Museum hours: l’art et la vie

MuseumHoursJe fais partie de ceux qui ont adoré Museum Hours. Un long film contemplatif sur l’art et sur la vie. Le synopsis du film, bien que juste, ne fournit pas l’essentiel de l’oeuvre qui se trouve dans les silences, les images, le temps qui passe.

Lorsqu’une Canadienne débarque à Vienne, elle se rend, comme tout le monde, au Kunsthistorisches Art Museum. Elle y attire l’attention de Johann, gardien du musée depuis des années. Ces deux solitaires d’un certain âge vont trouver dans cette rencontre impromptue l’occasion d’un magnifique échange.

Le film commence par une longue image d’un des deux personnages principaux, Johann,  gardien au Kunsthistorisches Museum de Vienne, immobile, calme. Il ne s’agit pas d’un visiteur, ni d’un expert en art, seulement de celui qui garde – et contemple – les oeuvres… et les visiteurs. La seconde image est celle d’une femme, Anne, second personnage, dos à la caméra, parlant au téléphone tout en regardant par la fenêtre d’une chambre dénudée. Elle demande à emprunter de l’argent pour aller à Vienne au chevet d’une cousine éloignée qui est dans le coma. À son chevet, elle contemple la vie, à moins que ce ne soit la mort, ou ni l’une ni  l’autre, plutôt quelque chose entre les deux. Et nous naviguons, dans cet état de contemplation, entre l’art et la vie, entre aujourd’hui et des époques révolues, entre la beauté et la grisaille, le dépouillement, voire le vide apparent de leur vie et le plein d’humanité qui se tisse entre ces deux êtres. Tous les âges de la vie y passent dans le désordre, le bébé encore chancelant, les groupes d’enfants excités ou les adolescents blasés, le couple de jeunes – ou vieux – adultes amoureux. Ça m’a fait penser aux 4 temps de la vie défilant devant la mort représentés dans l’horloge astronomique que j’ai vue à la Cathédrale de Strasbourg ce printemps.

Les moments où Anne entonne a capella deux chansons, composées par l’actrice (et chanteuse multi-artiste Mary Margaret O’Hara) sont émouvantes de simplicité. Les versions plus sophistiquées de Never No et de Dark, Dear Heart sont presque trop travaillées. Parfois, une voix suffit. Une présence humaine suffit, un souffle du vent, une envolée de pigeons suffit à jouir de la vie.

BrueghelLes oeuvres du 16e siècle de Brueghel agissent comme des métaphores de la vie sociale, avec ses scènes, ses rites, ses personnages hétéroclites, voire ses effractions aux conventions sociales. Les portraits de Rembrandt dans l’ombre et la lumière, les oeuvres primitives, les statuts égyptiennes font écho à l’énigmatique chez l’humain. Quelles scènes de la vie représente-t-on dans l’art, quelles scènes sont permises dans la vie? Le discours du jeune artiste pour un temps collègue de Johann ou alors une scène surréaliste du film nous conduisent à cette réflexion, l’un par le discours, l’autre par les images.

Le film est ponctué d’images des transports en commun, les trains et les trams qui passent, qui rappellent la présence du mouvement et le passage du temps. Sinon, on est plus dans l’immobilité et la contemplation. Le scénario apporte un juste dosage de dialogues livrés par des comédiens (des non-comédiens, dit le réalisateur) éclatants de vérité. J’étais dans ce musée au parquet de bois, j’étais avec ces gens au bar ou derrière cet ordinateur seule à passer le temps. Quel est le sens de l’art? Quel est le sens de la vie?

Van Gogh, à 26 ans, a élaboré sa définition intellectuelle de l’art, avant d’être un artiste. Il écrit à son frère en 1879:

L’art, c’est l’homme ajouté à la nature – la nature, la réalité, la vérité, dont l’artiste fait ressortir le sens, l’interprétation, le caractère, qu’il exprime, qu’il dégage, qu’il démêle, qu’il libère, qu’il éclaircit.

Van Gogh, biographie de David Haziot, p. 110.

Cette définition de l’art ne pourrait pas mieux décrire ce qu’est parvenu à faire le réalisateur Jem Cohen, documentariste de Brooklyn. Si, comme Johann, vous avez eu votre part de moments de bruit, offrez-vous un moment de calme. La musique du générique de la fin, de Vic Chestnutt interprétée ici par sa nièce Liz Durrett, Stop the Projector, ne pourrait pas mieux convenir à cet état.

Au Cinéma du Parc, au moins jusqu’au 12 septembre 2013.

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