Randonnées à proximité de Lorgues (1 de 2)

Je pensais faire vraiment plus de randonnées pendant mon séjour dans le Var. Je me voyais déjà, telle Simone de Beauvoir, prendre mon cabas et aller faire ma randonnée hebdomadaire dans les montagnes environnantes. Eh bien non, ce ne fut pas tout à fait le cas, et pour diverses raisons. Premièrement, la pluie. Novembre, et encore décembre, fut un mois exceptionnel de pluie dans le Var, ce qui est accueilli avec joie et inquiétude par les habitants. Joie, parce que le sol est sec et aride et que la pluie est bienfaitrice pour l’agriculture et les réserves d’eau pour les puits, les sources. Inquiétude aussi, parce que le corollaire étant que toute cette pluie peut facilement faire déborder les «fleuves»*, provoquer des inondations qui érodent le sol et emporter les ponts et provoquer les morts. D’ailleurs, pendant mon séjour, j’ai entendu plusieurs fois parler de l’inondation qui a eu lieu en juin 2010 dans la ville la plus proche de Lorgues, Draguignan, produisant ainsi la crue de la rivière Nartuby, puis celle du fleuve Argens. Je lis qu’elle a entraîné 26 morts et en fait ainsi une des catastrophes civiles les plus importantes en France. En octobre 2012, juste avant mon arrivée, une autre inondation a marqué les gens de la région du Var, à Toulon plus précisément, là où je travaillais avec une équipe, justement. Deux étudiantes ont été emportées dans les canalisations sur le site de l’université. Ainsi, si l’eau vaut de l’or dans le Var, elle emporte aussi des vies.

Donc, une première raison qui a contraint mes randonnées rêvées, c’est la pluie, mais on peut en nommer une ou deux autres: le travail et les moyens de transports limités. En effet, j’étais bien en France pour travailler et non pour voyager (bien que les deux n’étant pas mutuellement exclusifs, évidemment, mais la 1re raison limitant un peu la seconde, cette fois-ci). De plus, j’ai essayé de vivre à Lorgues «comme en ville», c’est-à-dire sans voiture, alors que je nichais au creux d’un bourg et que la région aurait bien mérité que je l’arpente de long en large. Il y a bien un petit service d’autobus à partir de Lorgues vers Draguignan, notamment, et depuis la gare de cette ville, on peut trouver des liaisons de train qui relient toute la France, n’est-ce pas? Oui, oui, je sais, mais bon, voilà.

Et pourtant! À chaque fois que je suis partie pour une heure ou deux de randonnée, j’ai fait une agréable excursion… que je n’aurais peut-être pas faite si j’avais eu une voiture! Un bon compagnon: mon appareil photo, que je troque de plus en plus pour un iPod Touch, depuis que j’ai découvert Instagram. Les photos sont moins nettes, plus limitées, mais l’appareil est beaucoup plus léger, et puis je peux immédiatement y ajouter des commentaires et des effets, ce qui me plaît bien.

IMG_0803La première randonnée que j’ai faite, eh bien, je suis partie de chez moi, j’ai traversé le village de Lorgues pour aller faire le tour de la colline Saint Ferréol juste en face, cette colline que je voyais tous les matins en ouvrant les rideaux de mon salon. Je ne me suis pas mis à utiliser les volets, bien que je trouvais cela très pittoresque quand je voyais, justement lors de mes balades, quelqu’un à l’étage ouvrir les volets de l’intérieur. Je me transportais alors dans un film de Pagnol et j’entendais les cigales chanter… sauf que les cigales, à cette époque de l’année, il n’y en avait pas.

Alors, ma ballade. Dans le petit guide qu’on m’a remis à la Maison du tourisme de Lorgues, Les sentiers de la Dracénie: randonnées pédestres, elle est classée «familiale, balisage jaune, distance 4 kilomètres, dénivelé +220m». On peut ajouter 6 km pour l’aller-retour de chez moi, ça fait une belle randonnée de 10 km.

Une ballade, c’est aussi, une expérience culturelle. D’abord, il faut bien comprendre le vocabulaire local et aussi spécifique à la géographie. Comme je me plais à dire depuis que j’ai commencé à préparer mon séjour en France: on parle la même langue, mais pas avec les mêmes mots! Ainsi, si je sais ce qu’est un rond-point en général, j’ai hésité, arrivée à une intersection pour savoir s’il s’agissait – ou non – d’un rond-point. J’ai interprété que si, et j’ai pris le mauvais embranchement. Je suis revenue sur mes pas et j’ai continué ma route. IMG_0814J’ai alors découvert les 126 «degrés» (marches) qui mènent au haut de la colline et qui constituent, en fait, un chemin de croix des Capucins. Au sommet, on trouve la chapelle Saint Ferréol qui date du 17e siècle, sur un site qui a été occupé depuis le 2e âge de fer. Il y a également eu un camp ligure fortifié et, à la période médiévale, il était appelé «Castrum Calamarzo». La chapelle abrite des reliques de Saint Ferréol, un tribun romain du 3e siècle, réputé pour guérir de la «goutte» et d’accidents d’armes à feu. On peut comprendre l’intérêt de telles faveurs, avec la chasse qui se pratique ici. Notamment les jours de novembre et décembre, j’entendais les coups de feu pour la chasse aux sangliers, mais on devrait peut-être penser envoyer ces reliques aux Étasuniens pour les protéger des «accidents» d’armes à feu ces jours-ci. Enfin. Une autre interprétation langagière que j’ai dû faire: contourner l’ermitage par la gauche et au 1er «S» de la route, continuer tout droit. Qu’est-ce qu’un S? Est-ce que cela inclut les S à l’envers? Autre point de difficulté: je n’ai aucune notion des distances et, en plus, en mètres, ce qui complique les choses. Une indication du genre: après 1500 m prendre tel embranchement peut me mener à peu près n’importe où! Je développerai cette capacité, je suppose. IMG_0807Après avoir hésité, ici et là, je me suis bien retrouvée sur la piste du parcours sportif, qui fait le tour de la colline et qui est ponctuée de stations d’hébertisme qui m’ont fait sourire, bien adaptées pour les «petits» et les «grands» et, parfois, agrémentées de graffitis humoristiques de «randonneurs». Parlant de randonneurs, j’ai croisé un monsieur avec son chien et aussi quelques jeunes adolescents, car on était encore pendant la période des vacances de la Toussaint. Cette journée-là, il faisait un soleil radieux et cette première ballade a été des plus agréables.

IMG_1348La deuxième randonnée, je l’ai faite en fin d’après-midi. Mon collègue m’a déposée au départ du sentier balisé, pas trop loin de chez moi tel qu’indiqué dans mon Guide. Il s’agit de celle de la campagne de Pey-Cervier, balisée par le symbole π jaune. Il s’agit d’une boucle de 5,4 km, au départ du joli hameau de St Jaume, on longe le vignoble, Domaine de la Rose Trémière, on monte une petite colline où on peut aller voir un dolmen, un mégalithe datant de 3000-2000 av. J.C., pour revenir au hameau. Au départ de ma randonnée, j’y croise une autre randonneuse, allemande, et son chien qui rebroussent leur chemin. Elle a ramassé quelques roches et une céramique hexagonale (peut-être de Salernes) et me montre, toute fière, une roche affutée qu’elle prend pour un ancien outil. Elle a entendu dire qu’on pouvait en trouver d’autres près de la rivière des environs. IMG_1383Elle me demande de jeter un oeil à mon plan pour la trouver. Il y a bien un petit filet bleu un peu au nord, sans plus de précision. Je poursuis ma route et elle, le sien. Après avoir marché sur la terre sèche en longeant le domaine vinicole, dont les rangées parfaites de vignes sont maintenant dénudées, j’entre dans une forêt située sur une petite colline et dont la végétation est plus luxuriante. Ce qui me frappe, le lierre qui s’agrippe aux troncs des arbres. Puis, j’aperçois toutes sortes de champignons, ici et là, rien de comestible d’après moi, mais assez colorés et diversifiés pour piquer ma curiosité. J’observe aussi la mousse couvrir les roches au sol ou alors celles de murs en pierre sèche, un art local. Pour aller voir le dolmen, il faut suivre les indications pour une piste entrant un peu plus dans la forêt. Si la piste se distingue parce qu’elle est plus clairsemée et bordée d’arbustes de romarin, j’y aperçois aussi, à intervalles réguliers, des galets peints en rouge. Et je me métamorphose alors en Petit Poucet. Je ne sais pas pourquoi, je m’imagine que ce sont des enfants qui les ont peints et les ont laissés là. Dolmen Pey-CervierPuis, tout à coup, se trouve devant moi, un monticule de pierres et c’est le dolmen de Pey-Cervier. Il semble bien anodin ce monticule, mis à part peut-être les deux ou trois grosses pierres, mais pas immenses non plus. Si on ne me l’avait pas pointé, je serais probablement passée à côté, sans le moindre intérêt. Je reste là quelques instants, à faire le tour, à observer sa constitution, son organisation. Je tente de m’imaginer la vie, les gens en ce temps-là, mais sans grande réussite. Je ne m’y connais pas. Une affiche au début de la piste indique quelques informations, mais c’est surtout grâce un site Internet local que  j’en apprends davantage sur les dolmens, qu’ils constituent la plus ancienne architecture de pierre connue dans le monde et que le Midi recèle la concentration de mégalithes la plus importante en France, et le Var, celle de Provence. Après avoir fait le tour du dolmen, je rebrousse chemin jusqu’à l’embranchement du sentier. Je relis bien les indications et je m’interroge sur le sens «reprendre le chemin ombragé et descendant». Puisque le sentier est descendant des deux côtés, je décide que reprendre veut dire retourner sur ses pas. Et bien, encore ici, je me suis trompée et je me suis engagée sur un chemin de chasseurs. Je trouvais ça louche aussi de ne plus retrouver les balises jaunes, mais plutôt des douilles rouges au sol. Je suis donc revenue sur mes pas, encore une fois, j’ai repassé devant l’enseigne du dolmen et là, j’ai compris le sens de «descendant».IMG_1374 J’ai compris aussi pourquoi l’Allemande avait rebroussé chemin. La combinaison de la déclinaison de la pente et de la constitution du sol, terre meuble et caillous irréguliers qui roulent aisément quand on y dépose le pied, transforme la randonnée en un petit parcours d’hébertisme qui aiguise le sens de l’équilibre. Je retrouve ensuite un chemin d’habitations cossus, typiques de la région, murs peints de couleurs provençales, volets de bois peints d’une couleur complémentaire, terrain constitué de restanques, des paliers de terre retenus par des murs de pierres sèches. Je repasse ensuite dans le petit hameau, y aperçoit quelques enfants qui en rompent l’extrême tranquillité. Je m ‘arrête à la fontaine, tarie, et l’un d’entre eux, après m’avoir longuement observée décide de m’informer qu’elle est asséchée. Je poursuis mon chemin jusqu’à la route D562, qui me ramène chez moi. Je connais cette route puisque je suis venue y faire une petite course, un footing comme on dit ici. Et je ne l’ai pas aimée, pas d’accotement, pas de lampadaires, plusieurs courbes. À cette heure du jour, entre chien et loup, je ne me trouve pas très visible pour les automobilistes, malgré ma veste turquoise. De toute façon, je n’ai pas le choix, mais ce sont les deux kilomètres les plus longs de ma randonnée. À un moment, en sens inverse, une voiture en double une autre et je ne suis pas sûre qu’elle m’a bien vue. Elle passe à toute vitesse tout près de moi et mon coeur s’accélère presque au même rythme! Si ce n’avait été du petit détour, je serais rentrée en pleine clarté. Dorénavant, je porterai toujours ma lampe frontale avec moi, en espérant être un peu plus visible. Je suis rentrée saine, sauve et contentée par cette randonnée sportive et instructive. En revanche, je n’ai pas veillé tard ce soir-là, je me suis écroulée de fatigue dans mon lit.

À proximité, face au hameau St Jaume, de l’autre côté de cette route D562, se trouve une petite chapelle, Notre-Dame de Ben Va, que je n’ai malheureusement pas visitée, puisqu’elle n’est ouverte que le jeudi en saison estivale. Son intérieur est décorée de fresques médiévales, uniques dans le département du Var. Pour plus d’informations, un site sur les merveilles du Var. Une autre raison pour retourner dans la région, pour la visiter et faire d’autres randonnées.

Des photos viendront illustrer, éventuellement, ce billet (voilà, c’est fait) et un deuxième sur le sujet suivra, puisque j’ai fait deux autres randonnées tout aussi charmantes par la suite.

* Ce qu’on appelle fleuve en France étonne toujours un peu le Québécois. On mesure bien l’écart entre le sens «courant» de ce mot qui renvoie à un «très grand cours d’eau caractérisé par le nombre de ses affluents» et son sens spécialisé en géographie «tout cours d’eau, même petit, qui se jette directement dans la mer» (dixit Antidote). Mon collègue aurait bien aimé que je reconnaisse le St-Laurent comme affluent de l’Argens. Il est vrai que ce dernier fait tout de même 114 km et a 45 affluents, mais il peut ressembler à un mince filet de pissotière, sauf son respect, en période sèche. Et sans vouloir paraître (plus) condescendante, le St-Laurent fait, au minimum, 1140 km (sans compter les Grands Lacs) et compte plus de 100 affluents. Il a un bassin versant de 1 610 000 km2,  comparativement à 2 600 km2 pour l’Argens et un débit moyen de 12 600 m3⋅s-1, comparativement à 17,8 m3⋅s-1 pour l’Argens. Je crois que le débat est maintenant clos, non? Il ne faudrait pas l’humilier davantage.

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À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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