Beat Nation au MAC: criant d’actualité

Mercredi 16 octobre 2013 vernissage au MAC. Vous voulez un scoop? N’importe qui peut se présenter au vernissage d’une nouvelle exposition et profiter de la soirée pour visiter les salles du musée gratuitement. Avis aux intéressés. (J’ai compris après avoir lu le magasine du musée que l’entrée est gratuite tous les mercredis soirs.)

BeatGenerationCe soir-là, Beat Generation: art, hip hop et culture autochtone, une exposition rassemblant des oeuvres de de 25 artistes contemporains venant de l’Ouest canadien. Ils mélangent art contemporain, culture traditionnelle et point de vue politique sur la situation d’hier et d’aujourd’hui de leur nation, ici et ailleurs. Les médiums sont variés: vidéo, performance, art visuel, sculpture… J’ai été intéressée par les réinterprétations des extraits de films d’Hollywood ou alors de l’Allemagne qui déconstruisent l’image du «Sauvage» en Amérique. La vidéo Dance to Miss Chief de Kent Monkman est particulièrement. intrigante. J’ai aussi aimé la performance de Maria Hupfield avec ses chaussons décorés de clochettes d’argent. Dans sa performance, elle courait inlassablement d’un côté à l’autre de la salle dans ses chaussons à clochettes en glissant pour changer de côté; dans sa vidéo, elle saute à rythmes réguliers impassiblement.

Deux semaines plus tard, je retournais voir l’exposition en compagnie d’I. C’est rare que j’ai le luxe et que je prends la peine de retourner voir une exposition. Par hasard, on arrive alors qu’une visite guidée commence… et ce fut une expérience tout à fait différente. Alors que j’avais visité l’exposition comme un acteur extérieur, d’entrée de jeu, avec le guide interprète, on se sent interpelé. Pourquoi? En tant que Blancs en territoire Mohawk. Il nous apprend que le Musée d’art contemporain est sur les terres de la nation Mohawk. Les conflits entre Blancs et Autochtones ne concernent pas que les années de colonisation sont toujours bien actuelle, comme le rappelle aussi une oeuvre qui insère des images de contestation de jeux olympiques de Vancouver 2010. Le guide, mal à l’aise l’exprimera tout au long de la visite, en choisissant ses mots avec prudence, puisque dixit les mots sont des catégories pour décrire les choses. Par exemple, il ne devrait pas utiliser l’expression Tradition autochtone, mais bien héritage. L’explication manquait un peu de clarté, mais j’ai retenu que dans la pensée autochtone, il n’y a pas de rupture dans le temps, que c’est une suite de transformations continuelles, qu’on ne peut donc pas passer d’une «tradition» figée à un art autre.

En une heure environ, on passera les 7 salles (et quelques alcôves) de l’exposition en s’arrêtant sur une pièce ou deux à chaque fois. Il est beaucoup question d’«emprunts»: ceux des Blancs aux peuples autochtones (surtout leur terre) et en retour ceux des artistes à d’autres artistes (les paroles de Jay-Z), les changements de sens (une poutre rouge de fer très formelle quand elle est dans un musée est une rampe de skate dans la ville). Beaucoup d’échos aux arts urbains (hip hop, graffiti, skateboard), notamment du fait que 70% des Autochtones vivent dans les villes. Le métissage des genres favorisent la réinterprétation du sens… auquel je n’aurais pas eu accès sans cette visite guidée. NAtureCulturePar exemple, les deux tables de mixage tout de bois vêtues, incluant les «vinyles», jouant d’un côté la «nature» et de l’autre  la «culture», soit celle de l’artiste qui apprend sa langue maternelle. On retrouve bien, dans cette exposition, la démarche contemporaine, à savoir porter un regard critique sur l’art, sa mise en exposition, son rapport au monde et au «marché» de l’art. Une pièce de skateboard sculpté dans l’os de narval se retrouve doublement éloignée de son usage, par le matériau choisi et par le fait qu’elle se retrouve au musée dans une boîte de plexiglass. Alors que quand elle est utile, on ne lui reconnaît aucune valeur artistique. Idem pour la rampe de skateboard mentionnée plus haut. On retrouve des parallèles très intéressants dans les démarches ancestrales et contemporaines, comme celles de marquer le territoire, avec un totem, avec un graffiti.

Si la visite m’a permis de mieux «comprendre» les démarches des artistes, le sens et la valeur que les conservateurs reconnaissent à ces oeuvres, j’ai aussi aimé, préalablement, côtoyer les oeuvres en face à face. Elles et moi. Comment elles me parlent, qu’est-ce qu’elles me disent, ou plutôt comment suis-je capable de leur répondre, à partir de mes sensibilités et expériences? Prendre le temps de les observer, de me laisser imprégner, de me questionner, de ne pas savoir, ne pas comprendre complètement. Ça m’a fait penser à la pièce de théâtre Kanata, une histoire renversée qui relate l’histoire du Canada du point de vue des Autochtones. À lire aussi, le livre de Denys Delâge, le pays renversé. On a du chemin à faire, comme l’a constaté au mois d’octobre l’envoyé spécial de l’ONU.

Publicités

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
Cet article, publié dans Musée, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Beat Nation au MAC: criant d’actualité

  1. Ping : Rattrapage culturel: hiver 2014 en abrégé | Curieuse d'idées

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s