle l’était). J’ai trouvé une table juste au moment où j’en cherchais une! 8$. Sur 4th st. juste au sud d’Union Square.
  • De là, j’avais bien le goût de marcher dans le quartier sans but particulier. J’ai pris 14th vers l’ouest. Le long du parc, côté ouest, on y trouve de nombreux vendeurs de bouffe de rue. Selon le Lonely Planet, la zone entre Madison Square Park et Union Square Park est l’une des plus réputées pour les cantines de rue. De plus, aujourd’hui (samedi) c’est le 8e Vendy Awards et les 25 finalistes sont regroupés @ Governers Island (sud de Manhattan) pour l’occasion. Visitez la page des finalistes pour un aperçu de la diversité et de la qualité de la nourriture offerte.
  • J’aperçois une épicerie Garden of Eden qui offre un menu pour les deux congés religieux qui arrivent (lundi et mardi): Rosh Hashanah et Yom Kippur. Je ne connais rien aux traditions juives, sauf une fois, j’ai été invitée par un collègue d’Ottawa pour Hanoukka.
  • Après une courte déambulation, j’avais aussi comme projet de poursuivre ma lecture d’Une histoire populaire des États-Unis en prenant un café. J’hésitais entre le parc et un resto; il fait encore un beau soleil, mais c’est un peu venteux et j’ai été trop optimiste en partant sans veste. À quelques rues de là, je vois une jolie terrasse sur 6th avenue Gustorganics. J’opte plutôt pour l’intérieur pensant que ce serait moins bruyant. Je commande un latte qui est correct (décidément le premier que j’ai pris s’avère le meilleur so far, même celui au Balthazar ne l’a pas battu). La salle à manger est très grande, mais l’heure du brunch est passée donc c’est plus tranquille. Un groupe de Français est là et aujourd’hui, j’ai entendu pour la 1re fois (deux fois plutôt qu’une) l’accent québécois dans la rue. Parlant de langues, ici, on les entend toutes! J’ai terminé le chapitre 2 Vers la ségrégation raciale (voir exergue) et j’ai repris la route.
  • J’ai hésité un moment en me disant que j’allais peut-être aller faire un tour sur le High Line, mais pour ce faire, je devais avoir une petite veste puisque ça peut être encore plus venteux là-haut. J’ai donc fait quelques boutiques des alentours à la recherche d’une petite veste: il n’en manque pas sur 5th et 6th. Urban Outfitters, Anthropologie, Joe Fresh, Banana Republic, J Crew, etc. Encore ici, le bruit est bien présent. Bof, finalement, je vais m’endurer comme ça et j’irai au High Line une autre fois.
  • Je voulais repasser par le marché pour y faire des emplettes de fruits avant de retourner à la maison: j’ai acheté deux énormes pêches et quatre petites poires asiatiques. Il y avait encore beaucoup de monde, mais les vendeurs commençaient à plier bagages. En remontant, je suis tombée vraiment par hasard sur cette fromagerie dont je cherchais le nom ces derniers jours car j’avais vu un documentaire sur La guerre des fromages qui puent à La semaine verte: Beecher’s (Broadway et 20th). Je la retrouve par hasard! Et ça m’arrive tellement souvent en voyage. J’ai regardé la fabrication du fromage, j’ai dégusté un merveilleux fromage vieilli et je me suis informée au sujet du menu du resto au sous-sol, Cellar, ouvert le soir seulement.
  • Toujours sur le chemin du retour, je suis arrêtée à Eataly près de Madison Square Park. Le spot dont tout le monde parle actuellement. J’avais surtout retenu l’endroit pour la terrasse sur le toit, Birreria, mais en lisant les critiques très mitigées (surtout pour le service), je ne suis plus certaine de vouloir y aller. On verra. Cet endroit est énorme. C’est un dédale d’épiceries en tous genres, mêlé à des bars à vins et des restaurants. Les gens se promènent avec leur coupe de vin dans les allées d’épicerie. C’est fou! Les tables sont remplies et il n’est que 17h30! On y offre aussi toutes sortes de classe sur la cuisine italienne à la Scuola di Eataly.
  • Ma bonne conscience, mais aussi mon besoin d’un peu de tranquillité, me fait opter pour une petite course à Central Park. J’y arrive à 19h et l’endroit est encore bien occupé. J’y aperçois d’ailleurs plusieurs photographes installés côté est. Ils attendent le coucher du soleil. Je verrai le ciel passé du tendre bleu au rose subtil puis intense et finalement au noir illuminé des petits points scintillants des grattes-ciel. C’est mon 2e coucher de soleil à Manhattan en deux jours! Je dois dire que celui-là, autour du réservoir, a des effets très calmants et ressourçants.

  • Je termine la soirée en allant au cinéma. J’ai déniché le Quad Theater qui présente autres choses que les habituels blockbusters. Je sens que je vais y retourner. Je refais donc la route vers Union Square, plus précisément 13th, entre 5th et 6th av. Le film projeté est Entre les Bras (Step up to the plate). C’est une sorte de version française de Jiro Dreams of sushi, puisqu’il est question d’un grand chef, ici Michel Bras, qui prend – doucement – sa retraite et qui passe donc le flambeau à son fils, Séba. Contrairement au film japonais, le point de vue privilégié ici est plutôt celui du fils, de l’héritier. La réalisation n’est pas la meilleure, mais le film vaut bien le détour, pour sa scène d’introduction, l’élaboration d’une salade incroyable composée d’une seule feuille de ci et de ça; pour suivre le fils en train d’élaborer un nouveau plat voulant regrouper ses influences familiales: pain du papa, tartine de gelée de mûres et fromage Laguiole de la maman, et tartine de peau de lait et chocolat de la mémé. On y voit une première version française, puis une version japonaise (puisqu’ils y ont aussi un restaurant là). Une histoire comme les Étasuniens les aime, puisque le père, Michel Bras est parti de rien et est maintenant l’un des plus grands chefs français.

 

  • Je remonte vers chez moi par Park avenue pour faire différent. J’y croise plusieurs restaurants encore ouverts à cette heure tardive (après 23h) et plusieurs clients y mangent encore. D’ailleurs, juste en face du cinéma, il y a un restaurant italien Da Andrea qui est encore ouvert à ma sortie et j’ai lu pâtes fraîches et aubergines sur le menu; ça ne m’en prend pas plus pour vouloir y aller une prochaine fois, avant ou après un visionnement.

Ainsi, samedi, j’ai fait presque un tour du monde gastronomique en quelques heures et en arpentant quelques km seulement. Vive NY!

MàJ. 29 décembre 2012. Le film Entre les Bras (Step up to the plate) est actuellement à l’affiche au Cinéma Excentris. Jusqu’au 3 janvier 2013.

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