Comment je suis devenue new yorkaise…

À ecm et co, en souvenir des tapas à  Salobrena et au rêve d’être à Barcelone pour la première de la projection sur la Sagrada Familia

C’est simple, je ne cuisine plus. Voilà comment je suis devenue new yorkaise. C’est un peu prétentieux d’affirmer que je le suis devenue après seulement 10 jours de séjour. Mais quand même, je note un grand changement dans ma routine alimentaire habituelle. Outre mes deux toasts au beurre de pinotte matinales et mon café espresso, rien ne va plus! Je mange à l’extérieur, midi et soir. Une grande étape dans ma vie a même été franchie depuis mon arrivée. Je sors souper au restaurant seule le soir. Le midi, ça allait toujours. C’est moins gênant. Un, ça prend moins de temps. Deux, tout le monde est un peu dans la même situation, surtout ici, et trois, si tu travailles en mangeant, ça passe toujours. Le soir dans un restaurant le moindrement chic, ça ne marche pas.

J’ai commencé tout doucement, comme si j’apprenais à nager sans ma bouée de sauvetage. Dans des restaurants moins fancy, où l’éclairage ressemble à celui d’un salon de bronzage, où lire un livre passe toujours et est toujours possible grâce à l’éclairage au néon. Jeudi soir, par exemple, je suis allée au restaurant Curry in a hurry, Lexington Avenue @ 28th st. Pas très loin de chez moi donc. Une belle petite marche qui me donne l’impression que je «sors en ville» (sic), mais pas trop loin parce que je suis crevée, la journée a été longue et la réunion a duré jusqu’à 19h30. Donc, je serai pas trop tard dans mon lit! Oh la vieille fille! New yorkaise qu’elle disait être devenue, han? Pffffff!

Ce n’était pas très gênant de sortir mon livre, seule à ma table, avec vue, de l’étage, sur l’activité de la rue. En plus, ça tenait l’entreprenant serveur indien à bonne distance. J’ai commandé une combination plate: lamb curry et plat de légumes (aubergines et pommes de terre). Inclus dans la «combination», riz basmati et pain naan. Évidemment, je n’ai pu avalé que la moitié et j’ai demandé de rapporter le reste. No problem m’am! Je tardais à partir, je voulais terminer mon chapitre. Le serveur m’a donc apporté un dessert: du riz au lait de coco épicé. C’est bien de sortir de la maison, même si au bout du compte la bouffe est moyenne… Je vais essayer de trouver un bon resto indien d’ici la fin de mon séjour, mais la remarque vaut, ici, pour n’importe quel restaurant dans le monde, je suppose!

Vendredi soir, c’est une tout autre histoire. Je me suis fouettée pour ne pas faire une sieste en rentrant à la maison. J’ai vite regardé ce qui jouait au Quad theater, là où je suis allée la semaine passée voir le film Entre les Bras (Step up to the table). À l’affiche, il y a un intéressant documentaire dont j’avais vu la bande-annonce la semaine passée: Electoral Dysfonction. J’avais une compréhension approximative du système électoral étasunien. Après le film, je le trouve encore plus compliqué (et illogique et dysfonctionnel) que je croyais.

Electoral Dysfunction Trailer from Electoral Dysfunction on Vimeo.

Le film a un parti pris, on le comprend dès le début, mais il reste que la situation qui est dépeinte est alarmante, voire décourageante. Le droit de vote de tous n’est pas encore acquis dans le «paradis de la démocratie» (sic) de l’Oncle Sam. Ça ne peut pas faire plus écho au livre que je suis en train de lire, et notamment le chapitre que je viens de terminer.

À cette époque [autour de 1750-1760], 10% des contribuables de Boston détenaient 66% des actifs imposables de la ville alors que 30% de la population imposée n’avait en fait aucun bien imposable. Ceux qui ne possédaient rien ne pouvaient pas voter et, comme les Noirs, les femmes et les Indiens, n’avaient pas non plus le droit de participer aux assemblées municipales. Parmi eux, les marins, les ouvriers à la journée, les apprentis et les serviteurs sous contrat. […]

certains Américains restaient clairement exclus de cette communion autour d’intérêts partagés que la Déclaration d’indépendance prétendait formaliser. On n’y évoquait nulle part les Indiens, les esclaves noirs ni, pour finir, les femmes. […]

Déclarer que «tous les hommes naissent égaux» n’était probablement pas une façon de porter un jugement explicite sur les femmes en tant que telles. Plus prosaïquement, elles ne paraissaient pas dignes d’être mentionnées. Elles étaient, en fait, politiquement invisibles. Bien que la simple nécessité leur conférât une certaine autorité dans la conduite du ménage, de l’exploitation agricole ou dans leurs fonctions de sages-femmes, elles étaient purement et simplement exclues dès lors qu’il s’agissait de droits politiques ou d’égalité civique.

Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, p. 81, 89-90.

Voter: privilège ou droit? Si c’est un privilège, quels citoyens l’obtiennent? Les hommes, les riches, les femmes, les pauvres, les jeunes, les propriétaires, les employeurs, les chômeurs, etc. Vous voyez où ça nous mène? Le droit de vote n’est pas inscrit dans la fameuse constitution des États-Unis et on apprend que les Pères fondateurs ne voulaient pas trancher la question, alors ils ont laissé le soin à chaque état, sinon à chaque circonscription d’en décider. En découlent plus de 13000 façons légèrement différentes de fonctionner pour les élections dans chaque juridiction. Le film s’attarde plus longuement sur l’état d’Indiana, un swing state, où se décident dans les faits les résultats des élections, puisque dans la majorité des autres états, on vote de façon constante pour le même parti, ce sont les états acquis, bleus ou rouges. C’est dans les swing states que le vote change d’une élection à l’autre et qui, finalement, décide de l’élection du président. Or, on apprend également que monsieur-madame-tout-le-monde ne vote pas vraiment pour le président, mais pour élire le collège électoral, the electors (appelés grands électeurs en français). Ce sont leur vote qui vont déterminer qui sera élu président. Bref, les citoyens ne votent pas pour le président, mais pour un elector qui va voter pour le président (évidemment, ils ne connaissent pas directement cet elector; on nous en présente deux qui n’ont rien fait de particulier pour le devenir ou le rester). Il y a aussi une scène assez comique où l’intervieweur, Mo Rocca, vêtu d’un courant sweater de collège étasunien à l’effigie de l’Electoral College (comme s’il s’agissait de Brooklyn College) demande aux passants où il peut le trouver. Personne ne le sait (et ne comprend vraiment sa question); mais franchement, je comprends: c’est à n’y rien comprendre! Et it’s not fair!, comme l’exprime un des élèves du primaire à qui ont fait la démonstration du système électoral étasunien.

À un certain point, on nous montre le bulletin de vote d’un des voting districts de l’Indiana. C’est à en perdre son latin: il a deux pages et pour indiquer son choix de vote, il faut lire une consigne incompréhensible. D’où le fameux débat sur les bulletins rejetés (qui se rappelle de la Floride en 2000?), sans parler des autres exigences relatives à la présentation d’une pièce d’identité avec photo et de la constitution de la liste électorale qui n’est pas prise en charge par le gouvernement fédéral, un vrai nightmare! On y fait un clin d’oeil à la simplicité de notre bulletin de vote au Canada, qui prend l’allure d’une tâche pouvant être accomplie par un enfant de la maternelle, comparativement à certains voting districts des États-Unis, notamment celui de Jennings en Indiana, que même un postdoctorant aurait de la difficulté à comprendre.

C’est sans parler de la bataille d’un des personnages principaux du film, Mike Marshall, pour le droit de vote de tous (mais surtout de ceux qui sont habituellement éliminés par les différentes contraintes et exigences érigées par les Républicains, donc pro Democrats), notamment dans Jennings County. Bref, je n’ai pas tout compris du film, c’est-à-dire du système électoral étasunien, mais pour ce que j’en ai compris, c’est vraiment frustrant et not fair!

Me voilà à la sortie du film, autour de Union Square, avec la vibe de NY: des hip hoppers, des Hare Krishnas, des Occupy, des jeunes universitaires, des touristes, des filles bien sapées… Il y a de l’ambiance et j’ai faim. J’ai deux ou trois idées, mais je me laisse pousser par… je ne sais pas quoi, les hasards de la vie encore. Je me trompe deux fois de chemin pour remonter vers chez moi où j’ai vu, en venant, deux ou trois restos intéressants. Je prends une rue transversale où je tombe sur Pipa, une petite terrasse d’un bar à tapas… tapas dont il a justement été question aujourd’hui avec des collègues. Je fais ni une ni deux, je ne pense pas et j’entre. Il y a une liste d’attente de 45 minutes pour une table, mais bien évidemment, je lorgne le bar où je peux m’installer immédiatement pour boire et manger. Isn’t unbelievable?

C’est exactement l’endroit où tout le monde vient le vendredi soir entre amis ou en couple pour prendre un verre après la semaine de travail. Le bar est éclairé à la chandelle, alors il est hors de question que je puisse lire quoi que ce soit. À ma gauche, deux filles qui placotent, à ma droite, un couple qui se bécote. Le serveur est sympathique mais avec le volume de la musique, c’est impossible d’engager une conversation. Un peu plus tard, une fille et un gars se tiennent juste derrière moi et la voix nasillade à la new yorkaise de la fille arrive directement dans le creux de mon tympan. Qu’est-ce que je fais pour me donner un peu de contenance et ne pas me sentir trop looser, seule à ma place? Je sors mon iPad et je commence à écrire ce billet! Héhé!

Je commande un verre de vin rouge espagnol pendant que je choisis les tapas. J’opte finalement pour des épinards, figues et pignons de pin et des calmars frits au paprika fumé. Le dernier est vraiment trop salé et huileux, le premier est correct, mais sans plus puisque ce sont des figues séchées et non fraîches, malgré qu’on en trouve à cette époque de l’année. Le vin rouge ne va pas du tout avec ce que j’ai choisi, mais c’est ma faute. On est à New York, alors la climatisation est encore un peu dans le piton et les nombreux chandeliers qui pendent du plafond sont tous à vendre! Est-ce que j’ai passé une mauvaise soirée? Absolument pas! Pendant mon paisible retour à pied vers la maison à minuit, j’ai pu constater la rareté des taxis libres à cette heure, chaque groupe de personnes rivalisant pour attirer l’attention d’un potentiel taxi.

Une chance, jusqu’à maintenant, j’ai relativement gardé la forme! Mercredi passé, un peu pressée (je deviens new yorkaise, je vous le dis!), je suis allée faire une brève course à Central Park. Au lieu de faire deux tours du réservoir, je n’en ai fait qu’un et j’ai traversé le parc pour revenir à la maison. Central Park, au sud de la 85th st., est aussi beau qu’autour du réservoir, peut-être plus: great lawn, summit rock, turtle pond, conservatory water… Les nombreuses allées sont magnifiquement ombragées d’arbres de toutes sortes d’essence, on y croise toutes sortes de gens et toutes sortes de points d’intérêt. Plus on arrive au sud, plus cela s’adresse aux familles, sinon aux touristes (zoo, etc.). Arrivée sur 5th avenue à l’heure du midi, c’était noir de monde et j’ai tout juste eu le temps de prendre une douche et de ramasser un panini au roastbeef chez Oxford Cafe au coin de ma rue avant de prendre le train pour Brooklyn. Non seulement je ne cuisine plus, mais j’ai appris à manger vite et on the go.

Ah! New York, where everything needs to be fast!

MàJ 22 septembre 2012. Dans le TONY de cette semaine, p. 34, on trouve un Election Day Guide; on répond à quelques questions, dont l’éligibilité, l’enregistrement à la liste de vote, le vote par anticipation, les pièces d’identification à apporter pour voter au bureau de vote.

MàJ 23 septembre 2012. Et je déduis que j’ai l’air new yorkaise parce que tous les types qui sollicitent les touristes ne m’abordent absolument pas. Yé!

A propos Curieuse d'idées

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5 commentaires pour Comment je suis devenue new yorkaise…

  1. Sandrine Jolie dit :

    Ben on ne peut qu’aimer la grosse pomme. La ville est bourré de gens supers et pas ces imbéciles que vous rencontrez dans tout les coins des Etats-Unis. Ce sont des gens avancés. Quelques New-Yorkers sont venus dans ce restaurant sushi québec et vous voyez d’un coup qu’ils étaient des gens civilisés. Moi j’adore cette ville.

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