Salves: chercher le fil de la vie… et prendre la parole au Mégaphone

J’ai peur.
M., avant d’assister à son premier spectacle de danse contemporaine.

Un fil.

Remonter le fil. De la vie.

Calmement, patiemment, silencieusement.

Fiction ou réalité?

Une invitation à remonter le fil. De l’histoire.

Ensemble, peut-être, comprendre, tisser. Le fil.

Quand vient le chaos, l’obscurité, l’urgence.

Rapidement, il faut accepter. Accepter que le spectacle Salves de Maguy Marin ne sera pas un spectacle de danse, mais un spectacle de la vie. Des images récurrentes qui prennent d’assaut la mémoire. Des flash de moments épars, décousus, recousus, cassés. Il faut accepter la proposition audacieuse, non seulement de la chorégraphe, mais aussi de la direction artistique de Danse Danse d’ouvrir la saison avec une pièce si peu dansée, mais plutôt vécue… ou revécue. Si vous acceptez l’invitation de suivre ce fil pour voir où il mène, le spectacle s’enrobe de fascination, sans pouvoir tout comprendre ni tout ressentir.

Outre la lumière crue du premier tableau, le spectacle se passe dans la quasi obscurité. La seule lumière provient des différents objets manipulés par les acteurs danseurs. En costume de ville, au départ, ils se meuvent dans l’urgence, mais à pas feutrés, transportent des objets du quotidien ou des symboles: planches, cadres, assiettes. Ils construisent le décor, tentent de préparer une table de banquet. À chaque fois, un accident arrive. Et tout est à recommencer. Apparaissent différents personnages historiques, ici aussi des symboles, un haut placé de l’Église, un roi, les vêtements changent, on remonte le temps. Plus on remonte, plus c’est violent, désordonné. Image d’une assiette cassée ou d’un vase qu’on tente de recoller. Un corps happé par le vide.

Le spectacle est ainsi saccadé d’images d’urgence, d’images récurrents, d’instants fragiles. En section de 12 secondes, a-t-on appris pendant la causerie après le spectacle. La trame sonore qui accompagne les danseurs, les performeurs pourrait-on dire, est composée de bruits ambiants, d’extraits sonores parlés, de radio, de cinéma du monde, apprend-on pendant la causerie.

Et puis l’art, les symboles. Quelle place ont-ils? La chorégraphe adresse deux critiques, du moins propose deux réflexions. Par les artefacts artistiques manipulés par les acteurs danseurs, quel sens a l’art dans le monde?  Représentation de la vie et des guerres qui la constituent, valeur de symbole pour inspirer (la liberté, la victoire), outils pour produire du beau (des statuts grecques, une photo de son chien). Par la nature de son spectacle «de danse», la chorégraphe pose aussi la question: Qu’est-ce que l’art? Qu’est-ce que la danse? Quelle est sa place dans l’espace public? À quoi sert-elle? À divertir, à s’échapper -temporairement – du poids de la vie, à se rassembler, à questionner? Et peut-être comprendre… ou donner un peu de sens à ce qui semble ne pas en avoir a priori.

L’art a tout à voir avec le monde et avec les autres. […] Ce n’est pas une histoire d’expressivité ou d’expression d’une personnalité ou d’un artiste ou d’un génie. Enfin, quelque chose comme ça. Pas du tout. Mais que c’est vraiment en tant qu’être humain, vivant avec d’autres, comment l’art en fait… et changer aussi par les autres.

Maguy Marin, entrevue.

Il y a longtemps que j’avais entendu des applaudissements aussi timides après un spectacle à Danse Danse. Et pourtant. J’avais rarement entendu autant de questions pendant la causerie, des questions pour «comprendre»: pourquoi les symboles, pourquoi la bande son, pourquoi…

Pour ma part, ces images se sont imprimées sur ma rétine, installées dans le substrat de mon expérience. Proposition fascinante donc, que j’accepte. Pour voir où mène le fil qu’ose tirer Maguy Marin. Entrevue. Parcours. Rencontre.

Salves.

Théâtre Maisonneuve, Place des Arts.

Jusqu’à aujourd’hui. 28 septembre 2013.

Puis après le spectacle, I. et moi avons vécu une autre expérience. Nous sommes allées voir et entendre Mégaphone. Angle de Maisonneuve et Jeanne-Mance, juste derrière la Place des Arts. Des mots projetés sur la façade du Complexe des sciences Pierre-Dansereau. Puis un micro. À la disposition du passant. Qu’a-t-il à dire? Et rapidement, on se demande: qu’ai-je à dire? Qu’ai-je à dire qui vaut vraiment la peine que je me lève, que je m’adresse à ces inconnus, que je les importune? Eh bien, c’est fascinant. Pas de fil conducteur, ici non plus. Et pourtant. De la poésie: «L’amour veut l’éternité, l’éternité veut mourir». De la poésie quotidienne: «Je t’aime Sophie». Des propos sur notre environnement: «pourquoi les parcs ne sont pas entretenus l’hiver, pour les enfants?». Des propos qui s’adressent finalement à ces humains qui tissent doucement des liens: «À vous, sans jugement», «il commence à faire froid, mais j’ai trouvé de la chaleur ici» (je cite de mémoire). Un lieu, pour «prendre la parole, ou pas, c’est ça aussi la liberté de parole», rappelle le «modérateur» ou plutôt ici, l’«accélérateur» qui invite le quidam à partager ses pensées intimes. On y a passé une douce heure à la faveur d’une chaude nuit d’automne.

Allez-y. Laissez-vous prendre au jeu. Acceptez la proposition. De prendre la parole publiquement. Spontanément. Ou Volontairement. «Répondre. Je.»

Mercredi au Samedi. 19h à 23h ou 01h, selon les soirs.

Calendrier complet.

Jusqu’au 4 novembre 2013.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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2 commentaires pour Salves: chercher le fil de la vie… et prendre la parole au Mégaphone

  1. culturieuse dit :

    Ce spectacle a l’air tout à fait fascinant. Dans la veine de Pina Bausch.

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