Mercredi soir au Musée McCord

New York m’a donné le goût de visiter les musées, alors j’en profite pendant mon court séjour à Montréal.

MuseeMcCord@BonjourQuebec

MuseeMcCord@BonjourQuebec

Première visite de l’année, direction le Musée McCord consacré à «l’histoire sociale et la culture matérielle de Montréal, du Québec et du Canada». C’était la première fois que j’y mettais les pieds, et je n’en suis pas fière, puisque ça fait plus de 5 ans que je suis à Montréal. Ce qui m’a décidée? L’exposition Villes sublimes, 53 photos en noir et blanc de Mimmo Jodice, artiste que j’ai découvert grâce au Festival international du film sur l’art, en avril 2011. Pourquoi mercredi soir? Eh bien parce que «ça coûte gratis». Gratuit! Gratos! Free! Admission libre, comme on dit en France. Une aubaine. Le mercredi de 17h à 21h et aussi le 1er samedi de chaque mois (10h à 17h), ce qui veut dire samedi prochain, le 5 janvier. Aucune raison de ne pas en profiter. De plus, l’endroit était presque désert hier, peut-être à cause du froid nordique? Peut-être parce que les Montréalais n’ont pas l’habitude d’aller au musée en soirée (sauf durant la Nuit blanche). Et pourtant, il y a aussi le Musée des Beaux-Arts de Montréal qui est ouvert, pour l’exposition temporaire, le mercredi soir jusqu’à 21h (tarif moitié prix) et le jeudi et vendredi jusqu’à 19h. Idem pour le Musée d’art contemporain de Montréal qui est ouvert le mercredi soir (gratuit) et le 1er vendredi du mois (tarif régulier à 12$) jusqu’à 21h. À noter que si vous achetez la carte Branché sur le MAC à 20$, vous avez accès gratuitement au musée pendant un an, incluant les Vendredis nocturnes. Au Centre canadien d’architecture, ce sont les jeudis qui sont ouverts en soirée et gratuits.

Je suis arrivée au musée vers 19h avec mon sac à dos, mon manteau d’hiver et mon sac d’emplettes, soldes obligent. On m’a gentiment accueillie, présenté les expositions à l’affiche et offert un cadenas, gratuitement, pour mettre mes effets dans un casier. Comment ne pas être disposée ensuite à la contemplation?

L’exposition de Mimmo Jodice occupe une grande salle au rez-de-chaussée.  Un bref texte de présentation de l’exposition est offert à l’entrée: caractéristiques propres au sublime, mystère, contrastes, infini, atemporel. Puis un autre sur l’artiste: né à Naples en 1934, figure prédominante de la photographie italienne, de renommée internationale. Par la suite, rien, pas même de précisions sur les points de vue immortalisés par l’artiste. Les titres d’oeuvre sont laconiques, on ne précise que la ville et l’année du cliché. Dans la salle, il n’y a donc que les 53 photos, dont 11 de Montréal, et d’autres villes (Naples, Turin, Rome, Milan, Paris, Lisbonne, Londres, Boston, São Paulo, Moscou, Tokyo), appartenant à la collection de l’artiste, prises entre 1985 et 2012, imprimées en grand format, carré ou rectangulaire, installées sobrement sur les murs gris de la salle.

Toute la place aux photos qui interpellent par leur sujet, des points de vue sur des villes… sublimes. C’est le point de vue qui est sublime, ou plutôt qui sublime les villes. Comme l’indique la conservatrice, Hélène Samson, dans le catalogue de l’exposition (dont je n’ai pas trouvé la promotion dans le site du Musée):

Le sublime ne renvoie pas au Beau, mais à l’Infini, à l’opposition du jugement.

Dans chacune des prises de vue, un angle particulier, un rythme, imposé par les éléments architecturaux, colonnes, arcades, fenêtres, pavés, lampadaires, clôtures. Des contrastes entre l’architecture contemporaine et plus ancienne, entre l’intemporalité des matériaux et l’immatérialité du ciel, de l’eau, du vent dans les brins d’herbe. De Montréal, Jodice arrêtera son regard sur l’architecture monumentale: le pont Jacques-Cartier, le pont

© Mimmo Jodice, « Montréal. Édifice Standard Life », 2012. Courtoisie de la galerie Karsten Greve à Cologne et Paris. Source : Musée McCord.)

© Mimmo Jodice, « Montréal. Édifice Standard Life », 2012. Courtoisie de la galerie Karsten Greve à Cologne et Paris. Source : Musée McCord.)

Champlain, le Stade olympique, la Place Ville-Marie, la Biosphère, les silos, la Place d’Armes, la cathédrale Marie-Reine-du-Monde, le pont Victoria et l’édifice de la Standard Life. Des contrastes d’époque, de gris, de rythme, mais partout l’immobilité, l’absence de l’humain. Ses photos ont sûrement été prises tôt le matin, puisque sur des places publiques fort achalandées (Rome, par exemple), nulle ombre humaine. Ces photos auraient pu être prises dans les années 1950, les voitures semblant parfois d’époque, ne présentant aucune publicité, si omniprésente aujourd’hui. Elles semblent hors du temps et des saisons. Certaines de ces photos auraient pu être prises dans n’importe quelle grande ville du monde, si ce n’était de quelques indices, tels des idéogrammes, qui en brisent le secret. Les photos de Mimmo Jodice ne livrent donc pas la couleur locale, le mode de vie, la façon d’habiter le territoire et de se mouvoir dans la ville.

Il faut prendre le temps de s’arrêter à chaque photo pour se laisser absorber par cette immobilité, cette intemporalité, et du même coup, par la vivacité et l’infime présence de la vie, contrastant avec ce qui paraît comme l’immuabilité des matériaux. Jeux d’ombre, de réflexion et de transparence participent aussi à la fascination de l’oeil. La qualité du cadrage, mais aussi de l’impression, qui rend flous certains éléments de la composition, s’apprécient lentement, mais longuement. Un peu plus d’explication aurait permis au visiteur de mesurer et comprendre tout l’art et le talent de Jodice, dont le travail d’impression est, me semble-t-il, très important, mais reste, pour l’observateur, un mystère. C’est en fouillant dans différents blogues, par exemple, que j’apprends que Jodice ne prend qu’un seul cliché de chaque scène, livrant un aperçu de sa démarche patiente et parcimonieuse.

Seule une courte vidéo, disponible sur une tablette électronique (et dans le site du Musée), donne quelques clés de sa démarche. Il est dommage que son emplacement ait été décidé ainsi, sur une colonne accolée à un mur où seul un visiteur à la fois, ou presque, peut la consulter. Pourquoi avoir choisi cette disposition? Si le musée se targue d’avoir une «approche contemporaine, interactive et immersive», ce n’est pas dans cette exposition qu’il en a fait l’éloquente démonstration. Ces détails, qui auraient pu «augmenter la réalité», enrichir l’expérience de la visite, n’atténuent (presque) en rien le plaisir que j’ai eu à savourer lentement chacun des détails, des points de vue proposés par l’artiste, et ce, en une heure, incluant la consultation du catalogue de l’exposition disponible à deux endroits dans la salle. Jodice a changé ma vision de Montréal. Je ne la trouvais pas particulièrement belle. Je la comparais à une adolescente, sans histoire encore, frivole, avec des boutons d’acné, qui se cherche une personnalité dans son apparence extérieure, sans vraiment la trouver. Pourtant, je reconnaissais que Montréal a plein de charmes et d’énergie, et qu’elle est de l’intérieur, si agréable à y vivre que, bien qu’aimant voyager, je ne me vois pas habiter un autre endroit sur la planète. Je vois maintenant Montréal d’un autre oeil, avec un soupçon de sublime, un brin d’intemporel, voire une parcelle d’éternité.

Je me suis ensuite dirigée au 3e étage du musée pour aller voir l’exposition Familles conçue par l’artiste en résidence Marie-Claude Bouthillier. Quelle occasion incroyable pour un artiste de fouiller parmi la collection du musée et d’en dégager des lignes de force, des réflexions, des critiques en lien avec sa propre création. Pour ma part, je m’y perdrais des jours et des jours ne sachant que choisir. Quelle belle sélection de la part de l’artiste. J’ai été émue par ses choix qui m’ont reconnectée avec l’artisanat traditionnel québécois: les ceintures fléchées, les courtepointes, les couvre-lits tissés et les jeux de société. Ce sont les motifs de ces différents artéfacts qui tissent des liens entre eux et font écho les uns aux autres. Les objets sont magnifiquement conservés. Les ceintures fléchées, si elles se ressemblent aux premiers abords, présentent des motifs légèrement différents et des teintes subtilement distinctes. Pourtant un lien de parenté les unit.

Photo : Delphine Delair, Le Devoir, 22 décembre 2012.

Photo : Delphine Delair, Le Devoir, 22 décembre 2012.

Les courtepointes sont magnifiques. Les motifs sont originaux. L’une d’entre elles est plus traditionnelle alors que les autres sont exceptionnelles, à ma connaissance. Comme le souligne l’artiste, elles s’apparentent à des motifs de mandala. J’ai été émue d’en reconnaître des similarités avec l’arbre de vie maya, vu au Museo de Arte Popular de Yucatán à Mérida au Mexique. Encore ici, j’aurais apprécié un peu plus d’informations sur la provenance, le savoir-faire, les particularités des pièces exposées et sur la réflexion de l’artiste et ses choix, outre celles qu’on retrouve au verso du feuillet explicatif de l’exposition. Deux petites pièces inachevées m’ont aussi intéressée. L’une, une courtepointe, intègre des galons d’événements. Inusité. L’autre, un dessus de coussin de laine et de fils de soie brodés, permet d’apprécier le savoir-faire nécessaire, en observant les parties inachevées et en les comparant avec celles terminées qui en montrent toute la finesse et la complexité. Rareté. Cette exposition m’a aussi offert un bouquet d’éternité, me rappelant que notre artisanat est aussi riche que celui d’ailleurs, mais qu’il est, ici, en voie de disparition. Ne le laissons pas sombrer dans l’oubli et, en cela, l’initiative du musée McCord, en permettant d’établir des ponts entre pratique contemporaine et tradition, est hautement nécessaire.

Exposition de caricatures illégaleBeaudet (alias Marc Beaudet) © Musée McCord, 2012

Beaudet © Musée McCord, 2012

J’ai fait une courte visite à l’exposition La fin du monde… en caricatures. Trop brève pour que je puisse en relater sérieusement la teneur. Je devrai y retourner ou alors visiter la version virtuelle. J’ai bien aimé la caricature de Beaudet au sujet de 2012, qui fait un clin d’oeil au carré rouge et à feu la «Loi 78» (Loi 12). J’ai aussi fait un rapide tour à la boutique du musée qui vaut le détour: artisanat local contemporain, dont, entre autres, de beaux bijoux.

J’ai passé deux heures sublimes au Musée McCord. J’y retournerai certainement. Je suis notamment intéressée par la série d’Échanges urbains, quatre conférences offrant une «plongée dans le passé, le présent et l’avenir de Montréal». Je serai malheureusement repartie quand aura lieu la 2e de la série, le mercredi 23 janvier (18h à 20h) portant sur l’héritage de l’Expo 67. Ce n’est que partie remise!

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