Fall for dance: une finale royale

Oh la la, qu’il m’a coûté ce vendredi soir de sortir de la maison. J’ai passé la journée à bosser, bosser, bosser. En plus, il a plu, il fait froid et humide. À chaque année, mon corps peine à s’adapter au changement de température automnal. (C’est ce que je dis toujours aux sceptiques qui pensent qu’il fait trop froid au Canada – et c’est habituellement la remarque que j’ai ici. Ce n’est pas le passage de 0 à -10 degrés que je trouve difficile, mais celui de 10 à 0 degrés.) En plus, je n’ai pas soupé et je vais devoir me presser, parce que je pars à la dernière minute. Anyway, je me fouette et allez hop!, une petite marche sur 5th avenue, puis sur West 55th st jusqu’au City Center! By the way, ça fait longtemps que je voulais vous demander: savez-vous où se fait le partage entre l’est et l’ouest sur Manhattan? Vous l’avez dans le mile: la 5th avenue. Autrement dit, le boulevard St-Laurent est l’équivalent de la 5th avenue (sur ce plan)!

Ce soir, au programme, Shen Wei Dance Arts, LDP-Laboratory Dance Project, Circa et María Pagés Compañía. Je ne connais aucun d’entre eux. La scène est recouverte d’un couvre-sol de teintes grises avec une grille irrégulière. Tiens, ça me met sur une piste de style plus contemporain pour cette dernière représentation. Ce qui aurait son sens, puisque de ce que j’ai compris de cet auditoire jusqu’à maintenant, il est plutôt penché sur les traditions de la danse… Donc, on garde le plus exigeant pour la fin (mais sûrement le plus intéressant, hé hé!).

Shen Wei est un artiste mutidisciplinaire et chorégraphe d’origine chinoise qui vit maintenant à New York. La chorégraphie proposée est Rite of Spring (Le sacre du printemps). Là, je connais plusieurs chorégraphes qui se sont attaqués à cette oeuvre musicale d’Igor Stravinsky, notamment l’ingénieuse Marie Chouinard. Dix-sept fantastiques danseurs sur scène. La musique est très organique, un brin cacophonique pour une oreille néophyte et évoque, comme les mouvements des danseurs (ou grâce à eux), l’éveil de la nature au printemps, puis l’éclosion, l’explosion, le foisonnement. Tout est placé, léché, étudié, travaillé, mais c’est magnifique. La recherche de mouvement est impressionnante. Je ne me lasse pas de regarder du haut de mon balcon. Je plisse les yeux pour essayer d’en apprécier tous les détails. Je peux regarder les danseurs individuellement ou regarder l’ensemble, tout est fascinant (mon mot du jour!). Ça m’a rappelé, un brin, la chorégraphie S’envoler d’Estelle Clarendon, mais plus maîtrisée, plus précise (I. va sûrement sourire ici). Quel délice! Complément vidéo ici.

LDP-Laboratory Dance Project est une compagnie coréenne, dont le chorégraphe et directeur artistique est Chang Ho Shin. Je n’arrive pas à trouver plus d’informations sur Internet. La chorégraphie présentée s’appelle No Comment et on précise dans le programme:

A testosterone-fueled group of male [9 danseurs] prowl the stage in a physically charged, acrobatic dance work that combines contemporary choreography, hip hop and martial arts.

En même temps qu’on est ailleurs complètement par rapport à la chorégraphie précédente, il y a tout de même un lien de parenté par la physicalité et certaines ressemblances dans les mouvements. Par contre, ici, on est dans l’énergie brute de la jeunesse! Les danseurs sont énergiques, ils maîtrisent parfaitement les mouvements d’arts martiaux, voire de hip hop, mais l’effet d’ensemble n’est pas – volontairement – aussi soigné. Un genre de «East» Side Story!

Entracte. Je me demande ce qui vient ensuite, parce que généralement les soirées sont ainsi planifiées que la dernière compagnie est la plus dynamique et celle qui obtient les plus chaleureux applaudissements. Nous sommes déjà rendus là ce soir. On verra! Je me pointe au bar, mon énergie est revenue et je me sens vendredi soir, alors je pense prendre une petite bière. Je constate que les conversations sont enthousiastes. Pendant que j’attends, je vois que certains ont une carton qui leur permet d’obtenir une boisson gratuite… et oups, quelqu’un en échappe un et disparaît trop rapidement pour que je puisse le lui remettre (hum, hum!) sans perdre ma place dans la file d’attente. Alors, je m’offre une petite bière à sa santé! Je me mets un peu en retrait pour observer la foule et j’entrevois certains danseurs de Shen Wei Dance Arts discuter avec d’autres personnes. Je pourrais aller leur dire que je les trouve fantastiques… mais non, je reste là à les observer, mais à leur sourire  et à les remercier intérieurement.

Circa est une compagnie australienne dont le chorégraphe et directeur artistique est Yaron Lifschitz. Le nom de la compagnie l’indique bien, il s’agit d’une troupe de cirque composée de 6 athlètes, mais intégrant des éléments chorégraphiques et dramatiques. Le premier tableau a provoqué des oh et des ah, une femme en talons hauts rouges grimpe sur le dos d’un homme face au sol: une réinterprétation d’un numéro de mains à mains sous l’angle de l’homme objet. Chaque numéro attire les applaudissements et ça me fait sourire de constater à nouveau cette distinction entre danse et cirque, comme je l’avais constaté à mon premier spectacle de Fall for Dance. Le numéro de cerceaux est époustouflant. Complément vidéo ici (en version originale, nous avons eu droit à une version adaptée, écourtée). Encore ici, applaudissements nourris.

María Pagés Compañía est une compagnie (espagnole) de flamenco, comprenant 7 danseurs (incluant la chorégraphe et directrice artistique) et 5 musiciens. Bon, c’est du flamenco, j’ai déjà vu et beaucoup aimé, mais comment ça peut être encore plus soulevant que tout ce qui précède? Sans l’être plus, ça l’est tout autant. María Pagés, qui semble mesurer 2 mètres, est une danseuse d’une extraordinaire intensité et virtuosité. Par dessus tout, elle repousse les limites du flamenco traditionnel et y insère des éléments de danse contemporaine, dans cette chorégraphie, du moins, intitulée Deseo y concenscia (Desire & Conscience). Ses robes sont magnifiques, passant du noir complet au rouge infini à la lourde robe à traine. Fascinante! Tant pis pour ceux qui sont partis pendant les applaudissements, comme je l’ai vu à chaque fois d’un spectacle de flamenco, à la fin la troupe reprend la musique et la danse d’une façon «spontanée», comme s’il s’agissait d’une soirée familiale ou amicale. Tout le monde est conquis! Complément vidéo ici.

Et moi, je souris en repensant à mon état d’esprit avant de partir et en ressentant toute cette énergie, cet émerveillement, cette évasion que j’ai vécu ce soir. Merci la vie! Merci la danse! Merci New York City Center!

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À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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