Un weekend sous le soleil de Brooklyn… en décalage (2e de 2 parties)

Dimanche, rebelote!

Cap sur Williamsburg avec un rendez-vous au Brooklyn Museum vers 15h30 pour faire la visite avec ma logeuse, ce qui me donne quelques heures pour arpenter les rues de Williamsburg. Ayant un peu gelé hier, je pars avec des multi-couches. Erreur, il fait chaud, je crève. Quel malheur!

Premier arrêt: un restaurant pour le brunch. Comme je suis affamée, j’opte pour le premier resto sympa en vue, Juliette sur la 5th street. Ce qui m’y attire? Une charmante terrasse bondée, de grandes fenêtres, je me dis que ça doit être bon si c’est plein! L’avantage d’être seule c’est qu’on attend rarement longtemps! L’intérieur est une jungle de plantes vertes dans une certaine partie. J’avais déjà remarqué de l’extérieur de certains bâtiments à Brooklyn, mais ici de l’intérieur, que le décor est surprenamment riche et ancien. Un bar bien garni, de charmantes petites tables, une banquette, un mélange de bistro français et de pub anglais. Je commande le Juliette’s farmer’s breakfast, avec des oeufs pochés qui s’avèrent trop cuits, la saucisse aussi, trop sèches, les patates trop graisseuses, bref pas le top! Mais le café est correct et l’ambiance sympathique. Ça me permet de ne pas trop m’attarder et d’attaquer… non pas les magasins, mais une nouvelle excursion graffitis – la fille n’aime pas magasiner, je vous dis – vers une ancienne usine de sucre de cane près du pont de Williamsburg où il y aurait, apparemment, plein de graffitis. Direction sud, cette fois-ci.

Je peine à trouver l’usine en question… Sur la route, je vois un autre tournage (ou bien est-ce le même que celui d’hier?), mais les acteurs et figurants sont bien différents. Ça semble être un film de mafia (ou est-ce déjà un documentaire «historique» sur la Commission Charbonneau?!): un groupe d’hommes en complets des années 1970 et des grosses voitures américaines, Ford, Cadillac, Chrysler, stationnées dans la rue. On crie Action! et je dégage. Je ne vois toujours pas d’usine, mais quelques graffitis ici et là en marchant sur la rue Kent. À l’intersection de la 3rd street, je trouve finalement la Domino Sugar Refinery, dont on peut voir des photos de l’intérieur ici. Je n’ai pas pu vraiment photographier, trop huge! Le bâtiment n’est pas vraiment bombardé de graffitis, je croyais en voir partout. Quelques tags au-dessus des toits, à voir ici. Pas trop le temps de m’attarder, j’ai rendez-vous à l’autre bout de Brooklyn et j’ai entendu dire que les connexions de transport en commun dans le quartier ne sont pas fameuses. Je reprends le métro en ayant bien en tête mon itinéraire, mais je me trompe. Plutôt que de reprendre une correspondance sur une autre ligne, j’avais jugé que c’était aussi rapide de marcher à pied. Erreur. La carte que j’avais n’était probablement pas à l’échelle, j’ai eu de mauvaises indications, tout le monde semblait perplexe quand je leur demandais la direction de Prospect Park – qui n’est pourtant pas petit – au nord duquel se trouve le Brooklyn Museum. Même le chauffeur d’autobus n’est pas sûr du chemin à prendre. Il me conseille, aidé par deux gentilles dames, de prendre un autre autobus, presqu’en direction inverse. Je n’y comprends plus rien, mais je me laisse guider. Il y a des fois, en voyage, où on doit lâcher prise et faire confiance. L’expérience n’est pas la destination, mais le parcours. Ohm! Résultat: je me suis bien rendue à destination, mais avec plus d’une heure de retard. Durée du trajet: 1h30. Ma logeuse avait d’abord arpenté la boutique du musée, puis une première exposition. On s’est retrouvé dans la salle d’une autre exposition. Comme il ne me restait qu’une heure trente pour la visite, la dame à la caisse m’a proposé de me concentrer sur une exposition, puis en insistant, elle m’en a indiqué une deuxième à voir absolument. Le Brooklyn Museum est un de ces musées qui a une politique de contribution volontaire, autrement dit, chacun peut payer ce qu’il veut – ou ce qu’il peut; le prix d’entrée est indiqué à titre… indicatif. La dame m’a donc demandé si je voulais payer 12$ (je suppose qu’elle l’a fait parce qu’il ne me restait qu’une heure trente pour faire la visite). J’ai payé le total quand même. J’aborde le tout encore un peu stressée et hagarde, mais je me laisse lentement, mais doucement absorbée par les expositions que je vais voir.

L’exposition My way de Jean-Michel Othoniel est un peu déstabilisante puisqu’il s’agit, essentiellement mais pas uniquement, de grandes pièces de verre soufflé. Cet artiste s’intéresse au matériau qui change d’état, comme le verre et auparavant le souffre. Les pièces sont énormes et colorées. Si le sens des oeuvres m’échappe un peu, leur caractère ludique me séduit la plupart du temps. J’ai bien aimé, entre autres, une oeuvre qui s’intitule Tears (Lagrimas). Ça a évoqué chez moi les concoctions d’apothicaires ou encore des spécimens rares d’un collectionneur amoureux de nature, puisque les pièces de verre multicolores contenues dans de grands bocaux de verre transparent remplis d’eau représentent, par exemple, des étoiles, des soleils, etc. Il a aussi travaillé de gigantesques colliers de perles de verre suspendus, mais ceux qui m’ont le plus touchés ce sont les 1000 petits colliers qu’il a distribués aux participants de l’Euro Pride en mémoire de l’artiste Felix Gonzales-Torres mort de sida l’année précédente. On voit des photos des personnes arborant le collier qu’il leur avait remis. C’est très touchant. Un hymne au don gratuit (sic!) et à la diversité. Coïncidence, à l’exposition de Warhol, il y avait une oeuvre de Gonzales-Torres, lui-même, également très émouvante, à la mémoire d’un ami, mort lui aussi de sida qui pesait 175 pounds à sa mort. L’oeuvre s’appelle Sans titre (Portrait de Ross à Los Angeles), 1991. Dans un coin du musée, un poids équivalent de bonbons emballés dans des papiers métalliques de toutes les couleurs. Les visiteurs sont invités à en prendre un (et un seul) reproduisant ainsi la disparition lente de la substance matérielle de l’être humain. Les bonbons sont par contre renouvelés constamment, telle la présence de Ross à la  mémoire de l’artiste.

La deuxième exposition visitée, Origin of the Universe, est celle de l’artiste étasunienne Mickalene Thomas. L’exposition est bien nommée puisque, à l’instar de Yayoi Kusama, cette artiste crée vraiment tout un univers personnel, inspiré de son enfance, et plus particulièrement des décors intérieurs marqués par la culture afro-américaine des années 1970. Elle utilise, elle aussi, des matériaux particuliers, comme le strass sur de grands supports de bois. Elle réinterprète également des oeuvres de grands maîtres européens, comme par exemple Le déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet, à travers la lunette de la culture afro-américaine, avec un zeste de féminisme. On y note aussi un éloge à sa maman dont le parcours de vie est fascinant et chaotique. Il faut prendre le temps d’apprivoiser l’univers, mais il marque sans conteste l’imaginaire.

Dans les 5 dernières minutes – ils annoncent la fermeture du musée à 17h40, bouhou! – on passe en coup de vent dans la salle de l’exposition The Dinner Party de Judy Chicago 1974-79. Il s’agit d’une tribune à l’histoire des femmes (je n’ai pas trouvé une meilleure expression, mais j’en suis insatisfaite, comme s’il s’agissait d’une histoire parallèle, enfin…). L’artiste a créé:

a massive ceremonial banquet, a triangular table with a total of thirty-nine place settings, each commemorating an important woman from history. The settings consist of embroidered runners, gold chalices and utensils, and china-painted porcelain plates with raised central motifs that are based on vulvar and butterfly forms and rendered in styles appropriate to the individual women being honored. The names of another 999 women are inscribed in gold on the white tile floor below the triangular table.

Comme je consulte actuellement le site Internet pour compléter les informations, je lis aussi que le musée – et ses employés – ont été affectés par la tempête Sandy. Je suis tombée aussi sur une site de photos du Black Out à Manhattan. Hallucinant. Décontenançant.

Retour vers le passé, pour terminer le récit de ce dimanche-là, sec et ensoleillé. Nous sommes allées à un restaurant suggéré par ma logeuse, Friend of a farmer, situé dans Manhattan, plus précisément à Irving Place (juste à l’est de Union Square). Un brin dispendieux, mais pourquoi pas? J’opte pour une côte courte (sic) de boeuf qui s’avère être gargantuesque et savoureuse. Ils ont dû en commencer la cuisson il y a 72 heures… j’exagère à peine! Je l’ai tout mangé, ainsi qu’une bonne portion de pommes de terre en purée très respectable – et sûrement d’un légume vert dont je ne me souviens plus – accompagné d’un bon petit vin rouge! La soirée est encore douce, nous nous attardons un peu à la terrasse du restaurant et rentrons ensuite à pied jusqu’à la maison, question d’aider un peu la  digestion – mais peut-être n’est-ce qu’un mythe?! Enfin, ça ne peut pas faire de mal, comme on dit!

Outre ma mésaventure en transport en commun, ce fut – encore une fois – un mémorable dimanche. Et ce n’est même pas le dernier que j’ai passé à New York.

A propos Curieuse d'idées

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Un commentaire pour Un weekend sous le soleil de Brooklyn… en décalage (2e de 2 parties)

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