Noise City: soirée stillspotting ( ) nyc finale

My first impression of NY is its noise.
David van der Leer, conservateur assistant, Architecture and Urban studies, Guggenheim Museum.
NY abores void, there is no room for void, for silence. Silence equals malfonction, tragedy, death. The biggest silence I have ever heard was in a bar while watching on tv twin towers falling.
Charles Renfro, architecte.

J’ai mentionné à quelques reprises à quel point le bruit à New York est un des aspects les plus négatifs de mon séjour ici (il faut bien en trouver!). Il faut dire que je reste et travaille à Midtown, grandes avenues, rues passantes, buildings bruyants, ventilations, constructions, klaxons, sirènes, etc. Je sais, et on m’a dit, que si je restais dans un autre quartier je n’aurais pas le même sentiment. En effet, quand j’ai visité Williamsburg (j’en parlerai dans un prochain billet), le calme que j’ai ressenti!, tout en observant quand même beaucoup d’activités. J’avais l’impression que j’avais une obsession démesurée à l’égard du bruit… jusqu’à ce que je tombe sur une soirée dont le bruit, ou plutôt le désir de trouver un espace/temps calme (stillness) à New York, était le sujet central, traité par différents professionnels, de différents points de vue. En plein ce que j’aime, puisque j’aime tout, trop, tant de disciplines différentes. Ça me fait penser au livre de Sophie Calle, Prenez soin de vous, une lettre de rupture amoureuse analysée de différents points de vue professionnels: comptable, droit, linguistique, clownistique (!), etc. Passionnant!

Les soirées stillspotting (    ) nyc, et les activités reliées dans les cinq boroughs de New York, sont organisées par le Guggenheim Museum et plus particulièrement par David van der Leer du département d’architecture et d’urbanisme.  Pendant un an, des endroits calmes ont été identifiés, créés ou transformés par des collaborateurs de tous horizons, et des activités extérieures ont eu lieu avec le public.  La finale, co-organisée avec Lawrence Kumpf et Andy Battaglia de l’organisme Unsound, s’est tenue au Peter B. Lewis Theater du Guggenheim mardi soir 9 octobre.

À cette seule soirée, j’ai été accueillie (pas personnellement, mais comme tous les spectateurs) par une ambiance sonore créée par l’artiste Sergei Tcherepnin, J’ai ensuite entendu une historienne qui se spécialise dans l’histoire du bruit, Emily Thompson, so interesting. On peut découvrir ici le site Roaring ‘Twenties, qui recense tous les types de bruit qui apparaissent à NY à partir des années 1920.  J’ai vu ensuite une vidéo de Robyn Gershon, médecin spécialiste et chercheure dans les problèmes d’audition. Elle a indiqué la différence entre «nuisance» qui a un effet sur la qualité de la vie et «noise» qui a un effet durable sur la santé auditive. De plus, elle a tout de même souligné que le «son» d’une ville, c’est ce qui la rend vibrante. David Suisman, un historien a présenté un collage d’entrevues et d’extraits de disques réalisés par Tony Schwartz, un ethnologue du son, en quelque sorte, qui a commencé à enregistrer tous les sons de New York. Il a, par exemple, interviewé les chauffeurs de taxi pendant leur travail, enregistré les bruits de métro et les jeux d’enfants dans la rue. Fascinating! Nous avons eu ensuite un genre de «table ronde» sur la «professionnalisation du calme» traitée par trois personnes, Janette Sadik-Kahn du DOT (Department of Transportation) de New York, Eric Zwerling, professeur et consultant en bruit, notamment auprès de la police, et Sarah Williams, directrice du Civic Data Design Project au MIT. Sadik-Kahn a indiqué que le maire Bloomberg (2002 à ce jour) a voulu que tous les citoyens de New York, dans chaque borough, puisse avoir au moins a 10-minute walk of quality dans leur journée, dans cette ville où le but premier a été, traditionnellement, que les voitures puissent se déplacer aussi vite que possible. En 2008, un projet a été un turning point, pour (re)faire de la rue our frontyard: Madison Square Park, plus précisément Worth Square situé juste en face et où se trouve maintenant Eats Madison Square Park, dont j’ai déjà parlé ici. Depuis ce temps, ils «reprogramment» leurs rues on human level. D’autres exemples? 6 1/2 avenue, que j’étais l’une des seules dans la salle à avoir déjà empruntée, et d’autres espaces aménagés dans les rues, tels que sur Broadway, par exemple. I love it! Une exploration du site du DOT permet de constater l’ampleur des interventions, sans parler du budget de 2 milliards $ pour les réaliser! Eric Zwerling agit à titre de consultant auprès de la police pour la former à traiter les plaintes relatives au bruit et à utiliser les «bons codes», tels que «performance», «nuisance» ou «plainly audible». Sarah Williams du MIT a développé une Noise Map de NYC, à partir des plaintes des résidents de New York. Elle adopte une approche narrative, descriptive en regroupant ces plaintes par région géographique. On a ensuite entendu un enregistrement de l’artiste du son et chercheure en acoustique, Jana Winderen (Norvège) qui a créé Water Signal, un collage sonore d’enregistrements de l’eau dans différents endroits de New York.  Robert A. F. Thurman, professeur à la Columbia University et directeur de la Chair in Indo-Tibetan Buddhist Studies, a apporté la distinction entre le silence – external stillness – et le silence – internal stillness. Il a évoqué le concept de mindfullness, dont j’entends parler par l’équipe avec qui je travaille à NY depuis mon arrivée. Ça semble être le concept à la mode, avec la philosophie/religion bouddhiste. Est-ce à voir avec le fait qu’ils ont dû apprendre à composer avec le drame de 9/11? Comment ne pas se laisser envahir par la continuelle anticipation d’événements catastrophiques? Citant je ne sais plus qui, sur cette idée qu’on passe une bonne partie de sa vie à anticiper le pire: The worst thing in my life never happened. Ainsi, il cherche réponse à la question: comment parvenir à se trouver un internal portable still spot? Par la méditation, par «baby steps», en référence aux célèbres paroles du personnage de Bill Murray dans What about Bob, qui semble être bien connu de l’auditoire. À titre de pratique, on a fait un court exercice de méditation.

Rendu à cette étape de la soirée, un choix difficile à faire, aller dans La Rotonde pour la réception et la description des 5 projets extérieurs de stillspotting (    ) ou continuer dans l’auditorium à écouter les différents invités. Je suis restée encore un peu, je n’ai pas regretté, puisque l’architecte Charles Renfro a adopté une perspective plus critique par rapport à cette volonté de faire de New York un endroit calme. Il est un des partenaires de la firme d’architectes Diller Scofidio+ Renfro, NYC qui a conçu, entre autres, le High Line et a rénové les espaces publics du Lincoln Center. Au sujet de ce dernier, ils ont transformé un paisible lieu public, mais inoccupé en espace ouvert, bruyant… et achalandé! Comme il est indiqué dans le programme de la soirée:

Through humor and intelligence, Renfro has pushed the envelope of architecture to include issues such as voyeurism, gender, and sexuality. Renfro questions the value of silence in the context of New York City, « the city that never sleeps ».

Il a été effectivement drôle et intelligent en redonnant un souffle nouveau à ma réflexion sur le silence dans la ville. Il est toujours intéressant – et nécessaire – d’entendre un point de vue divergent. Je me suis éclipsée à la réception pendant la lecture d’un roman de l’écrivain new yorkais Ben Marcus. Je voulais revenir pour la performance de Jon Mueller, musicien expérimental et virtuose, qui devait produire une pièce over slowly amplified tom-tom sounds that consolidate into a wall of cacophony and reach ecstatic levels of energy and releaseEh ben, je l’ai manqué! Pourtant, quand je suis revenue, les gens dans la salle semblaient plutôt calmes. Ne voyant aucune percussions sur la scène, ça a dû être une présentation virtuelle. Finalement, je suis revenue pendant la lecture de l’historien culturel, poète et consultant en arts publics, Hillel Schwartz, qui m’a semblé relater l’histoire de la chanson Silent Night.

À la réception, il y avait un cocktail, du vin blanc ou rouge et, quand je suis arrivée, quelques noix, olives, fromage et pain. Un lourd plateau de bouchées aux poivrons rouges grillés et fromage de chèvre a aussi été servi plus tard. Les 5 stations de stillspotting (   ) étaient aussi bien occupées. Je suis allée voir celle du Bronx, mais l’événement est à venir: faire l’expérience de mesurer le bruit d’une façon plus créative que par un audiogramme, je suis toujours intriguée. J’ai passé plus de temps à la station de Manhattan qui consistait à écouter au milieu de gros ballons de baudruche blancs To a Great City, une pièce de Arvo Pärt, compositeur d’origine estonienne, que j’avais découvert grâce à Dave St-Pierre qui a utilisé de façon très poignante sa pièce Für Alina dans Un peu de tendresse, bordel de merde.

J’ai passé une incroyable soirée. Si j’ai été médusée par le fait d’acheter un billet de spectacle dans le cadre de Fall for dance qui me donnait accès à quatre compagnies différentes par soir pour seulement 15$, ce soir, j’ai été flybergastée par le fait d’avoir accès à 13 intervenants hautement intéressants, et ce, pour 10$ dans le merveilleux cadre du Guggenheim. J’ai aimé la facture thématique, éclectique et multidisciplinaire de l’événement. J’ai aimé approfondir la problématique du bruit à NY de différentes perspectives, de façon rationnelle et analytique, et de façon artistique et immersive. J’ai aimé le programme de la soirée, sa formule, de nombreuses présentations, mais brèves, pas plus de 20 minutes, souvent appuyées par des éléments visuels ou sonores ou les deux, plusieurs sens étant mis à contribution. L’aspect visuel du programme était aussi en concordance avec la thématique, en reproduisant des ondes sonores et une ligne du temps où chaque intervention étant rapportée sur ces lignes.

Une expérience qui me donne matière à méditer pour longtemps…

En complément: j’avais déjà exploré cette thématique par le biais du projet interactif Écologie sonore produit par l’ONF. «Un documentaire web sur la pollution par le bruit et notre incapacité croissante à soutenir le silence». Tout aussi fascinant… mais virtuel seulement. Pour le moment?

MàJ 6 novembre 2012. Je viens de retrouver un billet que j’avais commencé au sujet du site Écologie sonore. Le voici.

Le projet interactif Écologie sonore dans le site de l’Office national du film explore de toutes les façons le bruit qui enveloppe dorénavant notre environnement, qu’il soit «Ermitage», «Nature», «Banlieue» ou «Ville». Une cartographie fascinante des enjeux que soulève maintenant la présence des bruits dans notre vie (et des outils, machines, humains qui les produisent).

Ça m’a rappelé un film que j’avais loué à la Boîte noire que je n’avais pas pu regarder (ou écouter!) à cause d’une incompatibilité avec mon ordinateur. Il s’agit d’un documentaire sur Gordon Hempton, dit le Soundtracker. Vous pouvez visionner un extrait de ce documentaire ici et de son projet One square inch of silence.

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