Gabrielle: le libre choix d’être humain

«Je suis contente en tabarouette!»
Gabrielle Marion-Rivard, en conférence de presse à Locarno

GabrielleQui suis-je pour imposer quoi que ce soit à qui que ce soit? C’est un peu ça, pour moi, le film Gabrielle. On s’en fout de son handicap. Gabrielle, c’est l’idéal-type des tensions et dilemmes entre le libre-choix et les contraintes de la vie… des liens qui nous lient aux autres et des liens avec lesquels on lie les autres. Le sens du film se révèle quand la soeur de Gabrielle interrompt sa connexion skype avec son chum, parce qu’il ne lui dit pas ce qu’elle veut entendre alors qu’elle est tiraillée entre son désir d’être auprès de sa soeur-qui-a-besoin-d’elle et d’aller rejoindre son chum en Inde pour réaliser le projet de ses rêves… Et face à ce tiraillement de sa blonde, plutôt que de s’en offusquer, il la rappelle. Il s’excuse. Il lui dit qu’elle doit faire ses choix pour elle. Pas pour lui. (Il ne lui dit pas: ni pour sa soeur. Pas besoin.) Elle est libre de faire ses choix.

Si je chante c’est pour qu’on m’entende
Quand je crie c’est pour me défendre
J’aimerais bien me faire comprendre
Je voudrais faire le tour de la terre
Avant de mourir et qu’on m’enterre
Voir de quoi le reste du monde a l’air

Paroles de Ordinaire, de Robert Charlebois

Et Gabrielle dans tout ça? Est-elle libre de faire ses choix à 22 ans? D’aucun dirait, oui, voyons, à 22 ans. Mais Gabrielle a un handicap intellectuel. Est-ce la même chose? Jusqu’à quel point sa soeur est responsable de son bonheur? Jusqu’à quel point sa mère est égoïste de vouloir avoir une vie «normale», malgré une fille aux besoins particuliers? Jusqu’à quel point faut-il surveiller Gabrielle de peur qu’elle ne se perde? Qu’est-ce qui est juste, contrôler la vie de quelqu’un pour lui éviter – peut-être – des malheurs – et la priver de bonheur – ou lui laisser sa liberté et risquer que ne lui arrive un malheur?

Autour de moi il y a la guerre
Le peur, la faim et la misère
J’voudrais qu’on soit tous des frères
C’est pour ça qu’on est sur la terre
J’suis pas un chanteur populaire
Je suis rien qu’un gars ben ordinaire

Paroles de Ordinaire, de Robert Charlebois

On peut travailler à être «tous des frères», mais il faut bien reconnaître qu’on n’est pas (et qu’on naît pas) tous égaux. Alors que faire? Dans le film, tout le monde est ben ordinaire, parce que tout le monde agit avec les autres d’égal à égal. D’humain à humain. C’est tout’. Pis c’est ça qui est ça. Pourquoi se compliquer la vie plus que ça. Le droit de choisir pour soi. Ça fait écho à une certaine charte… mais je ne m’embarque pas là-dedans.

I am a passenger
And I ride and I ride
I ride through the city’s backside
I see the stars come out of the sky
Yeah, they’re bright in a hollow sky

The Passenger, de Iggy Pop

Je reste branchée sur le film et sur les sens mis en évidence: le film s’ouvre sur une image de la piscine. Le toucher de l’eau, immergée dans l’eau. Quelle sensation. Puis les bruits de l’eau. Le son des voix. Le bruit des silences. Ou alors le goût d’un grill cheese avec de la confiture d’oignon. La vue des poissons de toutes les formes, de toutes les couleurs. L’odeur de la peau de l’autre.

Ce soir-là on s´est embrassés sans se parler.
Autour de nous, le monde aurait pu s´écrouler.
Les yeux cernés, des poussières dans les cheveux.
Au long de mes jambes, la caresse du feu.

Paroles de Pendant que les champs brûlent, de Niagara

Gabrielle, c’est moi, c’est toi, c’est nous. Nous.

« Je me sens fière de moi, fière de ce que j’ai accompli, fière de ce que je suis ! À travers ce film, je me suis rendu compte qu’il est important de rester soi-même, qu’on peut être capable de faire des choses même en étant des gens différents. »

Gabrielle Marion-Rivard, entrevue à La Presse

Louise Archambault a ainsi voulu explorer la notion de bonheur pour ceux que l’on considère comme « en marge » de la société, et dont on ne parle pratiquement jamais. […] « Nous partageons tous la même quête, dit-elle. Nous souhaitons tous aimer et être aimés. Pour Gabrielle, cette quête s’accompagne aussi d’une volonté d’exister, de faire valoir son indépendance. On est tous le « différent » de quelqu’un. »

Louise Archambault, entrevue à La Presse

« J’ai lâché prise sur la perfection et je suis allée chercher la spontanéité, la vérité. Les gens me disent qu’il n’y a pas beaucoup de plans larges, dans les scènes de chorale. C’est parce que la moitié des jeunes regardait la caméra et l’autre se nettoyait le nez, donc il a fallu que je sois rusée », explique en riant Louise Archambault.

Louise Archambault, entrevue à Radio-Canada

Allez voir le film. On était une quarantaine, soir de première, dans la salle du Excentris. À Locarno, ils étaient 6000 personnes à le voir en projection nocturne sur la Piazza Grande, en Suisse, où il a gagné, par la suite, le Prix du public au Festival international du film de Locarno. Il a aussi remporté deux prix au Festival du film francophone d’Angoulême: celui du meilleur acteur à Alexandre Landry et la Valois Magelis du jury étudiant au film (source La Presse). Je comprends maintenant pourquoi j’ai vu des affiches du film dans quelques restaurants de Genève, puisque le film était à l’affiche au début septembre, puis au TIFF de Toronto.

En complément, on peut voir une entrevue avec la réalisatrice, Louise Archambault, un aperçu du tournage et une entrevue avec les deux comédiens principaux, Gabrielle Marion-Rivard et Alexandre Landry.

À la fin du générique du film, on indique un documentaire Gabrielle… À suivre… sur Télé-Québec, le 30 septembre et ensuite sur Tou.tv début octobre.

MàJ. 1er octobre 2013. Le documentaire Moi aussi je m’appelle Gabrielle! Plus vrai que nature!

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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