Secondaire V: à qui la parole?

Secondaire V, le plus récent documentaire de Guillaume Sylvestre (qui avait réalisé Durs à cuire et qui est, pour l’anecdote, le fils de Denise Bombardier) crée des remous dans les médias. Tant mieux. Le film n’est pas parfait, mais il fait voir, à ceux qui ne le connaissent pas, le quotidien d’une école secondaire. L’école est ainsi faite que tout le monde croit la connaître parce qu’il l’a fréquentée, tout le monde a son mot à dire. C’est aussi très bien.

Le documentaire nous fait voir ce quotidien, donc, ni du point de vue des jeunes qui y vivent, ni du point de vue des adultes qui les côtoient (enseignants, surveillants, directeurs d’école), mais du point de vue du réalisateur qui y a passé 10 mois. Il ne faut pas se leurrer. Si on entend la voix des élèves, le montage n’est pas leur choix, ni celui des enseignants. Autrement dit, ce qu’on choisit d’y montrer ne relève pas de leur décision, ni de leur pouvoir. Bref, ils n’ont pas le dernier mot. S’il s’agit bien du point de vue du réalisateur, de son interprétation de ce qui marque la vie des jeunes qui en sont à leur dernière année à l’école secondaire et celle de leurs enseignants, il laisse une part grande à leurs paroles.

De quoi nous parlent-ils? D’identité, de leur appartenance à leur ville et à leur école, de l’intimidation, de la famille, de la langue qui est importante dans leur vie et qui les décourage à l’école, de la sexualité, des rapports conflictuels entre élèves ou avec l’autorité, l’essor de leur politisation. À chaque jour, les enseignants sont sur la corde raide devant ces jeunes parfois apathiques, parfois percutants. S’il est plus question de l’école en tant que microcosme social, il est peu question des apprentissage scolaires, mais beaucoup des apprentissages réels, c’est-à-dire apprendre à composer avec les interactions diverses que met en scène l’école, tant pour les élèves que pour les enseignants ou la direction d’école. Il faut voir ce jeune enseignant, qui, d’un point de vue extérieur, enchaîne erreur sur erreur dans son rapport aux élèves, mais qu’il faut se retenir de juger. Allez-y, vous, voir si vous feriez mieux. Personne n’est exempt d’erreur, même après une solide formation; ce qui distingue un professionnel, c’est d’avoir les outils et les ressources pour ajuster le tir, et de s’y atteler. Mais ça, on ne le voit pas. La vie à l’école n’est pas faite d’une longue suite de scènes détachées. C’est une relation qui se construit dans la durée, avec ses faux-pas et ses avancées. La fin du film le laisse tout de même sous-entendre.

Sans narration, sans silence, la caméra est posée là, et le micro aussi. On se rend rapidement compte qu’une école secondaire, c’est bruyant. Le film traîne parfois en longueur, le montage laisse à penser qu’on suit le cours des saisons, alors que parfois on remonte le temps. La caméra n’est donc pas neutre et un spectateur peu averti pourrait croire le contraire. Est-ce une critique du monde scolaire? Est-ce un regard complaisant? Pour ma part, je trouve le portrait assez juste: parfois drôle, comme le sont les ados, parfois créant des malaises, parfois décourageant, parfois touchant, il passe de grands pans sous silence et exagère certains plans. La vie quoi.

Allez-y voir.

Secondaire V. Un film de Guillaume Sylvestre. Avec des élèves, des enseignants et des représentants de la direction de l’école Paul-Gérin-Lajoie-d’Outremont.

À l’affiche depuis le 17 janvier. Uniquement à Excentris (merci Excentris).

Faites votre idée.

Un élève réagit ici. Extrait.

Dans Secondaire 5, tu n’as rien montré de tout ça. Tu ne fais que perpétuer la croyance populaire, et tu fais ce que les médias ont fait tout au long de la grève: nous descendre et nous salir alors qu’on essaie juste de prendre notre place. Mais toi et les tiens nous donnez raison.

L’avis d’une mère d’enfants qui ont fréquenté l’école secondaire en question ici.

Le réalisateur, à travers la plume de Petrowski, se défend d’avoir fait le procès de qui que ce soit et affirme montrer la «réalité».

Il y a aussi l’avis des bien-pensants, comme Sophie Durocher, pleine de préjugés et de mauvaise foi. Je n’ai même pas le goût de lui faire de la publicité. Je n’intègre donc pas son article en hyperlien ici. Si vous y tenez, cherchez-le par vous-même. Il ne devrait pas être trop dur à trouver. On aura aussi probablement l’avis de Mathieu Bock-Côté prochainement, puisqu’il était à côté de moi au cinéma. J’ai dû lui demander d’éteindre son téléphone intelligent pendant le court-métrage projeté avant le film puisqu’il textait constamment et que son écran m’aveuglait. Il aura sûrement un mot pour dire que les jeunes manquent de savoir-vivre… Enfin.

Pour un point de vue pas du tout passéiste et conservateur sur les jeunes, allez plutôt entendre l’entrevue avec Daniel Pennac à l’émission Voir.

A propos Curieuse d'idées

À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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