L’Allemagne en fiction: Trilogie berlinoise et Maus

Quel plaisir de lire! Quel plaisir de lire une oeuvre de fiction qui se passe dans la ville qu’on vient de visiter. C’est comme si on y était (dans l’histoire). En fait, pour tout dire, j’avais bien apporté un roman à Berlin, mais je ne l’ai même pas ouvert, mes journées ont JudischesMuseumBerlinété trop remplies. De tout! Quelle ville stimulante! Je me suis tenue assez loin de tout ce qui évoque le génocide juif (mais on ne peut pas totalement l’éviter à Berlin, quand même!), sauf pour aller visiter la nouvelle partie du Jüdisches Museum dont l’architecture conçue par Daniel Libenskind nous fait vivre (de très loin j’en suis certaine) l’isolement, le vide et la perte de repères qu’ont vécu les Juifs.

TrilogieBerlinoiseAu retour, en fait, dès l’attente à l’aéroport de Berlin Tegel, je me suis plongée sans plus m’arrêter dans la palpitante Trilogie berlinoise de Philip Kerr. Si je m’étais tenue éloignée du génocide pendant mon séjour, là, je m’y trouvais complètement plongée. L’Été de cristal, La Pâle figure et Un requiem allemand se déroulent avant la Seconde guerre, pendant et après. Chaque roman explore un volet de l’histoire sous un mode roman policier, puisqu’à chaque fois Bernie Gunther enquête sous les dessous du régime: ses liens avec les industriels, les manigances au sein du parti et les relations entre les différents pays qui se sont partagé l’Allemagne d’après guerre. Rien de réjouissant, pour la vraie histoire, mais des plus captivants pour l’histoire que Kerr nous raconte. Mille pages (en format poche) d’intrigues bien menées… même si elles sont sûrement une «pâle figure» de la vérité.

MausIntegraleDeLuxeIdem pour Maus, la célèbre bédé d’Art Spiegelman qui a ouvert la voie aux romans graphiques, aux bédés biographiques. En deux tomes, travail qui lui a demandé 13 ans, Spiegelman relate l’histoire de ses parents, mais surtout de son père, pendant la guerre. Ses dessins en noir et blanc au style épuré, aux traits nerveux, ses personnages, souris et chats, aux détails sobres, rendent toute la charge émotive de l’expérience. Quel contraste entre le propos distancié que prend son père quand il lui relate son histoire et l’horreur de ce qu’il vivait. C’est indicible et pourtant…

[Le personnage d’Art Spiegelman] Mmm. Samuel Beckett a dit: «Chaque mot est comme une tache inutile sur le silence et le néant.»

[Son psy, Juif tchèque, survivant de Terezin et d’Auschwitz] Oui.

[Case sans paroles]

[Art Spiegelman] D’un autre côté, il l’a dit.

[Le psy] Il avait raison. Vous pouvez peut-être l’inclure dans votre livre.

 extrait de Maus, p. 205.

Il n’y a rien à ajouter.

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À sa naissance, elle entre dans le monde de la curiosité. Elle n'est pas à la veille d'en sortir!
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