Je marche : Tragédies d’Olivier Dubois

TragédiesDanseDanseHier soir, dernier spectacle de danse de la saison Danse danse 2013-2014. Beaucoup d’attente envers cette coqueluche française, que je ne connais pas, chorégraphe qui est arrivé à la danse comme interprète à 23 ans, sans avoir le physique de l’emploi. Phénomène.

Le spectacle commence dans le noir et dans le bruit d’un rythme régulier de tambour électronique. De longues secondes. Déjà impatience. Puis apparition humaine dans la pénombre, une femme marche vers la salle, 12 pas (je ne les avais pas comptés, mais lors de la causerie, il y a tout un sens au nombre de pas). Bref, 12 pas vers nous, tour de 180 degrés, 12 pas vers le fond de la scène. Elle reprend dans le même sillon ou elle disparaît dans le néant (derrière un rideau de fils noirs) et revient dans un autre sillon. Plusieurs reprises. Elle disparait. Un autre interprète (qui danse et non un danseur… dixit le chorégraphe). Puis ils sont deux, puis plusieurs à marcher ainsi avec détermination, mais sans émotion pendant de longues minutes (peut-être une demi-heure du spectacle d’une heure trente). Toujours sur le même tempo, sur le même rythme électronique. Hou la, je commence à ressentir de l’énervement. Viscéralement ce même rythme aiguise mes nerfs. Je les regarde ces hommes et ces femmes, ah oui, ils sont nus. La démarche, le corps aiguisé, les différences de physionomie. Je regarde, mais avec détachement.

Causerie

Je suis le récit de la tragédie grecque: de la marche à la course. Párados, stásima, éxodos.

La tragédie naît des célébrations religieuses consacrées à Dionysos. Faisant jouer trois acteurs face à un chœur, la tragédie évoque la destinée de l’homme et sa confrontation avec les Dieux. (L’Internaute)

La tragédie dit l’espoir de l’homme debout qui lance un défi à un monde difficile à déchiffrer. (Larousse)

  • Prologue (parlé) (avant l’entrée du chœur) ;
  • πάροδος / párodos (chant d’entrée du chœur, souvent sur un rythme de marche) ;
  • Épisodes (parlés) coupés par des στασιμα) / stásima (chants du chœur) ;
  • ἔξοδος / éxodos (sortie du chœur, parlé). (Wikipedia)

Puis on passe à un tableau où les interprètes sont entre deux mondes, immobiles (dans le rideau de fils). La marche recommence. On n’en a pas fini avec ce tableau. De temps en temps, pour l’un, le temps se suspend. Un regard se pose vers le public. Sinon, nul contact entre eux et nous… ou entre eux… Puis subrepticement, un défaut s’insinue dans la marche, l’ordre est bousculé, un danseur passe d’un sillon à un autre, fait des diagonales dans cet ordre de verticales. Le rythme s’accélère. Le chaos aussi. On dirait qu’on remonte le temps, le rythme frénétique, de la marche on passe à la danse folklorique, classique, puis à la techno des clubs de danse ou des rave partys. La musique passe de l’exaltation à, de nouveau, l’énervement, trop fort, trop intense. Puis chacun s’épuise et s’affale, se relève et s’en va. Jusqu’au dernier humain. Regard posé sur nous. Fin de la musique. Fin de la pièce. Applaudissements. Soulagements.

Causerie

I never go for the picture, I go for the sensation.

Dans mon cas, les sensations sont restées majoritaires neutres, extérieures. Un peu d’exaltation dans la vague d’intensité (qui est aussi accompagnée physiquement par les danseurs qui se mêlent alors en diagonale, par des avancées et des reculs, se croisent, se «combinent», mais jamais vraiment). Le senti correspond plutôt à de l’énervement ou du désintérêt, qu’à de l’émotion, de l’emballement et de la beauté. Le chorégraphe, très généreux de ses explications lors de la causerie, dévoile la démarche (trop) intellectuelle. Tragédie fait partie d’une trilogie sur l’humanité (pour faire simple, dit-il). Toute la partition est écrite avant qu’il ne rencontre (et choisisse) les interprètes qui apprennent la chorégraphie ensuite.

Causerie

12 pas, pour les 12 pieds d’un Alexandrin, ce qui permet la compréhension et la sensation.

Il y a une dizaine de rendez-vous, de regards, entre les interprètes et le public, des questions qui nous sont directement adressées. La dernière interprète à quitter le fait en nous adressant ce dernier regard.

Rendez-vous mitigé, en ce qui me concerne. Et pour vous?

Teaser Tragedie from Tommy Pascal on Vimeo.

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À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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2 commentaires pour Je marche : Tragédies d’Olivier Dubois

  1. culturieuse dit :

    ça m’a l’air intéressant sur la bande annonce. Mais c’est vrai que de longues séquences de marche sur ce tempo lancinant, ce doit être lassant.

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