Chihuly: expérience mitigée

ChihulyMBAMSoyons clair d’emblée, j’ai beaucoup apprécié l’art de Chihuly, un artiste de Takoma, à l’ouest des États-Unis, que je ne connaissais pas. Ses pièces de verre sont toutes les plus impressionnantes les unes que les autres, sur le plan de la forme et surtout de la couleur. Je ne m’y connais rien en verre soufflé, mais les différentes textures qu’il parvient, en fait ses assistants, à faire sont si diverses qu’on ne peut qu’être admiratif face à tant de virtuosité. De longues pièces fines, de petites pièces ondulantes, de grosses boules lisses, qui semblent aussi légères que de ballons baudruches, de grandes pièces planes, à peine ondulantes, il faut les imaginer, puis les réaliser. Côté couleur, c’est magnifique. D’abord, comment parvient-il à mélanger tant de couleurs dans une seule pièce? Ensuite, et c’est là sa marque de commerce, il assemble les pièces créées en des installations immenses. C’est comme ça qu’il a fait passer le verre soufflé du statut d’artisanat au statut d’oeuvres d’art. Si je me souviens bien, il a commencé ses installations par celles des lustres immenses, suspendus ou sur pied, inspirés des lustres vus à Venise. Puis, des installations de boules qu’il rassembleIMG_0412 ensuite dans de grandes barques de pêcheurs, idée qu’il a eu lors d’une visite en Finlande, dans un atelier qui lui permet également de créer les plus longues pièces pour en faire des forêts de roseaux turquoises. Il avait déjà exploité la thématique de la forêt en travaillant les néons dans une forme très poétique, si loin de notre expérience des néons éblouissants et grinçants des grandes surfaces industrielles. Sur le thème des grands vases, les Macchia, il utilise toutes les couleurs possibles, à l’intérieur, à l’extérieur et sur le bord. Maintenant que j’y pense, je me demande si je n’ai pas vu certaines de ses pièces dans une exposition à New York, au Brooklyn Museum. Eh non, après vérification, il s’agissait de Jean-Michel Othoniel, qui travaille aussi le verre en installation, en pièces immenses. Outre les Macchias, l’installation qui m’a le plus plu est les Mille Fiori, un mélange hétéroclite de pièces de différentes formes, de différentes couleurs qui composent un jardin imaginaire des plus fantastique.

Alors pourquoi expérience mitigée? En fait, j’ai eu la mauvaise idée d’aller voir l’exposition Chihuly : un univers à couper le souffle au Musée des beaux-arts de Montréal un mercredi soir. Je n’avais pas réalisé que ce soir-là, le prix de l’exposition était réduit. J’y allais, parce que c’était pratique d’y aller en soirée. Et ça me met face à mes contradictions: moi qui suis pour faciliter l’accès au musée pour tous, en fait, j’aime mieux y aller quand il n’y a personne… Ou du moins, un nombre «raisonnable» de personnes. Non seulement le nombre, mais le comportement de certaines personnes m’irritent. Les salles étaient bruyantes, on se croyait dans un grand complexe de cinéma un soir de lancement d’un blockbuster pour adolescents, et j’exagère à peine. Je devais mettre le volume de l’audioguide dans l’piton pour comprendre quoi que ce soit. Ces personnes prennent aussi des photos à qui mieux mieux, j’en fais partie, mais en s’interposant entre une autre personne et la pièce sans gêne. Évidemment, le flash est interdit, mais plusieurs ne s’en préoccupent pas. Une femme se défendait d’utiliser son flash à un gardien venu l’avertir; je crois qu’elle disait ne pas savoir comment empêcher son déclenchement automatique sur son iPhone, ce n’était donc pas sa faute… Enfin, bref, pas une bonne idée le mercredi soir. On peut remédier facilement à ce désagrément en y allant à un autre moment.

IMG_0414Le deuxième irritant est plus central. Oui, il s’agit d’une grande exposition, d’envergure, destinée à attirer les foules et à démocratiser la fréquentation du musée. Cependant, je trouve qu’on perd l’essence de la démarche artistique quand les commentaires moussent l’aspect spectaculaire de la chose: oui, l’artiste a exposé dans tel ou tel musée réputé; oui, tel connaisseur commente l’art de Chihuly; oui, ça a pris tant de cargos pour transporter les pièces au musée; oui, l’artiste a créé telle pièce uniquement pour le musée; oui, telle oeuvre contient tant de pièces. C’est plutôt les commentaires de l’audioguide qui soulignent à plusieurs reprises des éléments de ce genre. À lire les textes dans les salles, on le perçoit moins. Je ne pensais jamais trouvé qu’il y a trop de commentaires disponibles dans l’audioguide… et bien, ce fut le cas cette fois-ci. J’aurais préféré en apprendre davantage sur la démarche de l’artiste et surtout sur les différentes techniques utilisées, les différentes sources d’influence, les différentes traditions de verre soufflé. Il y a bien une vidéo à la fin (ou au début) de l’exposition où on le voit à l’oeuvre, mais elle aurait pu être plus élaborée… De toute façon, il y avait à côté de moi, lors du visionnement, deux verbo-motrices compulsives qui exprimaient verbalement tout ce qu’elles voyaient sur les images… même quand l’artiste parlait. Enfin. Bref, je comprends qu’un musée a besoin d’attirer les visiteurs, mais a-t-on besoin d’emprunter une approche sensationnaliste pour le faire? Dénature-t-on l’art? Deviendrais-je éliste? Ô misère… J’ai vu plus tôt cette année un documentaire sur le MBAM, A museum in the city – Un musée dans la ville de Luc Bourdon, réalisateur qui avait aussi fait La mémoire des anges, un très beau film de montage d’archives sur Montréal; le documentaire sur le MBAM raconte les 150 ans d’histoire du Musée des beaux-arts de Montréal. En revisionnant ce documentaire, après avoir vu l’exposition de Chihuly, je me suis demandée si ce n’était pas la directrice, Nathalie Bondil, qui oriente le musée et les expositions dans cette direction sensationaliste. J’avais bien aimé le film, il m’avait rendue fière de la présence de ce musée à Montréal… il faut croire que l’approche a ses bienfaits… Peut-être.

IMG_0410Plutôt que d’être complètement emballée, comme ce fut le cas pour Alfred Pellan, Le grand atelier la semaine précédente au MNBAQ, je suis sortie étourdie, non par les oeuvres de l’artiste, mais par la cohue des visiteurs. Je me rappellerai de ne plus aller au musée le mercredi soir, du moins à une exposition temporaire… Parce que les salles d’exposition permanente, dont l’accès est toujours gratuit, étaient désertes ce soir-là.

En complément, en revenant à la maison, j’ai essayé de me créer une expérience plus intime avec les oeuvres de Chihuly en fouillant sur Internet pour trouver quelques vidéos, dont Chihuly Glass Master, Part 1 et 2. Sur le site, on trouve la description de toutes les installations, avec photos et quelques vidéos.

Vous avez encore le temps de faire votre propre expérience de Chihuly: un univers à couper le souffle, jusqu’au 20 octobre 2013 au MBAM.

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