Goûter la Bourgogne

Oh la la. J’ai eu quelques occasions de voir et de goûter le Bourgogne le weekend passé. En fait, l’expérience a commencé samedi il y a une semaine. Un souper en solo au centre-ville de Dijon car il faut bien faire autre chose que travailler! À la faveur de mes déambulations, j’ai arrêté mon choix sur le Grand Café. Mes critères? Une carte (comprendre menu) un peu élaborée qui me laisse quelques options, un espace intéressant, chaleureux, mais aussi un brin impersonnel, pour ne pas avoir l’impression que je serai la seule étrangère dans un repère de vieux compères (ce que je suis, pourtant, c’est fou ce qu’on peut essayer de nier la « réalité » parfois!?). Un bar est toujours un bon signe sur la convivialité de l’endroit. Ni trop éclairé, ni trop tamisé. En fait, tous ces critères étaient bien implicites avant que je ne les écrive maintenant. Le choix se fait à l’oeil, à l’impression et surtout à l’humeur. Somme toute, je suis entrée au Grand Café et je n’ai pas regretté. Une petite table au fond, sur le côté, avec vue sur tout le café me permet de m’adonner à une pratique que j’aime bien: observer. Après avoir commandé une bière en apéro le temps d’étudier l’ardoise, j’ai opté IMG_1939pour une entrée de profiteroles au chèvre sauce au roquefort et un plat de rougeot à la sauce aux agrumes safranée. Si la Grimbergen blonde que j’ai commandée ne m’a vraiment pas plu (événement rare dans mon palais), j’ai été ravie par le vin rouge qu’on m’a recommandé, un Haut de Côtes de Beaune, assez structuré pour soutenir la sauce roquefort, mais assez souple pour ne pas tuer le rougeot. Paaaaarfait. IMG_1943J’allais demander la note (comme on dit ici, non pas un la, mais bien la facture) et le serveur m’a fait des gros yeux. Je devais prendre un dessert. J’ai opté pour celui qui n’apparaissait pas à la carte: poire pochée à la liqueur de cassis et glace à la vanille. Rrrrrr, après ça, je ronronnais comme un chat!

Jeudi soir, un nouveau collègue qui pratique l’itinérance professionnelle chronique (il habite à 500 km de Dijon où il travaille) me propose de l’accompagner au restaurant, car il sait, dixit «ce que c’est que de se retrouver seul le soir». Par une coïncidence rare, j’apprends qu’un ancien collègue travaille maintenant à Dijon. Vous savez ce genre de question: «Ah, vous venez du Canada, est-ce que vous connaissez…?» Combien de chances y a-t-il que je connaisse effectivement la personne? Et bien je la connaissais, personnellement! Incroyable! Bref, nous nous donnons rendez-vous à un des arrêts de tram et mes compagnons proposent tous deux L’Édito, à deux pas. J’étais déjà passée devant et il m’avait effectivement paru sympathique. Quant à la carte… pas inintéressante, mais… commune. J’avais l’impression de lire le menu des 3 brasseurs à Montréal. J’ai opté pour une Flammekueche classique (un genre de pizza pâte mince garnie de crème fraîche, oignons, lardons, champignons, fromage) et une bière ambrée beaucoup plus savoureuse que la Grimbergen précédente. Jeudi soir oblige, sortie des étudiants de l’université, il y avait un groupe de musique en salle, qui n’était pas mal, mais un chouia trop fort et qui interférait donc dans notre discussion. J’allais encore une fois terminer le repas sans dessert et mes deux compères, de même que le serveur, m’ont fait des gros yeux (ce que je suis sensible aux gros yeux, ne trouvez-vous pas? Il faut que je me soigne!). J’ai succombé au café gourmand et je l’ai un peu regretté. Le café était délicieux, bien tassé, pas amer du tout. Cependant, les petites gourmandises étaient industrielles: une mini-crème brûlée pas si mal, un macaron au chocolat et sa sauce anglaise, honnêtes, un gâteau au fromage (?) dans une coupelle de plastique et une petite glace enrobée de chocolat du genre HäagenDazs dans son emballage. Bof! (mais j’ai quand même tout avaler!)

Vendredi soir, je suis allée dans une crêperie Le Triskell. Je sais, ce n’est pas du tout bourguignon, mais bien breton dans la plus pure tradition, servie par un serveur dijonnais-bressan des plus colorés avec un accent tout en rrrrroulements. Une belle variété de choix et je m’arrête sur un classique «champignons, jambon et fromage et…. crème fraîche». Oh la la. Délicieuse. Avec une autre bière ambrée, parfait accompagnement. Ma collègue avait plutôt opté pour le cidre, moi, je ne suis pas trop fana (encore une histoire de palais probablement). Et devinez quoi? Eh bien oui, encore les gros yeux. Question de ne succomber qu’à moitié, j’ai proposé qu’on partage une crêpe dessert antillaise (je crois), flambée au rhum avec une excellente glace à la noix de coco. Je rrrrrrroule pour sortir du restaurant.

IMG_2009Samedi matin, je passe faire un tour aux Halles du marché question de me rincer l’oeil et de prendre mes marques avant d’y dépenser toutes mes économies. D’abord, il fait froid, on se les gèle (pas si froid, en fait, -4°C environ, mais humide, je ne vous dis pas). Eh bien, tout le monde se presse au marché! Quel contraste au centre-ville entre le samedi et le dimanche. Samedi, ça grouille d’activité, dimanche c’est désert. IMG_2020Aux étals du marché, il y a des files d’attentes au fromager, au boucher, au charcutier, au tripier, au maraîcher, aux marchands bio. Je n’ai admiré que les fromages, pour cette fois-ci, gros comme ça, certains tout dégoulinants, comme je le suis d’envie! Je suis prise en flagrant déli d’écorniflage par un collègue. Je n’ai fait qu’un tour très rapide, j’ai rendez-vous avec la même collègue, ML, pour dîner (on dit déjeuner ici, mais je m’entête à leur montrer qu’on ne dit pas partout pareil). Elle avait suggéré un petit resto-épicerie italien Olio e farina. Les vacances scolaires sont dans l’air, il est fermé jusqu’à mercredi. Ce sera pour une autre fois! Elle propose alors d’aller au Grand Café, après avoir fait un petit détour par la magnifique librairie Grangier. Je dois me retenir à deux mains pour ne pas la dévaliser, mais je gère déjà des futurs problèmes de poids de valises, pour cause d’achats récents de livres. Au Grand café, nous sommes servies par le même serveur sympathique qui m’avait servie la semaine dernière, sauf que le menu à l’ardoise est exactement le même. J’opte IMG_2024pour une spécialité toute bourguignonne, les oeufs en meurette. Des oeufs pochés en sauce au vin rouge, avec des champignons et des petits oignons. Malgré l’apparence douteuse du plat, il est délicieux avec quelques morceaux de baguette divine. ML avait opté pour une autre spécialité bourguignonne, vous l’avez dans le mile, le boeuf bourguignon qui est mijoté, je crois, dans la même sauce que mes oeufs en meurette et elle en est aussi satisfaite, le boeuf est tendre à souhait (à moins que ce ne soit du cheval?, les Français ne savent plus ce qu’ils mangent ces jours-ci avec le scandale Spanghero). On termine le repas tout simplement par un café, j’ai réussi à résister aux gros yeux.

Samedi en fin d’après-midi, transies par le froid et surtout l’humidité, nous sommes à la recherche d’une sympathique pâtisserie ou d’un sympathique café, question de nous réchauffer (je rêve d’un feu de foyer, d’une grosse couverture de laine, mais bon, je rêve quoi!). Tout ce qu’on trouve sur l’artère principale de Beaune, ô pauvres de nous, c’est le sympathique Bistrot bourguignon, qui a des choix de vins de la région, oh la la. C’est parfait pour commencer mon éducation des Grands crus bourguigons. J’opte donc pour le vin au verre le plus cher, un Pommard (Vincent Girardin, 2009), le vin de prédilection d’un ancien beau-père, il faut bien que je goûte enfin pour «voir» ce que ça a l’air. ML opte pour l’autre vin au verre aussi cher (9 €), un Volnay (2008). On fait la dégustation. Ce qui est intéressant c’est que les deux sont des Grands crus, les deux sont des pinots noirs. Grâce au petit livre que ML m’a offert lors de notre visite au Château du clos de Vougeot sur les vins de Bourgogne, je constate que les deux proviennent de la même région de Beaune. Eh bien les amis, c’est absolument pas la même histoire en bouche, ni au nez, mais à l’oeil, ça se ressemble vraiment beaucoup. Un beau rouge rubis, pas trop intense. IMG_2033Dixit mon petit guide: «Dans l’imaginaire des connaisseurs, il y a Volnay la féminine et Pommard la masculine. Deux appellations voisines, le même cépage (le pinot noir) et pourtant deux expressions différentes des terroirs bourguignons». Volnay est en haut de la colline, ce qui donne apparemment des vins «au charme spontané et aux tannins soyeux», tandis que le vin Pommard serait plus robuste, mais aussi élégant. Bon et le goût dans tout ça? Mmmmm, ça vous réchauffe le canayen, comme on dit! J’ai préféré le Pommard, mais j’ai bien aimé comparé les deux. Avec ça, quelques tapas façon bourguignonne je suppose, des petits profiteroles fourrés à… je ne me rappelle plus trop, mais délicieux. On se laisse aller et on décide de prolonger un peu le boire et le manger. On commande deux salades vertes et partage un plat de fromages (de la région): Citeau, Brillat-Savarin, Délice de Pommard, Aisy Cendré et Époisse. On déguste lentement le fromage, le pain, le vin et le jazz qui nous enveloppe de sa chaleur musicale. Repues et ravies nous reprenons la route jusqu’à Dijon. Quelle belle introduction!

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2 commentaires pour Goûter la Bourgogne

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